Affichage des articles dont le libellé est Travail. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Travail. Afficher tous les articles

vendredi 12 avril 2013

Et hop, à l'ouvrage!

J'ai enfin commencé à travailler pour de vrai, c’est-à-dire dans l'espace ventes au lieu de regarder des vidéos de formation sur l'ordinateur. Ouais, giga, la joie!

Bon. Ma job c'est l'approvisionnement de la surface de vente. Les camions viennent la nuit, les receveurs les déchargent et reçoivent les palettes, et mon équipe défait les emballages et met les produits sur les rayons. C'est simple.

Alors vous pensez peut-être qu'avec toutes mes compétences, je pourrais peut-être faire un job moins cave que ça.

Bin oui. Mais l'ennui, c'est que parfois, il faut choisir entre une job intéressante et un bon employeur. Celui-ci est un des 100 meilleurs employeurs du Canada. Alors qu'est-ce qui vaut mieux: un travail cave pour un bon employeur, ou un travail intéressant pour un employeur cave? Ça fait quinze ans que je fais la deuxième option, alors je me suis dit que ça serait pas pire d'essayer la première.

Deuxièmement, c'est quand-même toujours La Crise et le BTP n'a toujours pas repris, alors c'est pas la peine de s'énerver. Pis quand je regarde d'autres chercheurs d'emploi et leurs raisons pour refuser des jobs, c'est bizarre, quand-même. "C'est pas ce que j'ai étudié." "C'est pas à ma mesure." "Je mérite mieux." "Ça paye moins que ce que je faisais avant." "C'est pas ma job de rêve." "Ça ne me permet pas de m'exprimer." Ou comme les Nouveaux Démocrates disent, "c'est un tel gâchis de talent de faire travailler quelqu'un qui a des qualifications dans un travail qui n'en demande pas." Du coup j'ai arrêté de payer mes cotisations parce que c'est trop ridicule. Je vois pas comment c'est moins du gâchis de laisser les mêmes gars rester à la maison assis sur leurs mains que de les envoyer travailler desdites mains.

Pareil pour les autres excuses. C'est pas ta job de rêve? Ah bon? Pis chômeur ça l'est plus? Tu t'exprimes mieux au chômage? Ça te paye mieux le chômage que la job? Je comprends mal. Cette idée des Nouveaux Démocrates surtout que les chômeurs devraient pouvoir rester là où ils sont à ne rien faire et attendre que le gouvernement fédéral crée l'emploi qu'ils veulent, là où ils veulent, pour le prix qu'ils veulent, c'est n'importe quoi. On peut pas dire que je sois le plus grand fan de Stephen Harper mais je ne vais quand-même pas le blâmer pour l'économie mondiale. Après six ans, il est peut-être temps de se rendre compte que l'économie s'est ajustée, quoiqu'il arrive les choses ne seront jamais exactement comme avant. Même quand il y aura la Relance, il n'y aura plus les mêmes jobs aux mêmes endroits pour les mêmes prix, pis comme The Economist l'explique au chaque deux semaines, les travailleurs qui ont passé les six dernières années assis sur leurs mains à attendre la Relance, ils auront perdu une partie de leurs compétences et ils ne pourront de toute façon pas demander les mêmes positions et les mêmes salaires qu'avant. Alors que ceux qui ont changé de filière et fait du bon travail même si c'était pas leur rêve, à mon avis ils auront au moins l'avantage d'avoir de bonnes références et d'avoir démontré qu'ils sont adaptables et travailleurs.

Ce que je comprends encore moins, d'ailleurs, c'est quand The Economist me dit que les chômeurs abandonnent l'idée de travailler à force de pas trouver. Ah bon? Mais alors ils font quoi? Moi si j'abandonne l'idée de travailler, tout de suite le loyer n'est pas payé. C'est bizarre quand-même, apparemment c'est mieux vu d'abandonner l'idée de travailler que d'abandonner l'idée de faire uniquement la job qu'on aime.

Bon. Donc tout ça pour dire, je fais un travail un peu cave, parce que c'est moins cave que de ne pas en faire du tout. Mais il y a une autre raison: je n'ai pas envie de louer mon cerveau à un employeur. Si je fais un travail qui me demande de penser, l'employeur paye (pas assez, en général) pour mes pensées, pis le temps que je rentre chez moi, je suis fatiguée de penser. Du coup toutes mes pensées sont vendues à l'employeur. Alors qu'avec cette job facile, l'employeur loue mes mains et mon dos pendant huit heures, mais pas mes pensées. Quand je sors de l'ouvrage, j'ai plein d'heures de cerveau à utiliser. D'ailleurs je peux même penser mes propres pensées pendant les heures de présence et ils n'y voient que du feu. Tant que mes mains mettent les produits sur les rayons, l'employeur ne peut pas se plaindre que je suis en train de penser à la diffusion de la langue proto-indo-européenne. C'est rusé, non?

samedi 2 mars 2013

L'ordre règne à Winnipeg

Samedi matin. Enfin samedi avant-midi, disons, parce qu'il est presque onze heures. Tout dort dans la maison. Sauf moi et le bébé de la coloc d'en bas qui fait ses dents. Tout dort? Bin oui, parce que les ados sont restés éveillés avec leurs jeux vidéo jusqu'à deux heures du mat...

Attends, pourquoi y-a-tu des ados dans cette maison? J'ai mal compris. La propriétaire m'avait dit que les colocs étaient des jeunes professionnels, instruits et motivés. J'arrive après 37 heures de route et je trouve: une fille de 22 ans avec un bébé de huit mois, et un jeune couple, lui a 19 ans, elle 16. Hein? C'est quoi ce mensonge? Ça va pas chez elle. D'ailleurs j'ai vite compris que la propriétaire a une relation très vague avec la réalité. Donc, me voilà installée dans une maison avec quatre autres personnes, et je représente 39% de l'âge. Entre vous et moi, je suis très, très mécontente de la propriétaire.

Bon, le bon côté, c'est qu'elle n'y est jamais, alors on peut faire un peu ce qu'on veut. Par exemple, s'efforcer d'ouvrir les fenêtres des chambres, qui sont calfatées et peinturées alors que c'est complètement contraire au Code du Bâtiment. Comme je vous disais, entre ma propriétaire et la réalité, ça fait des années qu'elles se parlent plus.

La maison, il faut le dire, est très mignonne. Selon quel jour on demande, elle aurait été construite entre 1920 et 1947. Petit problème: dans ce temps-là, les gens avaient pas tant de choses à brancher. Alors moi j'ai: la lampe de chevet, le dock d'iPod, la télé, le lecteur DVD, le piano, l'imprimante, le sèche-cheveux, l'ordinateur portable, pis j'ai deux prises. Hein? Ah bon. Pis aussi y a qu'une chambre de bain pour nous-autres en haut (moi et les deux ados). La coloc d'en bas a tout dans le basement, donc on ne la voit jamais. Je crois aussi que la structure de la maison commence à faiblir vu qu'y a un dos-d'âne dans la cuisine juste là où la poutre de soutient passe dessous. Alors attends, c'est encore plus marrant: le chum de la propriétaire se dit charpentier lui-même. Hein??? C'est un peu ben pour ça que je pense peut-être pas me remettre à la charpentrie, y a ben trop de caves qui se croient charpentier, qui n'y comprennent que dalle, pis qui le prennent de très haut avec moi faque je suis apprentie et femme alors peu de chance que j'y comprenne autant qu'eux, hein? Comme disais Dilbert, "work would be great if it weren't for the people."

Un autre petit ennui c'est que bon, les vieux quartiers dans les villes canadiennes n'ont pas la meilleur compagnie, pis aussi il y a une installation industrielle dans le lointain qui sent mauvais, alors quand le vent vient de cette direction, c'est pas trop agréable. Mais le nez est supposé s'accoutumer rapidement aux odeurs, donc je pense m'y faire.

Alors parlons de work, justement. Les choses se précisent dans ce domaine. Le 23 janvier, avant même de quitter Hay River, j'avais candidaté pour un poste avec Home Depot. Pour vous-autres de France, Home Depot c'est une chaîne nationale de quincailleries, mais alors pas la quincaillerie du coin. C'est grand, c'est beau, et ils ont tout, du bois d'œuvre à la peinture. Et c'est un des 100 meilleurs employeurs au Canada pour 2011, un des 100 meilleurs dans la catégorie "diversité et inclusion" en 2013. Donc, c'est pas pire. Mais pour se faire embaucher, c'est autre chose. Soumettre son CV et lettre de motivation en ligne, puis faire un test d'aptitude. Entretien téléphonique. Deux entretiens en personne. Vérification des références et du casier judiciaire. Et là, je suis convoquée pour un troisième entretien en personne pour mercredi matin. Je pense que je vais l'avoir, mais en attendant c'est un peu frustrant.

Pour le reste, je fais pas grand-chose, parce que tant que je travaille pas, j'aime pas trop dépenser ma bonne argent. Alors je passe pas mal de temps à regarder des trucs niais sur YouTube. Mais c'est quand-même mieux que le niveau intellectuel à Hay River.

Un de ces jours je vais mettre quelques photos, mais là comme c'est encore l'hiver, je suis pas encore trop sortie en chasse de photos.

mardi 17 juillet 2012

Votre correspondant se met au foot

On me demande pourquoi il ne se passe rien sur mon blog depuis un mois, alors je t'explique : je suis trop occupée, et je m'ennuie.

Bin oui, on croirait pas faire les deux à la fois, mais moi, si. Je suis douée, t'sais.

Donc d'un côté, je m'ennuie parce que j'ai pas le temps de faire les trucs qui m'intéressent moi : la lecture, la musique, la photographie, les travaux d'aiguille. Et mon jardin sur le balcon, maintenant que c'est deux plates-bandes énormes, c'est deux fois plus de plantes pour à peu près zéro travail, donc sympa, mais pas grand-chose à raconter. Bon, mes roses ont fleuri, c'est déjà ça. L'important c'est surtout de voir si elles peuvent survivre l'hiver sur le balcon. Les pivoines, par contre, non. Mais bon, les roses, c'est déjà ça.

Et de l'autre côté, j'ai trop à faire de trucs qui m'intéressent pas. Par exemple, le bénévolat dans le jardin communautaire. Parce que la communauté met un potager à la disposition des villageois qui n'en ont pas chez eux, mais d'abord le sol est très pauvre, et deuxièmement, en échange de l'espace et de l'eau offerte gratuitement par la municipalité, il faut faire au moins 10 heures de bénévolat, genre arracher les mauvaises herbes, arroser la haie de framboisiers, blah blah blah. Donc, bon, je le fais. Pis pendant que j'y suis, j'essaye de faire pousser des légumes, mais ça, c'est la haine, je te raconte pas. Les légumes, c'est une grosse galère, et en plus j'ai même pas envie de les manger. Alors aujourd'hui j'ai dû récolter des épinards puisqu'ils commençaient à monter en graine, je les ai fait revenir dans de l'huile d'olive, bon, euh, c'est pas dégueulasse, mais ç'aurait été bien plus facile de les acheter au supermarché, quand même.

A part ça dans mon potager j'ai des citrouilles, comme toujours, pis des petits pois, des choux de Bruxelles, des choux-fleurs, des oignons et des navets. Mais j'aimerais mieux avoir une poule que toute cette verdure. Les poules, c'est bon. Tiens, peut-être que quand je serai conseillère municipale ( bin oui, parce que je me présente probablement en octobre ), je demanderai qu'on crée aussi un poulailler communautaire.

Bon. Donc, jardin communautaire, la barbe. Et en plus j'ai le comité « Communauté en fleur », c'est ceuze qui m'avaient donné le prix l'année dernière pour mon balcon. Alors cette année je ne joue pas, faute de fleurs, mais ils m'ont demandé d'aider à juger. Et les juges ont un billet gratuit pour le brunch de remise des prix, qui est le meilleur repas de toute l'année, alors bien sûr j'y vais... Mais du coup ça va faire encore dix autres heures de bénévolat. Faiche, ce truc.

Un autre truc qui me gonfle c'est que à force de rendre service aux gens, ils arrêtent pas de m'appeler pour que je leur rende service. Jamais pour prendre un café ou m'inviter à leurs méchouis ou à l'anniversaire des enfants ( sympa ça, j'envoie un cadeau cher, on m'invite même pas ), mais pour leur rendre service, ça, ils ne me lâchent pas. Ils commencent sérieusement à me courir sur l'aorte, là.

A propos des enfants, je garde toujours un de mes jeunes amis autistes. Deux fois par semaine je l'emmène au foot, et les samedis, on regarde des DVD de Thomas le Train. Alors le foot, hein, très peu pour moi. Mais encore, un gosse neurotypique, tu le conduis au foot, tu reviens dans une heure, c'est pas pire. Le gosse autiste, non, parce qu'il ne peut pas comprendre un truc complexe, il faut tout lui expliquer en petits morceaux, et en plus en faisant des phrases courtes avec des mots qu'il connait. Et même comme ça, c'est pas la peine, il faut lui montrer. Et comme l'entraîneur ne peux pas faire attendre vingt gosses qui savent jouer pour un autiste qui n'y comprend rien, bin c'est moi qui lui montre tout ( genre dribbler – comme si moi, je savais dribbler ), et donc, tout ce que font les gosses, moi aussi je le fait. Tabarnaque ! Pourquoi je me mets au foot pour un gosse qui n'est même pas à moi ?

Pis je travaille mais là, bonne nouvelle, comme la direction ne fait pas rentrer l'argent, y en n'a plus, alors ils ont pris les sous pour l'entretien du véhicule de mes gages, ces petits malins, et ils me changent mes heures de 40 par semaine à 20. Haha, très marrant, nan mais tu déconnes ? Ça ne se fait pas, ça, même ici. Enfin ça se fait aux gars qui ne connaissent pas leurs droits, mais pas à moi. J'ai le droit qu'on me donne un « shortage of work » ( pas assez de travail, chômage technique, donc ), c'est-à-dire que je ne travaillerai pas du tout, ce qui est bien plus lucratif car je toucherai de nouveau l'assurance-emploi. Et je leur demande en plus 52 semaines de « recall rights » c'est-à-dire le droit de reprendre ce job quand ce sera de nouveau à temps plein. Ils n'y sont pas obligés par la loi, mais d'un côté, la présidente a peur de ce que pourrais dire d'elle, et de l'autre, le reste du comité est somme toute composé de gens de bien, donc à mon avis ça devrait réussir.

Donc en bref, j'arrête de travailler à partir du 28 juillet, je touche l'assurance-emploi, et si je ne trouve pas de meilleur job avant que celui-ci se remette en marche, je pense pouvoir y retourner. C'est pas pire... mais c'est pas sympa non plus, j'ai pas trop les moyens de faire du chômage asteure. Enfin ça va me donner plein de temps libre pour me livrer à mes projets préférés, dont la recherche d'emploi. Il y en a un très bien à Whitecourt AB, j'ai candidaté ce matin, mais bon, avec La Crise, il y a tellement de candidats par place que c'est pas la peine de faire des châteaux en Espagne. Enfin bon, chouette ! Du chômage ! Et des épinards !

Ah, tiens, une autre nouvelle, c'est qu'un de mes voisins en a assassiné deux autres le 28 juin. Alors l'accusé et le décédé, je les aimait pas, ils étaient toujours ivres et pas trop agréables, mais elle, par contre, tout le monde l'adorait, elle était gentille et travailleuse, toujours avec le sourire, on savait tous que l'accusé la battait depuis toujours mais pourtant personne n'a été en mesure de prévenir cette tragédie. Elle me manque, chaque fois que j'entre dans l'ascenseur je m'attends à l'y trouver. C'est triste.

Bon, cela dit, il faut que j'aille faire quelque chose d'autre qui m'amuse pas. Un de ces jours, je vous écrirai mes aventures de défi des livres. Tschüß!

jeudi 25 août 2011

Des nouvelles de tout

Bon, y se passe pas grand-chose, mais quand-même, il y a un peu de progrès. Premièrement, je pensais que mon assurance-emploi s'arrêtait vendredi dernier, 19 août, mais quand j'ai fait mon rapport, l'ordinateur m'a dit d'en faire un autre le 3 septembre. Euh... Ah bon ? Je ne me trompe pas sur ces choses, en général. Je me demande si les règles ont encore changé. N'empêche que j'angoissais, quand-même, qu'allais-je faire sans mon assurance-emploi ?

J'avais identifié deux options : le bien-être, ou me remettre chauffeur de taxi. Mer-deuh ! Ça me plait pas. Ni l'un ni l'autre. Mais j'en parlais avec ma copine, la femme du prêtre catholique. Hé oui, on a beau être un trou perdu où il ne se passe rien d'intéressant, on a quand-même une curiosité : un prêtre catholique marié. ( Parce qu'il était marié avant d'être ordonné, tiens, alors l'Eglise peut quand-même pas lui demander de divorcer. ) Bon, donc je causais avec sa femme, et elle, au lieu de prier que Dieu me trouve une job comme la diacre de Saint-André, elle s'est roulé les manches, et avec l'aide de son mari, elle m'a trouvé une bonne planque : conducteur de la navette pour handicapés. Ça paye exactement autant que mon assurance-emploi, et c'est mieux que chauffeur de taxi car les handicapés sont sobres et pas hargneux, on risque pas de se faire agresser, arnaquer, insulter, ou autre. Pis c'est de jour, de 8h30 à 17h00 du lundi au vendredi, et on est payé à l'heure, pas au compteur. Si t'as un passager, t'es payé, et si t'as pas de passager, t'es chez toi à ne rien faire... et t'es payé autant. Ouah, la bonne planque ! C'est top, ce truc. Bon, je vais pas faire fortune, mais maintenant je peux attendre indéfiniment pour Rocanville. Pis l'avantage aussi, c'est que les zhoms de Hay River n'aiment pas les femmes qui travaillent ailleurs et ne sont pas à la maison tous les soirs pour leur faire leur souper, alors peut-être que comme ça je pourrai enfin obtenir un rencard. ( Haha, elle est bien bonne ! )

Bon. Cela dit, je me disais que si je me trouve un job temporaire, j'aurai pas plus tôt commencé qu'on m'appellera pour Rocanville. Bin ça a presque réussi... Le lendemain, le gars des ressources humaines, qui commence à en avoir marre que je lui demande des nouvelles toutes les trois semaines, m'envoie un mail : « faiche avec Rocanville ; ça te tente-tu d'aller plutôt à Esterhazy ? » Bin ouiche, tiens, ça m'est bien égal. Esterhazy, Rocanville, Moosomin, La Ronge, c'est tout pareil pour moi. C'est pas où qui m'intéresse, c'est quand. Alors on ne sait toujours pas quand, mais bon, Esterhazy tourne mieux que Rocanville, et en attendant, j'ai la navette, donc je ne crève pas de faim, et surtout, je peux continuer à payer les traites de la voiture. Parce que le bien-être paye assez pour manger à sa faim, mais pas pour payer ses dettes. La navette, si.

Pendant ce temps-là, comme j'ai été chez moi à ne rien faire de tout l'été, j'ai passé beaucoup de temps dans mon jardin. J'ai un balcon qui fait à peu près 1,50 m par 3,00 m, et j'y ai mis des fleurs, des potirons, des arbres, et un gazon pour le chien. Alors les juges des Jardins en Fleur l'ont remarqué de la rue et ont réussi à s'infiltrer dans l'immeuble (c'est pas très difficile, en fait) pour pouvoir venir le regarder. Bin j'ai gagné la catégorie « jardins en pots » ! Ouah ! Trop classe ! J'ai reçu un prix de $75, dont j'ai déjà dépensé la moitié pour des bulbes, et en plus il y avait un brunch pour la remise des prix, c'était tellement bon que j'ai pas eu à manger de nouveau pendant dix heures ! Bon, du coup je vais devoir dépenser l'autre moitié de mon prix pour de nouveaux pantalons, mais c'est pas pire.

L'autre truc que j'ai fait pour passer le temps, c'est chanter à l'église anglicane, d'où mes démêlés avec leur diacre. Elle est bien gentille, en fait, mais dès que tu te portes volontaire pour un truc, elle t'engage d'office pour tout. Alors avant de commencer la navette, je faisais du bénévolat au magasin d'occasion. C'est pas trop mon truc, mais j'ai trouvé des fringues pas mal au cas où j'aurais un rencart, et pour $2 la pièce, je peux me faire toute une garde-robe ! Que je ne vais pas porter, d'ailleurs, faute de rencard, mais quitte à ne rien porter, il vaut mieux payer $2 pour ses fringues d'occase que $90 pièce neuf. Mais pour en revenir à la musique, l'église de Saint-André n'a pas de chorale, et pour faire chanter des paroissiens sans chorale, bonjour. C'est bizarre d'ailleurs car normalement les anglicans sont très bons chanteurs. Bon. Les catholiques, eux, ont une chorale, et mes potes cathos me demandaient de venir chanter pour eux, mais moi, l'église catholique, très peu, puisque je suis luthérienne. Encore que leur prêtre s'y connait beaucoup en théologie. Comme on n'a pas d'église luthérienne à Hay River, j'allais à l'église anglicane, et j'en ai eu marre de la musique nulle, alors je me suis portée volontaire pour apprendre les cantiques d'avance et chanter au micro de façon à ce que les paroissiens puissent me suivre. Ça marche assez bien et ça fait passer le temps, pis j'aide à choisir la musique alors ça me permet d'insérer des messages subliminaux luthériens. C'est vachement traître de ma part ! Bin tant pis pour eux, ils avaient qu'à apprendre à chanter eux-mêmes.

Un grand avantage de cette activité, c'est que comme je n'ai pas de piano ( c'est sur ma liste pour quand le vrai travail commencera ), je me sers de mon violon pour apprendre les cantiques. Bin du coup j'ai fait énormément de progrès au violon. Tellement qu'au bout d'un moment je me suis dit qu'il me faudrait peut-être un meilleur archet, parce que le mien est trop pourri. D'ailleurs mon violon ne vaut rien non plus, mais il a un son agréable, alors que l'archet, non. Mais ayant fait mes recherches, j'ai découvert que l'archet que je veux coûte à peu près $280, alors que le violon n'en vaut pas $250, donc ça n'aurait pas de sens. Pis comme je ne peux pas dépenser tant d'argent quand je ne travaille pas, il n'était pas question d'acheter un nouvel archet. Par contre j'ai acheté de nouvelles cordes et de la résine non-allergène, et ça fait une différence incroyable ! J'avais prévu de m'enregistrer avec les anciennes cordes puis les nouvelles, mais je me sentais trop paresseuse le jour où je les ai reçues. Bin c'est dommage parce que sérieusement, on croirait même pas que c'est le même violoniste avec le même violon. Le son est bien meilleur, plus fort, plus net, et les cordes sont tellement plus maniables que je peux jouer deux fois plus vite, du jour au lendemain. C'est complètement dingue. L'archet gratte toujours, alors j'ai encore plus hâte de le remplacer, parce que si juste les cordes font tant de différence, quand j'aurai un bon archet, ça va être dément. Bon, je suis pas encore Heifetz, mais d'un seul coup je n'ai plus aucun mal à jouer les morceaux de troisième niveau, je vais m'attaquer au quatrième prochainement.

Pis ma chienne a pris douze ans hier. Elle fatigue un peu, mais dans sa lignée ils vivent en général seize ans, donc je devrais encore l'avoir, logiquement, jusqu'en 2015.

Voilà, c'est tout... Pas l'été le plus utile de ma vie, mais bon, je survis.

mercredi 20 juillet 2011

Mon dévouement professionnel a ses limites

Vu les problèmes de Rocanville et la fin prochaine de mon assurance-emploi, je continue à chercher du travail. Il y a une compagnie assez grande qui fait des travaux entre autres à Inuvik, un patelin que j'adore, et depuis quelque temps je vois de l'activité sur leur site, ils veulent collecter des candidatures « pour des opportunités à venir » donc j'ai candidaté, mais quand les grandes compagnies te demandent d'envoyer ton CV à un courriel général, genre « hr@whatever.com », ça ne mène à rien, parce qu'après ils ont la flemme de lire tous les CVs qu'ils reçoivent. Mais là vendredi une annonce apparait pour la même compagnie avec le nom et le courriel d'une vraie personne. Ah-ha ! Ça, c'est bien. Ça veut dire que quelqu'un va se pencher pour de vrai sur ton cas. Bon. J'ai quand même hésité un peu, parce que je préfèrerais aller à Rocanville, puis ce matin je me décide, je candidate.

J'écris donc une superbe lettre. Ça je suis vachement forte, bien sûr, car comparée aux autres gars je sais lire, écrire, compter, même au besoin peser et diviser, alors je lis l'annonce, je réponds point par point, « vous avez précisé tel ou tel certificat, je ne l'ai pas mais j'ai telle expérience professionnelle avec ces machines » etc. Pourquoi suis-je la meilleure pour ce job, pourquoi je veux travailler pour eux, tout ça. J'envoie. Cinq heures plus tard, sonnerie du téléphone ! Booya ! Alors on parle un peu, puis la recruteuse me dit, c'est un travail de camp, ça pourrait être n'importe où dans les trois territoires, ça vous dérange ? Non, non, pas du tout. Bon, et la schedule c'est huit semaines d'ouvrage, deux semaines de repos, ça vous va ?

Silence mortel de ma part.

Euh... Bon, euh... Nan, là, nan, pas question, avec le chien, nan, ça marche pas. Mais je veux pas être catégorique comme ça, alors je lui dis « bin je vais devoir checker avec la personne qui s'occupe de mon chien quand je suis pas là ». En fait je n'ai pas de garde-chien, ou j'en ai un mais il est malade et puis pour huit semaines c'est trop long pour ma chienne. Encore si c'était qu'une fois, bon, peut-être, mais on ne m'a pas dit combien devrait durer ce projet. Alors ma recruteuse me demande « c'est quoi votre schedule idéale ? Est-ce que trois et une ça irait ? » Oui, oui, trois et une, même quatre et une, ça irait, je peux me débrouiller, pis si le chien n'a pas l'air de supporter, le job est 60 heures par semaine donc il me suffit de sept semaines pour obtenir de nouvelles prestations d'AE, donc bon, au pire, je fais deux tours, et je démissionne.

Bon. Alors on se met d'accord, elle va en discuter avec le superintendant et voir si on peut se mettre d'accord sur un tour plus court, et si ça marche elle me rappelle demain pour organiser un entretien plus approfondi.

Bof. J'aimerais quand même mieux aller à Rocanville, mais bon, faute de grive... Si on m'offre quatre-et-une, j'irai, mais ça me tente pas. J'ai mes limites.

vendredi 15 juillet 2011

Le vendredi des baobabs

Vous ignorez peut-être que j'ai des baobabs.

Hé oui.

J'ai deux baobabs, et huit graines qui pourraient germer d'un jour à l'autre. Dix baobabs dans la maison ça ferait un peu beaucoup, non ? « Femme à chats » déjà c'est marginalisant, mais « femme à baobabs » ? Nan, ça va pas du tout, ça.

Toujours est-il que j'ai des baobabs. Alors comme c'est encore plus passionnant que de regarder pousser le gazon, je me suis dit que vous aimeriez sans doute avoir des rapports réguliers sur la croissance de mes baobabs. Je vous présente donc :


l'un...


et l'autre.

Ils n'ont pas encore de noms. Je cherche des idées, si vous en avez. Ils ont tous les deux été plantés le 3 juin. Le premier a germé le 18 juin. C'est un Adansonia digitata, l'espèce qui pousse sur le continent africain. Il fait en ce moment à peu près 2,5 cm de haut et 7,5 cm d'étalement. Le deuxième a germé le 21 juin, c'est un Adansonia za, une des six espèces de Madagascar. En ce moment il fait 4 cm de haut et 2,5 cm d'étalement, mais c'est surtout parce que ses feuilles mettent du temps à s'ouvrir.

Si ce taux de croissance continue, ils devraient atteindre le plafond dans cinq ans, et fleurir dans 30 ans.

Ceci ne serait jamais arrivé si on n'avait pas eu ce printemps pourri qui m'empêche d'aller travailler. J'ai eu des nouvelles de mon contact cette semaine, il me dit que le sol s'assèche enfin à Rocanville, mais maintenant on a des problèmes de ressources humaines, parce que les ouvriers spécialisés qu'on était censé avoir en mars sont maintenant sur d'autres jobs, et il faut attendre qu'ils se libèrent pour pouvoir commencer celui-ci. Misère ! Je n'ai plus que cinq semaines d'assurance-emploi, je commence à m'inquiéter ! Pis à force d'avoir rien à faire, on fait des trucs bêtes genre planter dix baobabs dans 40 m². Le chômage, ça te ruine le cerveau, je te jure.

Si vous voulez retrouver tout mon jardin au jour le jour, allez voir mon blog jardin : Do sheep eat baobabs?. Bon, c'est en anglais, mais il y a des images.

mercredi 6 juillet 2011

Marre des photos



Le premier est un papillon tigré du Canada. Bon, évidemment, mais je veux dire que ça s'appelle « papillon tigré du Canada ». Le deuxième est un amiral. Pris entre 14h39 et 14h42.

P'tain, j'en ai trop marre d'être chez moi à prendre des sales photos de papillons au lieu de travailler. Ça fait seize (16) semaines qu'on attend de partir pour Rocanville. Pas de nouvelles. Pas de travail ailleurs. Pas de travail ici. Toujours pas reçu l'argent du connard de Yellowknife. J'en ai vraiment marre. Pour une fois que j'aurais eu un job convenable, il arrive une merde comme de la pluie.

Putain, ce que j'en ai marre de cette galère.

En plus j'aime pas les papillons.

lundi 18 avril 2011

C'est pas trop tôt...


Mon appel de la décision malveillante de la Direction du droit du travail a enfin abouti. Mon ex-patron est donc ordonné de me payer $2,100. L'adjudicateur confirme également que la loi a été « mal interprétée » lors de la première décision. C'est un bel euphémisme pour « complètement mise de côté » mais d'une façon ou d'une autre ça confirme que la chef du service a fait une erreur de $5,000 qui a mis quatre mois à corriger. Je me demande si c'est assez pour leur faire un procès...

Bon. C'est toujours ça de pris, mais je n'ai toujours pas l'argent, car maintenant c'est de nouveau à ce même service mal géré d'obtenir un chèque du gars.

jeudi 14 avril 2011

Le dégel

Au Canada, comme dans tous les pays Nordiques, en plus des quatre saisons nous avons le gel et le dégel. Ce sont les périodes les plus désagréables de l'année car la température change tout le temps et il y a tantôt de la glace partout, tantôt de la boue. Pendant le dégel, en plus, il y a souvent des inondations.

Pourquoi je vous raconte ça? Parce que mon ouvrage dépend du dégel. J'ai reçu une offre d'emploi le 15 mars, alors que je n'étais même encore censée être remise de mon poignet cassé. C'est une offre géniale, d'une des meilleures compagnies de BTP de l'ouest canadien. Non seulement ça va être lucratif, mais ce sont des professionnels du béton; et comme vous savez, j'adore le béton, mais pas quand c'est fait par des guignols à l'ego détraqué. Donc évidemment, j'ai accepté leur offre.

Et pourtant, un mois plus tard, je suis toujours chez moi à ne rien faire. Et c'est là que le dégel intervient. On ne peut pas faire venir de pelleteuses et autres machines pour préparer le site avant le dégel, car elles déchireraient le sol et s'embourberaient. Ça coûterait une fortune de les dépanner et de réparer les dégâts, et ça n'avancerait pas pour autant le travail. Donc, il faut attendre que la neige fonde, puis que le sol dégèle, puis que la boue sèche. C'est pareil partout où il neige en hiver: il faut attendre que le sol soit solide pour ouvrir de nouveaux sites au printemps.

Le site où je suis censée travailler est près de Rocanville SK. Et l'ennui, c'est que la fonte des neiges dans cette région a un mois de retard. Il y a une semaine, ils avaient encore 10 à 20 cm de neige au sol; une station météo à moins d'une heure au nord de Rocanville rapporte encore 65 cm. Et le pire c'est que quand la température monte, la neige fond, alors que quand il fait froid elle se sublime. Donc plus la neige dure tard dans l'année, plus il y a de risque d'inondation. Et justement les dernier jours, les inondations se multiplient dans le sud du Saskatchewan. On espérait se mettre au travail le 26 avril, mais au train où vont les choses, ça parait peu probable.

Au début j'ai cherché ailleurs, mais c'est pareil dans l'Alberta, tout est soit sous la neige soit sous l'eau. Calgary vient de se reprendre une tempête de neige. Le Manitoba est encore pire, la Rivière Rouge inonde tous les ans et cette année n'est pas une des meilleures. Ça m'arrange un peu, je dois dire, parce que ça me tente bien d'aller à Rocanville, donc j'ai pas trop envie de trouver autre chose.

Je dois dire que ma carrière dans le BTP n'a pas été très chanceuse jusqu'à maintenant. D'abord on a eu La Crise, qui a commencé une semaine avant que je finisse pre-charpenterie. Malgré la récession, j'ai trouvé du travail, mais pour un des pires employeurs du territoire. Ensuite je me suis cassé le poignet. Et maintenant que je suis certifiée apprenti de deuxième année, avec de très bonnes notes, et que les bonnes compagnies s'intéressent à moi, voilà qu'on a un dégel pourri qui nous met tout en retard. Enfin... Au moins je sais pourquoi, et grâce à l'assurance-emploi, je vis bien en attendant.

Donc voilà, c'est pour ça que je ne travaille pas encore.

mercredi 9 février 2011

Le défi du béton, chapitre 2/18

Le deuxième chapitre (22 pages) parle de la composition chimique du ciment, de sa manufacture, et de ses propriétés physiques. Il s’intéresse surtout au ciment portland puisque c’est le plus utilisé. Dans le chapitre 2, on apprend toutes sortes de choses passionnantes qui ne vous intéresseraient pas du tout, par exemple, l’équation (simplifiée) de la réaction chimique d’hydratation du béton :


On découvre aussi que le gars qui a fait les tables et diagrammes est l’homme de ma vie, car il pense exactement comme moi. Chaque fois que je lis quelque chose et que je me dis « ça, il faudrait en faire une table ou un diagramme », je découvre que quelqu’un y a déjà pensé et a réalisé ladite table ou diagramme.

Troisièmement, on commence à se rendre compte que je ne vais pas pouvoir mettre tout le contenu de ce livre dans mon beau diagramme qui explique tout. D’abord il n’y aura pas la place, et ensuite Microsoft Word peine à manipuler tant d’éléments en même temps, donc à mon avis il va bientôt crasher. Il va donc falloir trouver une façon de séparer l’information en plusieurs diagrammes qui vont se référencer avec des connecteurs. Techniquement c’est une façon valide de faire un flowchart, mais esthétiquement ça me déplaît, d’autant plus que je voudrais l’imprimer taille poster et le mettre sur un mur chez moi, alors un diagramme géant du béton, bon, on peut comprendre, mais 18 diagrammes géants du béton sur les murs, ça fait pire que femme-à-chats.

Quatrièmement et malheureusement, plus j’en sais sur le béton, moins les contremaîtres et autres guignols vont m’aimer, car les gens qui savent un tout petit peu détestent les gens qui en savent beaucoup. D’ailleurs comme les gars croient toujours résoudre les problèmes par la force et la bêtise, on ne me laisse jamais travailler avec le béton moi-même. Bien que j’en sache bien plus que le reste de mon équipe, dès que le camion-pompe arrive, on me met dans la rue à contrôler la circulation, vu que comme je l’ai déjà expliqué, le travailleur de base croit que le béton dépend non de la science mais de la taille de la bite.

Parfois, travailler dans les métiers dits « d’hommes » peut être déprimant.

dimanche 6 février 2011

Le défi du béton

Je viens de finir le premier chapitre du livre sur le béton (Design and Control of Concrete Mixtures, seventh Canadian edition, Kosmatka et al.).

En page ii, on nous apprend que « cette publication est conçue pour l’usage UNIQUEMENT de PROFESSIONNELS qui ont les compétences nécessaires pour évaluer l’importance et les limitations de l’information fournie, et qui accepteront la responsabilité totale pour l’application de cette information. » Ils rigolent pas, ces gars. Mais c’est vrai que le béton, c’est important, et ça devrait être fait par des professionnels qui y comprennent quelque chose, pas par des guignols à l’ego détraqué.

Bon. Page ix, on nous dit que ce bouquin « a été l’ouvrage de référence de l’industrie du ciment et du béton, depuis sa première publication aux Etats-Unis au milieu des années 1920 ». P’tain, l’anglais, ça se traduit vachement mal en français. Enfin à part ma traduction nulle, on comprend que c’est bien LE livre qu’il te faut si tu veux savoir quelque chose sur le béton. Il y en a de plus spécialisés et de plus récents, mais il faut commencer par celui-ci. Et il ne coûte que $78, alors qu’il va t’éviter de faire des milliers de dollars de béton merdique.

Le premier chapitre, Principes fondamentaux du béton, fait 18 pages de lecture très simple, et peut être résumé en un diagramme facile à comprendre, comme ceci :


Malheureusement, je ne peux pas mettre le PDF sur ce site (que je sache), donc ceci est une capture de l’écran et vous ne pouvez pas apprécier à fond la beauté de la chose. Mais à le regarder de près, on voit que la variable clé du béton, c’est l’eau. D’abord la quantité d’eau pour le mélange, qui doit être la plus basse possible, soit à peu près 0,4 fois la quantité de ciment. Moins que ça, on n’arrivera pas à le travailler. Deuxièmement, la perte d’eau après que le béton est placé. Le béton frais peut faire deux choses : sécher ou s’hydrater. L’hydratation est une réaction chimique (en fait, des réactions chimiques) qui peut se poursuivre pendant des années, tant qu’il y a encore du ciment pas hydraté, de l’eau, de la chaleur, et de la place pour les produits de la réaction. Alors que sécher, c’est juste sécher.

Quand le béton sèche, il a moins d’eau pour s’hydrater, donc il s’hydrate moins, donc il n’est pas aussi fort, il craque, et il n’est pas durable. Donc après l’avoir mis en place, il faut commencer à le curer dès que possible, par exemple avec une brume d’eau, ou en le couvrant de bâches, de plastique, ou de toile de jute imprégnée d’eau. On continue comme ça le plus longtemps possible, et puis s’il pouvait faire à peu près +10°C, ça serait bien aussi, parce que c’est la meilleure température pour curer le béton.

Donc c’est vraiment pas très sorcier. Je parie que vous autres avez tout compris à ce que je viens de dire, même sans voir le superbe diagramme très facile à comprendre. L’ennui, c’est que le béton n’est pas fait par des professionnels compétents, mais par des guignols à l’ego détraqué, donc le diagramme de comment c’est fait en réalité, c’est comme ça :


Alors les gars placent le béton et puis ils s’en vont à la pêche. Plus il fait chaud et sec, plus ils sont contents, alors que le béton, vous autres le savez déjà, préfère frais et humide que chaud et sec. Curer le béton, ça ne vient à l’idée de personne. Leur béton craque après quelques heures, quelques jours s’ils sont chanceux, et la prochaine fois ils font exactement la même chose. Et si tu essayes de leur dire qu’il faudrait peut-être le couvrir, ils te disent toujours la même chose : « oublie ces âneries que tu lis dans les livres, ici c’est pour de vrai et nous on a l’Expérience. » Ah ouais ? C’est marrant, mon livre il a prédit exactement comment ton béton allait craquer, alors moi je le savais sans en avoir fait l’expérience, et toi tu le sauras toujours pas la prochaine fois quand tu vas refaire exactement les mêmes bêtises. Vingt ans d’expérience et ton béton craque à tous les coups… t’aurais peut-être dû lire le livre, au lieu de faire le malin.

Et le pire c’est que ce truc de curer le béton, on nous l’apprend à l’école. En première année. Et dès que les gars finissent les cours, ils se disent la même chose : l’école, c’est n’importe quoi, faut pas y croire, y a que l’Expérience qui compte. Et de continuer à ne rien apprendre de leurs expériences de béton craqué.

Enfin si vous vous apprêtez à me dire que je devrais faire autre chose que le BTP, c’est pas la peine, parce qu’il faudrait pas croire que les gens fassent mieux leur ouvrage dans d’autres industries. D’ailleurs je me demande toujours comment les gens qui font mal leur ouvrage (c’est-à-dire à peu près tout le monde) peuvent faire confiance à leur docteur ou à leur mécanicien. Si tu fais à moitié ton travail et que tu passes ton temps sur Facebook, qu’est-ce qui te fait croire que ton mécanicien travaille mieux que toi ? Et comme justement les mécaniciens font du bien meilleur travail que les personnels administratifs, pourquoi les derniers se croient-ils tellement supérieurs aux premiers ? Donc apparemment, le béton aussi a une morale marxiste.

Bon. Demain, chapitre deux : Ciments Portland, mélangés, et autres ciments hydrauliques.

vendredi 31 décembre 2010

Incroyable mais vrai

Le 23 décembre, j’avais reçu une notification qu’une lettre recommandée m’attendait au bureau de postes. Tout de suite je me dis « ça pour sûr c’est la hyène des Droits du Travail qui me jette mon dossier à la tête et me dit d’aller me faire voir. »

Mais entre le poignet cassé et les nombreux jours de congés observés pour les fêtes, je n’ai pu aller chercher ma lettre qu’aujourd’hui.

Bin j’avais 100% raison. Au lieu de faire tourner mon dossier comme je lui ai demandé, fermement mais civilement, elle l’a pris elle-même et a rejeté ma plainte. Pas de signature sur les documents, alors que c’est la procédure normale de ce bureau, mais elle a signé la lettre, selon laquelle puisqu’on me payait pour la demi-heure du déjeuner, j’ai (selon elle) été payée $2500 de trop. Et de me citer un article du code qui n’a absolument rien à voir avec la question.

Incroyable.

D’être payé pour le déjeuner, en effet, ce n’est pas requis par le Code du Travail, mais quand un employeur s’y engage et en fait de même pour tous ses employés, ça s’appelle un « avantage acquis ». Et même dans une juridiction aussi arriérée que les TéNOs, les employés ont quand même droit à leurs avantages acquis, selon l’article 4 dudit Code du Travail qui dit noir sur blanc que le code est un standard minimum et n’empêche en rien les employés de recevoir plus de bénéfices de leur employeur ; il les empêche uniquement d’en recevoir moins que le minimum prévu par la loi.

Donc oui, j’ai été payée 30 minutes par jour pour le déjeuner. Moi et tous les autres gars. Et alors ? Ça n’a rien à voir avec la question, qui est que les heures supplémentaires n’ont pas été calculées selon le minimum prévu par la loi, et que donc, on me doit encore la différence.

C’est tellement incroyable d’être aussi bête que je n’y crois pas pour une seconde. Pas que je doute que cette femme soit assez stupide, vu comment elle gère son service, mais je crois que dans ce cas-ci, c’est de la méchanceté pure et simple, et une arrogance monstrueuse, car pour se permettre de me traiter comme ça, ça veut dire qu’elle ne pense pas avoir de conséquences. Bien sûr je peux et je vais faire appel, et d’ailleurs grâce à certaines données que je n’avais pas mais qui étaient inclues dans son rapport, j’ai pu réviser ma demande de $1600 à $2100. Mais de toute évidence, elle se sent sûre de ne pas être disciplinée même si je gagne l’appel. Je dis « si » car je n’ai pas complètement confiance à la procédure d’appel puisque ce sont les mêmes fonctionnaires fourbes qui vont la traiter. Une main lave l’autre… Mais il faut bien en passer par là avant de faire un procès. D’une façon ou d’une autre j’aurai bien mon argent un jour, car ce n’est pas une question d’opinion, c’est l’application mathématique du Code du Travail. Il n’y a rien à disputer. J’aimerais quand-même que ça ne dure pas des années.

Enfin puisque c’est ainsi, je pense leur intenter un procès après avoir reçu mes sous. Cet argent vient de mon ancien patron, pas du gouvernement, donc ce n’est pas du tout la même chose, et je peux gagner ma plainte puis faire un procès au gouvernement. Gagnerais-je ? On ne sait jamais, mais il doit bien y avoir un juge qui soit d’accord avec moi qu’un gouvernement n’a aucun droit de se comporter comme ça.

Et puis pendant que j’y suis, je mijote un projet de recours collectif. Je crois qu’en France vous n’avez pas ça, mais ici ça se fait beaucoup quand il y a plusieurs parties lésées de la même façon par le même défendant. C’est facile, on crée une « classe » et on met des annonces dans les journaux genre « tous ceux qui ont eu tel problème avec telle entité, appelez-nous sans frais. » L’avocat est payé un pourcentage de ce qu’il gagne, et tout le monde est gagnant. C’est ce qu’on fait pour les Enron et autres.

Alors mon recours collectif, ça porterait sur quoi, à votre avis ? Hé bien ça serait sur leur bête idée d’envoyer tous les apprentis à Fort Smith. On est tous lésés d’une façon ou d’une autre. Moi, par exemple, je vais chercher du travail hors du territoire. Ça me détruit mes relations personnelles, ça me coûte cher, le Chinook me donne la migraine, mais qu’y faire ? Je ne vais quand même pas me laisser gâcher ma formation. D’autres gars ont carrément abandonné leur formation plutôt que de faire comme moi. Pour ceux qui y vont, c’est à peine mieux. Un camarade qui avait bien plus d’heures que moi n’a pas pu échapper à Fort Smith, il commence donc sa première période le 28 mars, alors que moi avec bien moins d’heures, j’ai déjà fini. Avec un peu de chance je pourrais même encore commencer ma deuxième période en avril. Et tant qu’il ne va pas en formation, le patron ne lui donne pas son augmentation obligatoire de passage d’année. Mais il n’a pas le choix, puisqu’à Fort Smith il n’y a qu’une session de première de charpenterie par an, alors que dans l’Alberta chacune des grandes écoles en fait six par an. Et pour tous ceux qui se laissent envoyer à Fort Smith, on sait qu’ils reçoivent une formation de mauvaise qualité. Donc tous les apprentis y perdent… et c’est comme ça qu’un « classe » se crée.

Il faudrait juste deux choses : un, que j’aie le temps de m’en occuper, et deux, trouver un avocat qui veuille s’en charger.

Cela dit, je vais me coucher. Après tout, demain est un autre jour. (Ah, tiens, non, il est une heure du mat’, demain est donc aujourd’hui. Enfin je me comprends.)

mardi 7 décembre 2010

La moutarde commence à me monter au nez


J’ai amélioré le signe à l’entrée des TéNOs (enfin, la photo du signe), suite à une nouvelle connerie du gouvernement territorial, comme quoi les $1,600 que mon employeur me doit depuis des mois, ça les fait chier de s’en occuper maintenant, alors ils le feront quand ils reviennent de vacances dans cinq semaines. A moins qu’ils aient mieux à faire, genre lire des LOLCats. Parce que quand on est payé $90.000 par an, vous vous rendez bien compte, on a mieux à faire que de s’occuper des problèmes du public.

samedi 11 septembre 2010

Pas de vacances cette année

Ça fait plus d’un an que j’avais prévu de passer une semaine en France cette année pour Thanksgiving.

Et bin c’est raté.

En bref, mon patron m’a arnaquée d’à peu près $8,000, dont je devrais pouvoir récupérer… $300, grâce au conseil du droit du travail. Donc, pas de vacances cette année. Ou de loyer. Ou de médicaments.

Le prochain mongolien qui me dit qu’on devrait abolir les syndicats, je lui fous la baffe de sa vie. Moi quand j’en aurai fini avec ce maudit crosseur d’enculé de sa race de bâtard, je n’accepte plus de job non-syndiqué. (Enfin jusqu’à ce que j’aie plus d’assurance-emploi, au moins.) Ma patience a des limites, quand même.

lundi 12 juillet 2010

Ciment frais

Pourquoi je ne suis pas photographe


On me demande parfois pourquoi je suis charpentier plutôt que photographe. Bon, c'est un gentil compliment, mais d'abord, je suis bien meilleur charpentier que photographe. (Si, si!)

Deuxièmement, pour se faire photographe "professionnel", il n'importe pas du tout d'être photographe, il faut surtout être vendeur. Et moi, je ne sais pas vendre.

Troisièmement, la plupart des photographes professionnels font surtout les mariages, les bébés, les portraits de famille... D'accord, chacun a son goût, mais moi ça ne m'intéresse pas. J'aime bien mieux passer la journée à couler du béton que de mettre un bébé dans un pot de fleurs et de laisser l'appareil faire le reste. Moi si j'étais photographe, vous avez pu le remarquer, je ferais bien sûr de la photographie animalière.

D'où quatrièmement: la photographie animalière, c'est difficile, et c'est dangereux. Parce que d'abord, il faut les trouver, les animaux, et comme je vous ai montré dans le passé, c'est pas forcément facile, même quand on sait exactement où ils sont. Et plus c'est facile à trouver, moins ça vaut d'argent. N'importe qui peut prendre une photo de son chat, mais ça ne se vent pas. Un léopard des neiges, ça se vent très cher, mais encore faut-il les trouver.

Ensuite, le danger. Dans la photo ci-dessus, une mouette de Bonaparte m'attaque pour protéger ses petits. Bon, une mouette de Bonaparte, ça pèse 200 g, donc c'est pas trop dangereux. Un bison, par contre, ça pèse une tonne, et ça a des cornes. Alors la plupart du temps je les prends en photo sans quitter ma voiture, comme ci-dessous. Et encore, ils pourraient facilement me la détruire, la voiture.


Hier, je m'étais arrêtée sur l'autoroute pour prendre des photos de grues du Canada. Je me suis garée à peu près à 100 m des grues, parce qu'elles sont très farouches, et puis avec le chien, on s'est approchées très sournoisement en longeant l'orée du bois. Dès la descente de voiture, ça sentait très fort le bison, mais bon, je me suis dit, il y a de la bouse partout, c'est ça qu'on sent.

Donc je m'approche des grues, je réussis à ne pas leur faire peur, j'en prend quelques photos pas mal réussies (encore que pas assez bonnes pour être commerciales), et puis je décide de traverser l'autoroute pour revenir à la voiture, histoire de voir s'il y a quelque chose à voir de l'autre côté.

De l'autre côté, il y avait les bisons. Toujours pas visibles - ils étaient dans les bois. Je les ai juste entendus. Quand un bison est inquiet, il fait un petit ronflement, et chaque bison qui l'entend et repère également le danger lui répond de même. Donc j'ai entendu un ronflement, puis plusieurs réponses, puis, silence. Me voici donc à 100 m de ma voiture, avec un troupeau de bisons qui savent que je suis là, et qui n'en sont pas très contents. C'est inquiétant.

Heureusement, le bison a un tempérament doux et pacifique à moins qu'on l'énerve, et en plus ils ont peur du chien, donc ils ne risquaient pas trop de s'en prendre à moi. Mais si j'étais photographe animalier au lieu de charpentier, au lieu de m'éloigner discrètement, j'aurais du aller leur casser les pieds pour prendre des photos, et ça serait nettement moins marrant. Et encore, un bison, ça aurait plus tendance à s'enfuir qu'à attaquer. Mais d'aller achaler un ours ou un puma parce que j'ai besoin d'argent pour payer mon loyer, moi, ça me tenterait pas. Je préfère mon patron caractériel, au moins lui ne peut pas m'agresser.

Donc voila. La photographie animalière, c'est sympa comme passe-temps, mais comme métier, la charpenterie est quand même plus facile et plus sécuritaire.

Coffrage

mercredi 19 mai 2010

La vie séduisante du charpentier, épisode 9



Voici pourquoi je n'ai pas écrit récemment. Ça fait deux semaines que je fais du coulis de carrelage. Du coulis avec sable, même. Et le sable, comme vous pouvez le constater, ça déchire les doigts. Asteure, il ne me reste que les petits doigts en à peu près bonne santé; ça ne paraît pas pouvoir être mortel, mais ça gêne vraiment pour dactylographier. Et puis pour s'habiller, se brosser les cheveux, faire la vaisselle... Avec les camarades, on a décidé que l'enfer, c'est probablement ça: un seau inépuisable de coulis avec sable.

A part ça, tout va bien.

mercredi 21 avril 2010

Le premier papillon de l'été


Selon Moumine le Troll, la couleur du premier papillon qu'on voit prédit quel genre d'été on va avoir. Et mon premier papillon, cette année, c'est un morio (Nymphalis antiopa). Alors j'ai décidé que le brun, couleur de la terre et du bois, ça veut dire que je vais travailler, et la bordure dorée symbolise l'argent que je vais gagner. Et le noir et bleu entre les deux, ça pourrait être les couleurs de la voiture que je vais acheter (extérieur bleu, intérieur gris foncé)... ou juste la couleur des bleus que je vais sûrement me faire.

C'est pas pire.

jeudi 15 avril 2010

La vie séduisante du charpentier, épisode 7

En vitesse parce qu'il faut que je me lève de bonne heure demain pour aller travailler, y a pas de bus là où je travaille demain et pas de camarade qui puisse m'emmener, donc j'y vais à pied. 45 minutes de sommeil en moins...

Enfin, une revue des coups et blessures depuis notre dernier épisode.


Ça, c'était une chute en portant une fenêtre, le 2 février. J'ai pas vu une rallonge par terre, j'ai mis le pied dessus, et je me suis étalée à plat sur le dos. La fenêtre m'est tombé dessus et a quand même réussi à se casser. Le cadre, pas la vitre, donc c'est pas trop cher, et comme ça j'ai appris à réparer ce type de cadre. Le bleu n'a pas vraiment fait mal, par contre je me suis un peu démis l'articulation sacro-iliaque et ça, ça fait super mal. Mais je m'en suis remise.


Là c'est pour que vous voyiez mieux l'épicentre du bleu. La flèche rouge indique le bleu de la chute avec cloueur pneumatique une semaine plus tôt, et la flèche jaune, un bleu d'origine inconnue. Il faut que ce soit un peu spectaculaire pour que je sache comment c'est fait un bleu.


Ça, c'est un coup de marteau sur le pouce en clouant des bardeaux, le 19 février. Ça a fait mal pendant un moment, et puis je n'y pensais plus, et plus tard j'ai remarqué une tache noire sur mon gant bleu foncé. "Zut alors," je me dis, "j'ai du goudron sur mon gant." Et quand j'ai enlevé le gant, il y avait du sang partout. Sympa, je ne suis même pas cassé l'ongle.



Et ça c'est ma main aujourd'hui, après deux semaines à poser de l'isolant en laine de verre. Ça gratte un peu, mais à part ça c'est pas pire. Le respirateur, par contre, gratte énormément quand il se met de la fibre dessous. Et puis il faut prendre une douche froide après, parce que l'eau chaude ouvrirait les pores et permettrait donc aux fibres de s'incruster davantage.

J'adore mon boulot.