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mercredi 6 juillet 2011

Marre des photos



Le premier est un papillon tigré du Canada. Bon, évidemment, mais je veux dire que ça s'appelle « papillon tigré du Canada ». Le deuxième est un amiral. Pris entre 14h39 et 14h42.

P'tain, j'en ai trop marre d'être chez moi à prendre des sales photos de papillons au lieu de travailler. Ça fait seize (16) semaines qu'on attend de partir pour Rocanville. Pas de nouvelles. Pas de travail ailleurs. Pas de travail ici. Toujours pas reçu l'argent du connard de Yellowknife. J'en ai vraiment marre. Pour une fois que j'aurais eu un job convenable, il arrive une merde comme de la pluie.

Putain, ce que j'en ai marre de cette galère.

En plus j'aime pas les papillons.

jeudi 17 février 2011

Le défi du béton, chapitres 3 et 4

Le chapitre 3 (14 pages), je peux même pas traduire le titre : Fly Ash, Slag, Silica Fume, and Natural Pozzolans. Bon, je pourrais chercher tout ça sur Google, mais ça ne vous en dirait pas plus en français qu’en anglais. C’est tout des trucs très passionnants qu’on peut ajouter au béton pour en modifier les propriétés. Les « pozzolans » c’est des roches naturelles, les autres c’est ce qu’on obtient si on filtre la fumée de certains procédés industriels et qu’on broie le résidu ainsi obtenu. « Fly ash » vient de la combustion du charbon, « slag » de la production du fer, et « silica fume » de la production du silicone. Donc le ciment, non seulement c’est utile et marrant, mais ça permet également de recycler des polluants industriels. Trop génial, ce truc !

Le chapitre 4, Eau pour mélanger le ciment (4 pages), nous apprend qu’en plus, on peut même recycler des eaux polluées pour faire du ciment, par exemple les eaux acides qui sortent des mines et la plupart des eaux industrielles. Par contre s’il y a du pétrole ou d’autres huiles dedans, pas question, et encore moins des algues. On peut même faire du béton avec de l’eau de mer, tant qu’il n’y a pas de métal dedans. (Dans le béton, pas dans la mer.) Et tout ça c’est très passionnant car on nous apprend à l’école que « toute eau potable est probablement utilisable pour le béton », et rien d’autre. Et à lire ce chapitre, c’est heureux, car toute autre eau doit être testée d’abord, mais si on disait ça aux guignols à l’ego détraqué, bien sûr ils ne le feraient pas, et ils mettraient n’importe quoi dans leur béton. D’ailleurs je n’exclut pas la possibilité que les guignols d’ici se servent justement de n’importe quoi, vu que l’eau potable coûte de l’argent alors que « n’importe quoi » il y en a partout.

Le seul ennui c’est ceci :


Mon diagramme devient un peu chargé, et il y a encore quatre chapitres d’ingrédients. Après ça on passe aux processus, et ça me dérange moins de faire un deuxième diagramme. Mais on a peine à croire que je vais pouvoir caser les quatre prochains chapitre sur celui-ci.

mercredi 9 février 2011

Le défi du béton, chapitre 2/18

Le deuxième chapitre (22 pages) parle de la composition chimique du ciment, de sa manufacture, et de ses propriétés physiques. Il s’intéresse surtout au ciment portland puisque c’est le plus utilisé. Dans le chapitre 2, on apprend toutes sortes de choses passionnantes qui ne vous intéresseraient pas du tout, par exemple, l’équation (simplifiée) de la réaction chimique d’hydratation du béton :


On découvre aussi que le gars qui a fait les tables et diagrammes est l’homme de ma vie, car il pense exactement comme moi. Chaque fois que je lis quelque chose et que je me dis « ça, il faudrait en faire une table ou un diagramme », je découvre que quelqu’un y a déjà pensé et a réalisé ladite table ou diagramme.

Troisièmement, on commence à se rendre compte que je ne vais pas pouvoir mettre tout le contenu de ce livre dans mon beau diagramme qui explique tout. D’abord il n’y aura pas la place, et ensuite Microsoft Word peine à manipuler tant d’éléments en même temps, donc à mon avis il va bientôt crasher. Il va donc falloir trouver une façon de séparer l’information en plusieurs diagrammes qui vont se référencer avec des connecteurs. Techniquement c’est une façon valide de faire un flowchart, mais esthétiquement ça me déplaît, d’autant plus que je voudrais l’imprimer taille poster et le mettre sur un mur chez moi, alors un diagramme géant du béton, bon, on peut comprendre, mais 18 diagrammes géants du béton sur les murs, ça fait pire que femme-à-chats.

Quatrièmement et malheureusement, plus j’en sais sur le béton, moins les contremaîtres et autres guignols vont m’aimer, car les gens qui savent un tout petit peu détestent les gens qui en savent beaucoup. D’ailleurs comme les gars croient toujours résoudre les problèmes par la force et la bêtise, on ne me laisse jamais travailler avec le béton moi-même. Bien que j’en sache bien plus que le reste de mon équipe, dès que le camion-pompe arrive, on me met dans la rue à contrôler la circulation, vu que comme je l’ai déjà expliqué, le travailleur de base croit que le béton dépend non de la science mais de la taille de la bite.

Parfois, travailler dans les métiers dits « d’hommes » peut être déprimant.

dimanche 6 février 2011

Le défi du béton

Je viens de finir le premier chapitre du livre sur le béton (Design and Control of Concrete Mixtures, seventh Canadian edition, Kosmatka et al.).

En page ii, on nous apprend que « cette publication est conçue pour l’usage UNIQUEMENT de PROFESSIONNELS qui ont les compétences nécessaires pour évaluer l’importance et les limitations de l’information fournie, et qui accepteront la responsabilité totale pour l’application de cette information. » Ils rigolent pas, ces gars. Mais c’est vrai que le béton, c’est important, et ça devrait être fait par des professionnels qui y comprennent quelque chose, pas par des guignols à l’ego détraqué.

Bon. Page ix, on nous dit que ce bouquin « a été l’ouvrage de référence de l’industrie du ciment et du béton, depuis sa première publication aux Etats-Unis au milieu des années 1920 ». P’tain, l’anglais, ça se traduit vachement mal en français. Enfin à part ma traduction nulle, on comprend que c’est bien LE livre qu’il te faut si tu veux savoir quelque chose sur le béton. Il y en a de plus spécialisés et de plus récents, mais il faut commencer par celui-ci. Et il ne coûte que $78, alors qu’il va t’éviter de faire des milliers de dollars de béton merdique.

Le premier chapitre, Principes fondamentaux du béton, fait 18 pages de lecture très simple, et peut être résumé en un diagramme facile à comprendre, comme ceci :


Malheureusement, je ne peux pas mettre le PDF sur ce site (que je sache), donc ceci est une capture de l’écran et vous ne pouvez pas apprécier à fond la beauté de la chose. Mais à le regarder de près, on voit que la variable clé du béton, c’est l’eau. D’abord la quantité d’eau pour le mélange, qui doit être la plus basse possible, soit à peu près 0,4 fois la quantité de ciment. Moins que ça, on n’arrivera pas à le travailler. Deuxièmement, la perte d’eau après que le béton est placé. Le béton frais peut faire deux choses : sécher ou s’hydrater. L’hydratation est une réaction chimique (en fait, des réactions chimiques) qui peut se poursuivre pendant des années, tant qu’il y a encore du ciment pas hydraté, de l’eau, de la chaleur, et de la place pour les produits de la réaction. Alors que sécher, c’est juste sécher.

Quand le béton sèche, il a moins d’eau pour s’hydrater, donc il s’hydrate moins, donc il n’est pas aussi fort, il craque, et il n’est pas durable. Donc après l’avoir mis en place, il faut commencer à le curer dès que possible, par exemple avec une brume d’eau, ou en le couvrant de bâches, de plastique, ou de toile de jute imprégnée d’eau. On continue comme ça le plus longtemps possible, et puis s’il pouvait faire à peu près +10°C, ça serait bien aussi, parce que c’est la meilleure température pour curer le béton.

Donc c’est vraiment pas très sorcier. Je parie que vous autres avez tout compris à ce que je viens de dire, même sans voir le superbe diagramme très facile à comprendre. L’ennui, c’est que le béton n’est pas fait par des professionnels compétents, mais par des guignols à l’ego détraqué, donc le diagramme de comment c’est fait en réalité, c’est comme ça :


Alors les gars placent le béton et puis ils s’en vont à la pêche. Plus il fait chaud et sec, plus ils sont contents, alors que le béton, vous autres le savez déjà, préfère frais et humide que chaud et sec. Curer le béton, ça ne vient à l’idée de personne. Leur béton craque après quelques heures, quelques jours s’ils sont chanceux, et la prochaine fois ils font exactement la même chose. Et si tu essayes de leur dire qu’il faudrait peut-être le couvrir, ils te disent toujours la même chose : « oublie ces âneries que tu lis dans les livres, ici c’est pour de vrai et nous on a l’Expérience. » Ah ouais ? C’est marrant, mon livre il a prédit exactement comment ton béton allait craquer, alors moi je le savais sans en avoir fait l’expérience, et toi tu le sauras toujours pas la prochaine fois quand tu vas refaire exactement les mêmes bêtises. Vingt ans d’expérience et ton béton craque à tous les coups… t’aurais peut-être dû lire le livre, au lieu de faire le malin.

Et le pire c’est que ce truc de curer le béton, on nous l’apprend à l’école. En première année. Et dès que les gars finissent les cours, ils se disent la même chose : l’école, c’est n’importe quoi, faut pas y croire, y a que l’Expérience qui compte. Et de continuer à ne rien apprendre de leurs expériences de béton craqué.

Enfin si vous vous apprêtez à me dire que je devrais faire autre chose que le BTP, c’est pas la peine, parce qu’il faudrait pas croire que les gens fassent mieux leur ouvrage dans d’autres industries. D’ailleurs je me demande toujours comment les gens qui font mal leur ouvrage (c’est-à-dire à peu près tout le monde) peuvent faire confiance à leur docteur ou à leur mécanicien. Si tu fais à moitié ton travail et que tu passes ton temps sur Facebook, qu’est-ce qui te fait croire que ton mécanicien travaille mieux que toi ? Et comme justement les mécaniciens font du bien meilleur travail que les personnels administratifs, pourquoi les derniers se croient-ils tellement supérieurs aux premiers ? Donc apparemment, le béton aussi a une morale marxiste.

Bon. Demain, chapitre deux : Ciments Portland, mélangés, et autres ciments hydrauliques.

jeudi 13 janvier 2011

Maintenant j’ai mal au poignet ET à l’amour-propre


On a eu les résultats des Qualifications Techniques. 88%, alors que j’avais fait 97% au cours. La honte !

J’espère que mes camarades d’études s’en sont mieux sortis.

jeudi 16 décembre 2010

Veille d’examen

Notre examen de qualification technique est demain à 7h48. Précise. J’ai eu 97% de moyenne à l’école, dont 94% en atelier, donc je ne m’inquiète pas trop. A moins de ne pas me présenter, je l’aurai presque certainement. Par contre mon camarade d’étude n’a eu que 73% à l’examen de fin de bimestre, et il faut 70% pour passer la qualification technique, donc pour lui c’est pas garanti. Mais on a révisé comme des fous toute la semaine, je pense qu’il s’en sortira.

Là-dessus, je vais me coucher.

jeudi 9 décembre 2010

Pythagorème

Pour être charpentier, il faut faire des maths. Entre autres, le théorème de Pythagore, qui nous est très utile pour vérifier que les angles supposés droits le sont vraiment. L’ennui c’est que la plupart des apprentis sont sortis du secondaire il y a dix ans ou plus, et n’étaient déjà pas forts en maths à l’époque. En plus il y en a beaucoup pour qui l’anglais est une deuxième langue. Dans ma classe, par exemple, il y a deux mexicains, un québecois, et un probablement hongrois ou croate, vu son nom. Bon. Donc ils n’ont probablement jamais entendu parler de Pythagore, encore moins de théorèmes. Alors à force de faire du soutien avec les camarades qui ont de la misère en maths, j’ai fini par me rendre compte qu’ils ne disent pas « théorème de Pythagore » (en anglais, « Pythagoras’s theorem »), mais simplement « Pythagorème ».

Ce qu’on ne dit pas aux apprentis, c’est que le théorème de Pythagore, pour les matheux, c’est surtout l’exception au théorème de Fermat. Ça serait cruel. D’ailleurs j’évite de leur en dire trop sur les maths. Par exemple, il y en a un qui m’a demandé pourquoi le volume d’un cône est πr²h / 3. Je me sens pas trop de leur enseigner le calcul intégral, alors je lui ai dit que je lui dirai quand il sera plus grand.

Par contre, j’ai essayé d’apprendre aux instructeurs à faire de la trigonométrie. Il y en avait un qui s’était mis dans la tête de réduire de moitié l’angle d’un escalier, en divisant la hauteur des marches par deux. Evidemment, ça n’avait pas marché, alors ils étaient tous avec leurs iPhones et BlackBerries à essayer de trouver une app pour ça. Donc j’ai passé une demi-heure à leur démontrer que la nouvelle hauteur va être tan (θ / 2) fois le giron. La plupart se sont éloignés discrètement. Seul le gars qui avait créé le problème a essayé de comprendre. En fin de compte il a dit qu’il captait, mais je pense qu’il me ment.

J’ai également créé un modèle en papier d’une projection orthographique que personne n’arrivait à changer en dessin isométrique, après que trois instructeurs avaient abandonné, et un quatrième essayait de le faire avec AutoCADD. Mais je l’ai fait plus vite que lui. Et puis j’ai trouvé une façon simple et efficace de faire tous les problèmes de proportions, pourcentages et leviers, que les autres gars comprennent facilement.

L’autre jour au concert de Noël de la Chorale Luthérienne de Calgary, j’ai rencontré un de mes anciens professeurs d’astrophysique. Il m’a dit se souvenir que d’après mon prof préféré, j’avais « toujours des solutions élégantes » en maths. Ce qui me parait bizarre car je me souviens clairement que je n’avais pas de solutions du tout, élégantes ou vulgaires. C’est bien pour ça que je suis charpentier et pas astrophysicienne. Mais à force d’être super nulle en maths pendant cinq ans de diplôme d’astrophysique, j’ai maintenant l’air d’un génie en maths de charpenterie.

Il me semble qu’il devrait y avoir un proverbe qui s’applique à cette situation, mais je n’arrive pas à m’en souvenir. Apparemment, mon génie ne marche que pour les maths de charpenterie.

vendredi 26 novembre 2010

Les proto-fascistes

Nos études de charpenterie, ça se passe comme ceci : on achète nos livres (ou « modules »), on reçoit un calendrier d’examens, et chacun doit s’organiser pour faire les examens selon le calendrier. On est également obligé de faire six heures de présence par jour à l’école, dont trois pour l’atelier, et le reste soit pour des cours de théorie si l’instructeur décide d’en donner, soit pour l’étude des modules.

En première de charpenterie, on a treize examens sur les modules, un examen de fin de bimestre, et l’examen provincial de Qualification Technique. Les deux derniers se font la dernière semaine, donc on a sept semaines pour faire les treize examens sur les modules.

Bon.

Et puis les gars qui sont forts, on les laisse faire deux périodes de suite.

Moi j’ai fait les treize examens en trois semaines, et j’ai 97% de moyenne. Alors les instructeurs on dit, pour rire, que j’aurais dû faire première et deuxième en même temps. Ce n’est pas interdit, mais personne n’essayerait ça ; la plupart des gars ont du mal à faire une période en huit semaines. Enfin quand même, on s’est dit que je devrais au moins faire ma deuxième période au prochain tour, ce qui commencerait le 28 février, car janvier est plein et a une liste d’attente de 20 personnes (pour un total de 48 places).

Bon.

Comme je n’ai pas d’emploi en ce moment, ça paraissait être une bonne idée. Donc on a demandé à notre liaison avec le Conseil de l’Industrie et des Métiers de l’Alberta, qui supervise la formation à SAIT et autres écoles de l’Alberta. La liaison a dit que si c’était que de lui, pas de problème, on m’enverrait faire ma deuxième période quand je veux, mais que comme je suis enregistrée dans les TéNOs, il faut demander la permission du Conseil des TéNOs.

Merde.

Le Conseil des TéNOs, d’abord, ne te laisse pas aller à l’école avant d’avoir 1800 heures d’ouvrage par an. Dans l’Alberta c’est 1360, mais on n’est pas obligé de les avoir pour aller à l’école. Moi j’ai 1972 heures, donc, pas question. Deuxièmement, le Conseil des TéNOs a décidé cette année que tout le monde va à leur école, Aurora College à Fort Smith. Qui est une école de merde, vous vous en doutez bien. Pour cette année j’ai réussi à y échapper (c’est une longue histoire), mais ça ne se reproduira pas. Donc, pas moyen de faire ma deuxième période avant d’être transférée au Conseil de l’Alberta, et pour ça, il faut que je trouve un employeur dans l’Alberta qui puisse m’inscrire. Mais si j’avais un emploi, j’aurais mieux à faire que de retourner à l’école en février.

Donc, bien que je sois hyper forte et que ça paraisse logique, notre gouvernement va m’empêcher de continuer mes études tant que je dépends d’eux. C’est malin, ça, forcer le talent à partir alors qu’on dépense de l’argent pour des bêtes campagnes de pub parce qu’on n’aurait pas assez de travailleurs.

Enfin, je ne suis pas la seule, c’est une consolation. Les apprentis qui ne veulent pas aller à Fort Smith, comme moi, abandonnent soit leur métier, soit le territoire. Le gouvernement s’obstine, mais ils ont quand même dit que d’accord, on peut aller où on veut, tant qu’on leur rembourse les $5650 que ça leur coûte de nous envoyer ailleurs.

Ha.

Ça, c’est encore un mensonge. Peut-être qu’à Fort Smith ça coûte $5650 par tête, mais dans le monde civilisé, non. On ne nous donne pas le prix exact, mais on sait que pré-charpenterie c’est $4250, ça dure douze semaines, et il y a beaucoup plus d’instruction par semaine. Alors les périodes d’apprentissage, qui ne font que huit semaines avec moins d’instruction par semaine, ça m’étonnerait que ça coûte même deux tiers, soit $2833. Et encore, l’étudiant en paye $800. Donc disons qu’il en reste $2000 à rembourser d’un gouvernement à l’autre… De toute évidence, ça fait des supers économies au gouvernement des TéNOs. Alors pourquoi insistent-ils ? Pour garder cet argent dans le territoire ? Ça m’étonnerait, vu que de s’en servir pour nous donner une bonne formation, c’est la même chose, sauf que ça portera des fruits pendant des dizaines d’années. Et d’ailleurs si on a de l’argent pour « viens faire ta marque », de toute évidence garder l’argent pour les TéNOis, c’est pas une priorité.

Non, à mon avis, c’est pas pour payer cet argent aux TéNOis plutôt qu’aux Albertains ; c’est surtout pour le donner à des employés du gouvernement des TéNOs plutôt que de l’investir pour le bénéfice des contribuables TéNOis. Parce que comme vous avez pu le comprendre, le but du gouvernement des TéNOs, c’est d’enrichir le gouvernement des TéNOs, pas de servir les TéNOis.

Alors qu’est-ce que ça a à voire avec mon titre ? Et bien ça me rappelle un commentaire de Guillermo del Toro sur un de ses caractères : « c’est un proto-fasciste : il n’est pas assez intelligent pour être un vrai fasciste. »

Nous c’est pareil. Si notre gouvernement n’était pas si bête, il serait fasciste.

vendredi 19 novembre 2010

Pourquoi je suis charpentier

On me demande souvent ça. C’est bizarre, comme question. Moi je dis pas aux gens « hein ? T’es secrétaire ? Pourquoi t’es-tu secrétaire ? Réceptionniste, d’accord, mais secrétaire, c’est fou ça. » Enfin secrétaire, PDG, docteur, militaire, chômeur, comptable, parasite, bénévole, sage-femme, retraité, femme au foyer, président de la république… Est-ce que je vous demande pourquoi ? C’est fou cette histoire.

Enfin bref, on me demande pourquoi je suis charpentier, alors je t’explique. D’abord, on travaille dehors. Donc rien que ça, déjà, c’est mieux que ta job. Sauf militaire ou pro de golf.

Deuxièmement, charpentier, c’est vachement ludique. Comme les Legos, sauf que mieux payé. Y a un gars qui te donne un bout de papier avec un dessin, un autre gars t’apporte une grosse pile de bouts de bois, et voilà, tu te débrouilles pour construire quelque chose. Si t’es chanceux, ça ressemble au dessin du premier gars. Pis après t’es payé. Si t’es comptable, t’es mieux payé, mais c’est pas ludique. Moi je disais toujours que c’est comme Tetris avec l’argent des autres, mais bon, on s’amuse pas de trop. Deux comptables qui se rencontrent, ils ont pas d’anecdotes marrantes d’ouvrage à se raconter. Genre y a un comptable qui peinture son plafond, pis un autre comptable s’amène et lui dit « accroche-toi à la TVA, j’enlève l’échelle. » Nul, hein ? Tu vois, même si t’aimes ça, la compta, c’est plate.

Troisièmement, la charpenterie, c’est du travail d’équipe. Disons qu’on a une poutre d’acier à placer ; on appelle huit gars et une grue, on s’y met tous, y en a toujours un qui fait rien, bon, on rigole. Compta, même quand on s’y met à plusieurs, c’est pas du tout la même chose. Y en a un qui s’occupe des comptes clients, un qui s’occupe des comptes fournisseurs, un autre fait les impôts, pis le vendredi on a une réunion d’équipe. Même si tu paies 182 millions de dollars pour un maudit pont qui sert à rien, il suffit d’un seul gars pour écrire au journal que tu t’es fait arnaquer. Et le travail d’équipe, c’est toujours plus marrant. Même si tu t’es pris de bec avec un autre gars, quand on s’entraide, on rigole. Pas de rancune. C’est sympa.

Exemple. Dans ma classe de première de charpenterie, on est douze, moins un qui est malade. On a trois heures d’atelier par jour, et il y en a qui travaillent plus vite que d’autres, donc après quatre semaines, il y a presque deux jours d’écart entre les plus rapides et les plus lents. Aujourd’hui, on était quatre à avoir fini le projet courant, et l’instructeur ne voulait pas qu’on commence le suivant, donc il nous donne autre chose à faire. D’abord, découper du contreplaqué. Bon, en vrai, découper du contreplaqué sur la scie à table, c’est plate, mais on était quatre, et on n’était pas très surveillés car on est censé savoir le faire, pis l’instructeur s’occupait d’instruire ceux qui travaillaient encore. Y en a deux qui n’ont rien écouté, un qui n’a pas l’habitude de la scie à table, et moi j’aime pas faire ma têteuse alors je suis la foule. Donc mon binôme commence par mettre le contreplaqué sur la scie dans le mauvais sens. Ça quand même j’ai dû intervenir, je lui dis « coudonc, c’est mal parti ton affaire, fais donc comme Dave nous a dit. » Donc, on se met à rire. Parce que se tromper en charpenterie, surtout si c’est dangereux, c’est pliant. Sauf pour le gars qui paie les factures, mais il n’y est pas et il nous traite mal, donc on s’en fout de ses états d’âme.

Bon. Une fois qu’on commence à rigoler, tout parait plus drôle qu’avant. Donc on a tout découpé, de plus en plus de travers, on en a échappé un morceau ou deux, l’autre paire a coupé dans le mauvais sens, en travers du grain au lieu de la longueur. C’est désopilant. L’instructeur vient nous superviser, un peu, et il nous demande « ça va, vous savez ce que vous faites ? » Je dis oui, les trois autres clowns disent non. « Très bien, » il nous dit, « c’est comme à l’ouvrage alors, continuez. » Et il retourne à ses moutons et nous autres on finit de massacrer le contreplaqué.

Après ça, il faut nettoyer l’atelier. C’est un autre truc que le BTP a en commun avec les Legos : à la fin des heures de présence, il faut tout ranger. Evidemment il faut mettre les outils sous clé pour pas qu’on te les vole, pis il faut ranger les matériaux et ramasser les débris, parce que ça n’a pas d’allure pour le public de voire un site dégueulasse, et puis parce qu’un espace de travail en désordre c’est pas sécuritaire. Donc on arrête le travail cinq à vingt minutes avant l’heure dite, et on range. Et le vendredi, on fait un super nettoyage. Mais dans notre atelier à l’école, comme il y a une autre classe qui s’en sert le matin, personne ne fait le grand nettoyage, et c’est la pagaille. Alors aujourd’hui, Dave nous dit de tout nettoyer comme si c’était chez nous. Donc on balaye, on passe l’aspirateur, on bouge les meubles, tout ça. Le faire chez soi c’est plate, et les comptables payent quelqu’un pour le faire pour eux, mais nous, ça fait partie de notre job, et ça nous amuse. Alors on rit tous comme des goélands, ça n’a aucun sens, mais c’est comme ça.

Donc voilà. L’air frais, les activités ludiques, et l’esprit d’équipe. C’est comme les colonies de vacances, sauf que c’est toute l’année et on est payé. Alors la question c’est pas pourquoi je suis charpentier, mais pourquoi les autres ne le sont pas.

dimanche 31 octobre 2010

Ce qu’on fait à l’école

Tiens, j’aurais peut-être dû expliquer, vu que tout le monde ne me suit pas sur Facebook. Je suis apprenti charpentier (ça vous l’avez probablement déjà compris), et en ce moment je suis à Calgary pour ma première période de formation technique à SAIT Polytechnic. C’est là également que j’avais fait mon cours de pré-emploi en 2008.

La première période commence par les scies à main.

Exercice de scies à main, 2008 :




Exercice de scies à main, 2010 :




Vous y voyez une difference?

En fait, moi non plus. Sauf que la version 2008 m’a pris deux fois plus longtemps et j’ai fait 73%, et pour la version 2010 j’ai eu 90%. C’est pas pire. Il faut dire que l’instructeur de pre-carp était beaucoup plus strict pour les petits projets. Le gars que j’ai cette année utilise un système à 10 points. C’est-à-dire que le gars qui a le meilleur projet a 10/10, et les autres sont comparés à lui. Donc j’ai fait 90% aussi bien que le meilleur gars de la classe ; ça m’écœure un peu, vu qu’il se servait de la mauvaise scie et que je l’ai aidé à trouver la bonne, mais bon, la charpenterie, c’est une affaire d’équipe, pas une compétition.

On fait également des devoirs écrits. On en a 13 à faire en sept semaines, et deux la huitième semaine. J’en ai fait cinq et j’ai 95% de moyenne. Décevant, mais pas trop mal.

samedi 11 septembre 2010

Pas de vacances cette année

Ça fait plus d’un an que j’avais prévu de passer une semaine en France cette année pour Thanksgiving.

Et bin c’est raté.

En bref, mon patron m’a arnaquée d’à peu près $8,000, dont je devrais pouvoir récupérer… $300, grâce au conseil du droit du travail. Donc, pas de vacances cette année. Ou de loyer. Ou de médicaments.

Le prochain mongolien qui me dit qu’on devrait abolir les syndicats, je lui fous la baffe de sa vie. Moi quand j’en aurai fini avec ce maudit crosseur d’enculé de sa race de bâtard, je n’accepte plus de job non-syndiqué. (Enfin jusqu’à ce que j’aie plus d’assurance-emploi, au moins.) Ma patience a des limites, quand même.

lundi 6 septembre 2010

L’armée canadienne… ferait mieux de se taire, des fois


Plaque sur une piste: "les améliorations et améliorations de cette passerelle ont été réalisées conjointement par la Ville de Yellowknife, les soldats de la Compagnie de Yellowknife, et les sapeurs du 41ème régiment du génie, 41ème groupe-brigade canadien, 7 mai, 2010."

Je vous jure, ça dit vraiment "améliorations et améliorations", vu que "upgrades" et "improvements" c’est la même chose. Enfin bon. C’est des militaires, pas des écrivains. Alors voyons un peu ce qu’ils ont fait, comme améliorations.


Euh…

Non mais on se fout de moi, là, non? Le 41ème régiment du génie construit cette passerelle à la noix, et ils trouvent que ça mérite de s’offrir une plaque? Ça va pas, chez eux. Dans le civil, un apprenti charpentier et deux manouvriers t’auraient fait la même passerelle pour un tiers du prix.

Et c’est pas tout, parce que non seulement ils se mettent une plaque pour leur petite passerelle, mais en plus, c’est même pas du bon travail.



Vous voyez ça? Tous les membres obliques devraient arriver au même point par rapport aux membres verticaux. Et tant qu’à faire, nous autres civils, ont les alignerait tous avec le bord du montant. Et puis quand on coupe du bois traité sous pression, il faut traiter la coupure, sinon ça sert à rien d’avoir du bois traité. Là je crois pas qu’ils l’aient fait, mais ça je peux pas trop me plaindre vu que nous non plus on ne le fait pas à l’ouvrage. (Enfin ça veut pas dire qu’ils ont raison, c’est notre patron qui a tort.)


Tiens, ils savent pas visser, non plus. Une des vis est trop enfoncée, l’autre pas assez. Elles devraient toutes être au même niveau que le bois, ou un peu en dessous, mais à peine.


Là ils ont bousillé les têtes des vis et ils ont abandonné l’idée de les enfoncer… A ce point-là il aurait suffi d’un bon coup de marteau, ou pour faire du bon travail, ils auraient pu retirer les vis et en mettre des neuves quand le foret s’est mis à sauter.


Incroyable! Passons…


Ici vous ne voyez probablement pas ce qui ne va pas, alors je vous explique: cette planche est inversée. Une planche a en général une face convexe et une face concave. Il faut toujours mettre la face convexe vers le haut, pour que l’eau puisse s’écouler. J’ai pas eu à en regarder deux pour en trouver une qui soit dans le mauvais sens.


Et ça, pour un truc tout neuf, ça vous parait acceptable? Ce genre d’ouvrage, c’est censé être plat. Là vous voyez bien, il y a des planches qui dépassent de partout. Essayez un peu d’y aller en patin à roulettes, vous m’en direz des nouvelles.

Alors que le 41ème régiment du génie sache pas se servir d’une planche ou d’une vis correctement, bon, passe encore. Dans une vraie guerre, on s’en tape l’œil que les vis soient trop enfoncées, de toute façon c’est provisoire. Mais qu’ils fassent ce travail de blaireaux pour une passerelle permanente, en temps de paix, et qu’en plus ils y mettent une plaque pour se féliciter, c’est lamentable.

Mon instructeur de charpenterie à SAIT nous l’avait bien dit: une fois qu’on apprend le métier, on passe le reste de sa vie à voir toutes les fautes dans le travail des autres.

mercredi 19 mai 2010

La vie séduisante du charpentier, épisode 9



Voici pourquoi je n'ai pas écrit récemment. Ça fait deux semaines que je fais du coulis de carrelage. Du coulis avec sable, même. Et le sable, comme vous pouvez le constater, ça déchire les doigts. Asteure, il ne me reste que les petits doigts en à peu près bonne santé; ça ne paraît pas pouvoir être mortel, mais ça gêne vraiment pour dactylographier. Et puis pour s'habiller, se brosser les cheveux, faire la vaisselle... Avec les camarades, on a décidé que l'enfer, c'est probablement ça: un seau inépuisable de coulis avec sable.

A part ça, tout va bien.

dimanche 2 mai 2010

La vie séduisante du charpentier, épisode 8



Ça faisait un moment que je ne m'étais pas fait mal, ça ne pouvait pas durer toujours... Alors vendredi, j'isolais le dessous d'une maison. Bin oui, parce que sous une maison, y a le sol, et le sol, c'est froid, surtout quand c'est du granite et qu'il fait -40C. Alors il faut isoler le dessous de la maison.

Bon.

Moi j'aime pas aller sous les maisons, parce que c'est sale. Plus sale que le reste du site, je veux dire. En plus dans le sous-sol en question, y a de l'eau stagnante, et j'ai horreur de ça. D'ailleurs le Règlement Général sur la Sécurité, paragraphe 432, prévoit que "des mesures appropriées doivent être prises afin d'empêcher l'accumulation d'eau dans les tranchées", mais bon, mon patron ne croit pas aux lois sur la sécurité des travailleurs (ça vous étonne, hein?), alors ça m'étonnerait même qu'il le sache. Donc bon, y avait de l'eau stagnante, de la boue, des araignées, tout ça, c'est crade. Mais c'est pas pour ça que je me suis blessée.

Pour isoler le dessous d'une maison, c'est facile, on bourre de l'isolant en laine de verre entre les solives, et puis après on y met un pare-vapeur, et voilà, c'est fait. Bon. Sauf que là on se servait de membrane Tyvek au lieu de poly, pour des raisons que je ne vous explique pas. Le Tyvek c'est une espèce de papier, mais très résistant. On l'achète en rouleaux, dans mon cas, 2,1 m par 50 m. Alors c'est bien gentil tout ça, mais pour agrafer au plafond une feuille de papier de 2,1 m de large, et encore sans la laisser traîner dans la boue, ça peut devenir frustrant. Et puis après il faut encore sceller tous les joints avec une bande adhésive conçue à cet effet. Et tout ça, l'isolant, le papier et la bande adhésive, ça se coupe au stylet (ou "cutter" en français). En anglais on l'appelle "couteau de sécurité" puisqu'il est plus sécuritaire que les autres, mais comme la suite va le prouver, il n'est quand même pas à l'épreuve de la bêtise humaine.

Bon, donc à force de couper tous ces matériaux, la lame du stylet s'émousse vite, et donc c'est frustrant. Et déjà, d'être sous la maison, c'est frustrant, et de poser du Tyvek, c'est frustrant, et en plus le patron avait comme toujours imposé des délais très (trop) courts, et puis il y a eu une panne de courant, et puis les plombiers ont fait du mauvais travail donc ça m'empêche de faire ma part, etc. Et comme chacun sait, la frustration et la précipitation sont deux grandes ennemies de la sécurité au travail.

Donc, j'essayais de couper ma bande adhésive avec mon stylet émoussé, et ça ne marchait pas, et j'étais pressée, alors j'ai pris la bande adhésive d'une main et de l'autre, je l'ai fauchée d'un grand coup de couteau. Enfin je l'aurais fauchée, si mon pouce ne s'était pas trouvé là.

Crisse, que ça a fait mal. Parce que maintenant que j'ai des muscles, je tape comme un sourd. Et puis ça s'est mis à saigner, un peu d'abord et puis beaucoup. J'avais des pansements dans ma poche, mais je n'arrivais pas à les ouvrir d'une seule main, et puis ils étaient trop petit pour le volume de sang en question. J'aurais voulu la trousse de premiers soins, mais elle est dans la remorque à outils, qui est fermée à clé, et il n'y avait que moi sur le site, et moi je n'ai pas la clé. Bin tiens, ça fait six mois que j'y travaille, pourquoi aurais-je la clé? Et puis surtout, vu que mon couteau traînait dans ce sous-sol boueux et dégueulasse depuis deux jours, à couper des matériaux, je me disais que c'était sûr de s'infecter, et qu'il fallait que j'aille à l'hôpital le faire nettoyer. Mais comme je n'ai pas de voiture, ça m'aurait pris super longtemps.

En fin de compte j'ai appelé un camarade d'un site voisin pour qu'il vienne m'ouvrir la remorque. Le temps qu'il arrive, mon pouce tournait au bleu. Bon, bleu, ça me va. C'est même la seule couleur acceptable dans cette situation. Rouge, jaune, vert ou noir, ça serait inquiétant, mais bleu, ça va. Alors j'ai désinfecté plus ou moins, j'ai trouvé un bon gros pansement qui couvrait bien tout autour de la plaie, et puis j'ai refusé de le regarder pendant deux jours.

Le vendredi soir, ça faisait tellement mal que j'ai eu un peu de mal à m'endormir. Le samedi, je pouvais pas mettre la main dans ma poche, mais c'était pas pire. Et aujourd'hui, ça ne faisait pas mal du tout. Alors j'ai fini par enlever le pansement, pour voir ce qui se passait, et en fait c'est pas aussi traumatisant que ça avait paru au début. Je dis pas que je vais le refaire tous les jours, mais en fin de compte, c'est plus de peur que de mal.

mercredi 21 avril 2010

Le premier papillon de l'été


Selon Moumine le Troll, la couleur du premier papillon qu'on voit prédit quel genre d'été on va avoir. Et mon premier papillon, cette année, c'est un morio (Nymphalis antiopa). Alors j'ai décidé que le brun, couleur de la terre et du bois, ça veut dire que je vais travailler, et la bordure dorée symbolise l'argent que je vais gagner. Et le noir et bleu entre les deux, ça pourrait être les couleurs de la voiture que je vais acheter (extérieur bleu, intérieur gris foncé)... ou juste la couleur des bleus que je vais sûrement me faire.

C'est pas pire.

jeudi 15 avril 2010

La vie séduisante du charpentier, épisode 7

En vitesse parce qu'il faut que je me lève de bonne heure demain pour aller travailler, y a pas de bus là où je travaille demain et pas de camarade qui puisse m'emmener, donc j'y vais à pied. 45 minutes de sommeil en moins...

Enfin, une revue des coups et blessures depuis notre dernier épisode.


Ça, c'était une chute en portant une fenêtre, le 2 février. J'ai pas vu une rallonge par terre, j'ai mis le pied dessus, et je me suis étalée à plat sur le dos. La fenêtre m'est tombé dessus et a quand même réussi à se casser. Le cadre, pas la vitre, donc c'est pas trop cher, et comme ça j'ai appris à réparer ce type de cadre. Le bleu n'a pas vraiment fait mal, par contre je me suis un peu démis l'articulation sacro-iliaque et ça, ça fait super mal. Mais je m'en suis remise.


Là c'est pour que vous voyiez mieux l'épicentre du bleu. La flèche rouge indique le bleu de la chute avec cloueur pneumatique une semaine plus tôt, et la flèche jaune, un bleu d'origine inconnue. Il faut que ce soit un peu spectaculaire pour que je sache comment c'est fait un bleu.


Ça, c'est un coup de marteau sur le pouce en clouant des bardeaux, le 19 février. Ça a fait mal pendant un moment, et puis je n'y pensais plus, et plus tard j'ai remarqué une tache noire sur mon gant bleu foncé. "Zut alors," je me dis, "j'ai du goudron sur mon gant." Et quand j'ai enlevé le gant, il y avait du sang partout. Sympa, je ne suis même pas cassé l'ongle.



Et ça c'est ma main aujourd'hui, après deux semaines à poser de l'isolant en laine de verre. Ça gratte un peu, mais à part ça c'est pas pire. Le respirateur, par contre, gratte énormément quand il se met de la fibre dessous. Et puis il faut prendre une douche froide après, parce que l'eau chaude ouvrirait les pores et permettrait donc aux fibres de s'incruster davantage.

J'adore mon boulot.

mardi 26 janvier 2010

Oh, la belle bleue!

Comme vous avez pu le constater, j'ai pas tellement le temps d'écrire en ce moment. J'ai eu tout un tas d'aventures à l'ouvrage les quelques dernières semaines, et je fais des heures sups, et c'est tout très bien mais bon, pas tellement le temps d'écrire.

Dans tout ça je faisais des progrès au niveau des bleus, et puis hier je m'en suis fait un vraiment bien:


C'est pas facile, mine de rien, de prendre des photos de bleus.

Alors ce qui c'est passé, là, c'est que je suis tombée d'un échafaudage. Il faisait à peu près 1,35 m de haut et 25 cm de large, et j'étais accroupie à essayer de mettre des clous en diagonale avec le cloueur pneumatique, et puis mon pied a glissé et comme j'avais les mains pleines, je n'ai pas pu me rattraper.

Bon, donc je tombe, et ça n'a pas fait mal. Non seulement c'était pas très haut, mais il faisait très froid, donc comme d'habitude, j'étais très emmitouflée, donc je tombe en douceur. Le bleu, j'ai pas bien compris d'où il venait. Il me semble que le cloueur pneumatique a du me tomber dessus. Il pèse 3,40 kg à vide, donc heureusement qu'il m'a pognée au-dessus du genou... 10 cm plus à droite, il m'aurait mis la rotule en miette.

Un truc que j'aime bien dans mon job c'est que c'est pas sentimental. Quelqu'un a dit "are you ok?" et j'ai répondu "I'm all good", et voila, end of story, personne n'y pense à deux fois. Donc je me relève, je m'époussette, j'attends deux-trois minutes que le charley horse passe, et personne ne me tourne autour nerveusement à me poser 200 questions sur ma santé. Relax... Et puis en attendant que la crampe passe et que je puisse reprendre le travail, je me fais une petite réunion de sécurité: qu'est ce qui c'est passé, pourquoi, comment faire pour ne pas le refaire? Et hop, je ramasse le cloueur, je remonte sur ma planche, et c'est reparti. Et je ne suis pas tombée une deuxième fois.

Ce qui était ironique par contre c'est que je portais mon harnais anti-chutes. Bien sûr il ne sert à rien à 1,35 m, je le portais parce que j'avais aussi à travailler de l'autre côté du mur où il y a probablement 6 m de chute, mais bon, de faire une belle chute avec le harnais tout bien mis, ajusté, attaché, ça m'a un peu fait rire.

Bon, j'aurais dû être couchée y a un moment déjà. Bonne nuit!

mardi 22 décembre 2009

La vie séduisante du charpentier, épisode 6


Quand je dis "mes grosses bottes", vous voyez, je ne plaisante pas. Elles sont 8 cm plus longues que mes pieds, et oui, c'est la bonne pointure. Enfin c'est des bottes pour homme, donc taille 4, mais elles me vont bien. La paire pèse 3,4 kg, donc j'essaye de les mettre le moins possible, vu que je porte déjà bien assez de poids.


Ça, outre le fait d'être une photo vraiment mal faite, c'est mon épaule droite hier soir. Ces taches rouges s'appellent des pétéchies et c'est dû à la rupture des capillaires sanguins. Dans mon cas, c'est à force de soulever les poutres pour le plafond de la maison qu'on construit. Même les gars en avaient mal aux bras, mais la fatigue passe vite et les pétéchies elles-mêmes sont sans douleur.


Et ça c'est mon front ce soir... Un outil est tombé d'une planche dans notre remorque à outils et je m'en suis pris le coin sur la figure. Et encore, je portais un passe-montagne et un bonnet. Ça par contre ça a fait crisse de mal, mais pas de dommage, à part cette marque. (L'outil se porte au mieux.)

jeudi 17 décembre 2009

La vie séduisante du charpentier, épisode 5

Hier au marché, on avait du contreplaqué à monter à l'étage. Par l'escalier. 18 marches.

Bon. Les ordres, hein...

Alors je pogne une planche et j'y vais. Et je suis optimiste et contente de moi, parce qu'une planche de 3/4" ça pèse à peu près 57 lbs et ça mesure 4' sur 8' (français de France: une planche de 19 mm ça pèse à peu près 26 kg et ça mesure 1,22 m sur 2,44 m), et on en prend tout le poids d'une main, alors, il faut avoir le tour de main.

Bon, je m'avance vers l'escalier avec ma planche de contreplaqué, pleine d'enthousiasme pour mon job génial.

La planche arrive à l'escalier. J'entends par là que le bord avant de la planche cogne contre une marche.

Mes pieds, non.

Mes pieds sont encore à un pied (30 cm) de la première marche.

Bon.

J'essaye de hisser la planche plus haut.

J'essaye de la mettre de côté sur mon épaule.

J'essaye de la poser sur la tranche et de la traîner.

J'essaye de la poser à plat et de la traîner.

J'essaye de la pousser.

J'essaye à nouveau de la soulever et de m'approcher de l'escalier.

J'essaye de voir comment le camarade s'y prend et de le copier.

J'essaye de la faire léviter à force de jurons.

J'essaye de l'autre main.

Bon, les ordres, c'est les ordres, mais il n'y a pas eu moyen. J'aurais peut-être pas réussi à monter les 18 marches, vu que 57 lbs (26 kg) c'est lourd, mais en fin de compte j'ai même pas pu essayer... J'ai jamais réussi à m'approcher à moins d'un pied (30 cm) de la maudite marche.

La plupart des jours, c'est le charpentier qui gagne, mais parfois c'est le bois.