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mardi 5 mars 2013

L'effet Hay River

Je dois dire que je me suis un peu blessé l'amour-propre depuis que je suis arrivée à Winnipeg. Pour comprendre pourquoi, il faut connaitre ce que j'appelle "l'effet Hay River" bien qu'il ne soit pas limité à Hay River.

A Hay River, et dans le reste des Ténos, et probablement dans d'autres petits bleds paumés du Canada, les gens aiment se dire les uns aux autres qu'ils ont beaucoup de talent. Enfin à leur face, bien sûr, car derrière leur dos, c'est une autre histoire. Mais les gens croient toujours le mieux d'eux-mêmes, alors quand ils s'entendent dire qu'ils sont très forts, ils le croient, pis quand ils entendent dire que quelqu'un a dit qu'ils sont mauvais, ils croient que c'est tout des médisances jalouses. Bertrand Russell l'avait bien dit: "L’ennui dans ce monde, c’est que les idiots sont sûrs d’eux et les gens sensés pleins de doutes."

Bon. Alors entre autres talents, les gens de Hay River pensent souvent chanter très bien. Euh... Ah bon? Moi je trouve pas, hein. Pis d'ailleurs ils refusent de chanter ensemble. Chacun se croit soliste. J'ai essayé plusieurs fois de recruter une chorale, il n'y avait pas moyen. D'ailleurs le travail d'équipe ne fait pas vraiment partie de leur culture, mais ça je vous l'expliquerai sur mon blog politique un de ces jours. Pour le moment, disons que Hay River chante très mal et se croit très fort, et c'est en grand partie pour ça que je suis partie. (Nan c'est même vrai ça, les raisons de mon départ, dans l'ordre chronologique de quand j'ai commencé à y penser, c'est 1) l'église luthérienne, 2) la musique, 3) l'économie.)

Alors quand j'étais à Hay River, je me pratiquais chez moi (français canadien "se pratiquer", soit "s'entraîner") dans le Highrise, personne pouvait rien me dire, je me croyais très forte. Pis d'ailleurs par rapport à Hay River, je SUIS très fort en musique vocale classique. Mais je me demandais quand-même, est-ce que je suis vraiment très forte, ou est-ce que j'ai l'effet Hay River et je me rend même pas compte à quel point je suis mauvaise? C'est bien pour ça qu'au bout d'un moment je me suis dit, marre de ces caves qui savent pas chanter, je m'en vais dans le sud pis je vais faire des leçons de chant.

Ah oui.

Alors sitôt arrivée à Winnipeg, je me suis mise aux leçons de chant. Le premier jour, pour que ma professeur de chant voie ce que je peux faire, j'ai chanté O moi babbino caro. J'étais toute contente de moi. Elle me dit "très bien, bravo, c'est une pièce très difficile, tu l'as bien fait." Bin oui, tiens, je te disais bien, que j'étais très forte.

Mais depuis la deuxième leçon, j'ai rien chanté. On ne fait aucun répertoire et même aucune étude technique, gamme, arpège, vocalise... rien. Parce que dès que je commence à chanter les échauffements, elle commence à me corriger. Hausse pas les épaules. Pis hausse pas la poitrine quand tu respires. Pis relâche ta langue pis mets de la tension dans les pommettes pis relâche tes joues pis respire à fond pis chante vers l'avant mais dans l'arrière de la bouche pis plus vertical pis tiens-toi droite pis relax t'es bin trop crispée. Hein?

Pfiou... J'en ai pris des mauvaises habitudes dans le nord. En effet, je ne me tiens pas droite. Pis je chante avec un accent. Pis ceci, et cela, et l'autre chose... Alors entre pratiquer la position et la diction et tout ça, bin on ne chante pas. Hé bin... Je me suis faite prendre à l'effet Hay River. Et moi qui croyais que j'étais bin plus maline qu'eux autres...

dimanche 6 mai 2012

La débâcle

Comme je vous ai déjà raconté, la débâcle des glaces sur la Rivière des Foins est l'événement le plus attendu de toute l'année. Tous les ans, on va voir la rivière plusieurs fois par jour, même si ça ne permet pas de prédire le moment où ça va bouger. Puis, quelqu'un en amont prévient les villageois. « C'est ouvert au kilomètre 32. » (Nous mesurons la rivière à l'envers, de l'embouchure à la source.) On s'émeut. Est-ce que ça va inonder ? Où sont les pompiers ? Pourquoi le maire ne fait-il rien ? Et le gouvernement ?

Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, c'est que ce n'est pas la météo ou l'état de la glace ici au village qui prédit la débâcle, mais le dégel en amont. Toutes les neiges qui fondent et se déversent dans la rivière, de sa source près de Jasper AB (dans les Montagnes Rocheuses canadiennes) jusqu'ici, forment une vague qui soulève la glace devant elle et la brise. Pas de vague, pas de débâcle.

Bin justement, cette année, il y a très peu d'eau en amont, alors la vague est très faible et a eu bien du mal à pousser la glace. Normalement ça devrait prendre, si je me souviens bien, neuf heures des Chutes d'Alexandra à chez nous ; cette année, on a attendu deux jours après l'annonce de « km 32 ». Bizarre, bizarre... Enfin mercredi, en début d'après-midi, les pompiers nous ont annoncé que la glace était cassée au pont de Pine Point, à 8 km en amont. Pourtant elle ne bougeait pas, faute toujours d'une vague qui puisse pousser la glace. Puis juste avant cinq heures, ça s'est tout cassé du pont de Pine Point jusqu'au Bras Ouest de l'estuaire, et de là au lac. Mais le cours principal de la rivière est resté solide. Alors tout de suite, l'eau monte. Je n'ai pas eu l'occasion de voir la jauge au plus fort de la crue, mais ça a bien dû faire douze pieds (3,66 m) sous le pont. Et c'est resté comme ça pendant deux jours. Ça baissait très lentement. La glace n'avançait toujours pas. Vendredi après-midi, pourtant, la rivière était enfin ouverte au pont de Pine Point, et samedi matin, quand je me suis levée, hop, toute la glace était partie, comme par magie.

La débâcle, ça ne donne rien en photos, bien que je m'acharne à essayer, ni même en vidéo. Parce que d'abord, ce qui est impressionnant, c'est le son de la rivière. La glace craque, pas très fort chez nous car ce n'est qu'une petite rivière, et puis quand elle est en mouvement, on l'entend se broyer. Parfois un gros morceau se retourne bruyamment. La glace en chandelle se brise avec un bruit gai et léger, comme des breloques de verre. Puis, inévitablement, quelque chose se coince, et tout à coup il n'y a plus un son, et alors on sait que l'eau commence à monter. Il y a aussi les cris des goélands, qui s'énervent de n'avoir nulle part où se poser. La nuit, de mon balcon, on l'entend encore gronder doucement, et au matin on croirait qu'il y a des milliers d'oiseaux, ils chantent si fort. Les grues arrivent avant la débâcle et on les entend dans le lointain. Les villageois sont soudain plus souriants, plus amicaux. L'air parait toujours plus chaud dès que la rivière casse ; je crois même que c'est pour de vrai, car la glace, c'est un fait, refroidi l'air. Lorsqu'elle se casse, la chaleur s'élève de l'eau. Puis à mesure que la glace s'évacue dans l'estuaire, l'air se réchauffe.

Le premier matin où on se réveille sans glace, on remarque deux choses : le chuintement de l'eau vive dans la rivière, et la douceur vivante de l'air. La rivière a une odeur agréable, verte et brune, chaude et pleine de vie. Les arbres et l'herbe y répondent et tout se met à verdir et à grandir. On ne le voit pas tout de suite à l'œil nu, mais on le sent. Les villageois sortent dans leurs jardins et se mettent à ratisser les débris de plante de l'an passé. On se précipite dans les magasins pour acheter du terreau, des graines, des meubles en osier. Les oiseaux ont leur plus beau plumage et s'égosillent à chercher leur partenaire. Les gens aussi ôtent leurs manteaux et leurs bonnets et se promènent en tenue printanière, même le soir quand le vent vient du lac et qu'il ne fait pas bien chaud. Pendant quelques jours, on croirait même que chacun aime son prochain.

Donc je vous mets quelques photos, mais ça ne vous dira rien. Il faut vraiment vivre ici pour comprendre ce moment de la débâcle.



Paix !

dimanche 4 mars 2012

Revoilà la course à dix chiens!

Hé bin. J'ai presque rien pris comme photos depuis les courses de chiens 2011. Entre la grève du chien (de mon chien, j'entends, qui n'a plus autant d'énergie qu'il y a cinq ans) et l'hiver complètement pourri, j'ai en fait à peine sorti l'appareil-photo depuis des mois. Alors aujourd'hui, premier weekend de mars, c'est les courses de chiens, et on voit bien que je n'ai plus l'habitude... J'ai hyper mal tiré. Et en plus j'avais un de mes petits autistes à surveiller. Enfin, tant bien que mal:


Le n°7 attend le départ. Dans cette photo, mon jeune ami (appelons-le Grand Lin) est sur ma droite, donc très près des chiens. J'avais peur qu'il ne fasse quelque chose d'imprévisible, mais il s'est très bien tenu. Remarquez que les chiens tirent déjà. Ils sont attelés au traîneau, et le traîneau, si vous regardez bien, il est attaché à quelque chose – dans ce cas, le camion de l'équipe. De la main droite, le musher tient une cheville de plastique blanche. Au coup de pistolet, il la retire, et:


Voilà, c'est parti. Pour la course à dix chiens, ils partent tous en même temps, et c'est marrant parce que du coup les chiens arrêtent d'aboyer. Donc contrairement aux chevaux ou aux voitures, il se fait un silence un peu étrange juste après le coup d'envoi. Grand Lin a eu l'air de trouver tout ça très amusant.

A peu près une heure plus tard, les revoilà.




Celui-ci a perdu son équipe. Ça ne peut pas être le traîneau derrière lui, car il a ses dix chiens. Alors le chien seul continue à courir, mais il a l'air un peu perplexe.



Le n°12 a repéré la galerie de presse et est gentiment venu passer devant nous.


Le n°11 aussi.


Malheureusement, prendre des photos de quelque chose qui s'approche à grande vitesse, c'est pas évident. Cette photo aurait été géniale si l'autofocus avait attrapé la première paire de chiens plutôt que la dernière.


Du coup le gars a raté sa chute de départ. Le traîneau à dix chiens, c'est rapide, mais pas très maniable.

Bon. Donc, "peut faire mieux." (Mais au moins la journaliste du canard local est jalouse de mes photos. C'est toujours ça de pris.) J'espère qu'il fera beau cet été, au moins, que je puisse me refaire la main.

mercredi 1 février 2012

Encore pire que l'iode

Une de mes clientes de navette pour handicapés a 83 ans. Sa fille aînée en a 61. Récemment, la fille en question est allée chez le médecin, ou ce qui passe pour tel chez nous. On lui a fait subir tout un tas de tests, dont... un test de grossesse.

Oh la la...

Qu'en dire, vraiment ?

mardi 24 janvier 2012

Pas assez d'iode dans le sel ?

Un sondage local a demandé aux villageois quel a été l'événement le plus important dans le monde en 2011. Réponse : le mariage du prince... lequel, d'ailleurs ? J'oublie. Le fils de Charles.

Hein ?

Non, je ne vous mens pas, ils ont vraiment choisi le mariage de Prince Boring comme événement le plus important du monde en 2011. Bon, d'accord, je ne vis pas ici pour la conversation stimulante des autochtones, mais quand-même, ça me laisse pantoise.

Comme dit mon amie roumaine, ce qui intéresse le peuple ici, c'est le pain et les jeux du cirque.

samedi 15 octobre 2011

Les chutes d'Alexandra

Je n'y étais pas allée depuis que j'ai acheté le nouvel appareil photo (il y a déjà un an). Parce que ça coûte de l'essence et je suis en budget d'austérité depuis, bin, au moins un an. Mais j'ai rencontré un gars qui est nouveau en ville et qui est un peu lent à se faire des amis, et qui donc était disposé à payer pour l'essence si je l'emmenais voir les chutes. Donc, on y est allés il y a deux semaines. Je dois dire que le super-zoom fait une différence incroyable.

J'ai un peu d'autres photos, mais là avec la navette des handicapés et les maudits anglicans, j'ai pas trop le temps d'éditer des photos et d'écrire des blogs dessus. Mais je pense laisser tomber les maudits anglicans parce qu'ils se payent trop ma tête, alors sans messe et répète de chorale, j'aurai plus de temps pour mes blogs.

samedi 27 août 2011

Encore des âneries du GTNO

Notre gouvernement bien-aimé nous offre l'Internet gratuit à la bibliothèque. C'est à peu près le seul service qu'il me rend.

Bon.

J'ai besoin de sous-vêtements. Je vais donc en ligne m'en acheter. J'achète tout en ligne sauf l'épicerie.

Bon.

Ah, tiens, non.

Bien que j'utilise mon propre ordinateur, le modem du GTNO me bloque de tous les sites qui vendent des sous-vêtements pour femmes, sauf Sears. Mais Sears c'est laid et cher.

Une fois de plus, je dois conclure que le GTNO est une grosse bande d'enflures. Déjà qu'y ait pas de jobs, pas de prudhommes, pas de docteurs, pas de justice, pas de etc, bon, d'accord, on en prend l'habitude. Mais pas le droit de s'acheter des sous-vêtements en ligne ? C'est pas possible d'être aussi con!

mardi 1 mars 2011

Les mensonges du PIB

On nous apprend dans le journal que selon un rapport récent d’un quelconque think-tank, « le nord » est bien plus pauvre que le sud (du Canada), sauf nous autres ténois qu’on est les plus riches du Canada parce que nous on a Les Mines. Il y a même une carte, pour prouver qu’ils ont raison :


Tiens... Donc j’avais raison, « le nord de l’Ontario » c’est en effet tout sauf Toronto.

Vous savez ce qui est intéressant sur cette carte ? Si vous êtes canadien, ça crève les yeux, mais puisque la plupart de mes lecteurs sont français (j’entends « citoyens français »), je vous explique : cette ligne de démarcation entre le nord et le sud est telle que la grande majorité des mines et puits de pétrole sont dans « le nord ». Par exemple Timmins, la plus grande ville minière du Canada, est dans le nord de l’Ontario. Pareil pour Sudbury, capitale du nickel. Rouyn-Noranda est dans le nord du Québec, Grande Cache dans le nord de l'Alberta, et Flin-Flon dans le nord du Manitoba. C’est les seules villes minières que je peux nommer comme ça sur le vif. Mais bon, trois secondes sur l’internet et tu as ceci :


C’est clair : tout le nord est truffé de mines, alors il faut croire que les mines, ça ne rend pas riche.

Oui, mais nous autres, on a des mines de diamants.

Bin... et alors ? Bonne nouvelle pour BHP Billiton et Rio Tinto, à qui ces mines appartiennent (BTW, saviez-vous que le Microsoft Word reconnaît le mot « Billiton » ?). Pour les mineurs, ça fait pas vraiment de différence. Tu crois que quand tu passes tes journées à conduire un camion de la mine au casseur, on va te payer plus si c’est des diamants que si c’est du nickel ? Bien sûr que non. Même job, même paie.

Bien sûr, dans le nord, il y a aussi Fort McMurray, la ville la plus riche du Canada. (Non, ça c’est même pas vrai. Fort McMurray n’est pas une ville du tout, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de statut municipal. En vrai c’est le District de Wood Buffalo.) Enfin bon, Fort Mac. La non-ville la plus riche du Canada. « Parce qu’ils ont du pétrole », qu’on nous dit.

Ah oui ? Le nord de l’Ontario aussi a du pétrole. Terre-Neuve et Labrador aussi. Le nord de la Colombie Britannique aussi. Et eux-autres, ils ont du pétrole qu’on peut extraire facilement par des méthodes conventionnelles, alors qu’à Fort Mac ce sont des schistes bitumineux et ça coûte hyper cher d’en extraire le pétrole. En plus eux-autres se plaignent toujours que l’Alberta n’obtient pas assez de royalties sur son pétrole et que ce sont les compagnies pétrolières qui profitent, pas la province.

Vous savez pourquoi Fort Mac c’est si riche ? Parce que c’est la ville la plus syndiquée du Canada. Va-z-y voir si tu me crois pas. A l’entrée de la non-ville il y a un énorme panneau qui dit « this is what a union town looks like » et il y a tous les logos des syndicats. Si tu vas chercher du travail à Fort Mac, c’est même pas la peine d’aller voir les employeurs. Tu vas direct aux locaux des syndicats, et eux décident de te placer ou pas. Alors qu’ici, les gars se croient bien trop malins pour se syndiquer, du coup ils se font complètement pigeonner, et ils en sont fiers.

Et pourtant, il est vrai que les TNO ont le PIB le plus élevé du Canada, donc comment ce fait-ce, et pourquoi sommes-nous néanmoins si pauvres ?

Heureusement, je le savais déjà, vu que j’avais récemment comparé les dépenses du gouvernement des TNO au PIB. Donc j’obtiens les chiffres les plus récents de Statistiques Canada, et je fais ce graphe :


En bleu, les dépenses du gouvernement comparé au PIB, et en rouge, les salaires de la fonction publique comparé au PIB. Hé oui, il y a vraiment une circonscription au Canada où le gouvernement dépense 86% du PIB. Heureusement c’est quand-même pas nous, c’est Nunavut. On s’en est séparé en 1999. Bon débarras !

Bon. Se moquer de Nunavut, ça ne change pas le fait que sans le gouvernement et ses employés, notre PIB se planterait complètement. Et tout cet argent vient direct du gouvernement fédéral.

Deuxième graphe :


En vert, pourcentage de la main d’œuvre qui travaille dans l’administration publique (c’est-à-dire sans compter l’éducation et la santé), en noir, les mines et le pétrole. Remarquez que l’Alberta a le plus de mineurs / pétroliers et le moins de fonctionnaires. Pas étonnant qu’ils soient riches : ils travaillent au lieu de gouverner.

Troisièmement, on sait tous que les fonctionnaires sont trop payés ; il n’y a que moi, apparemment, qui sache combien ils sont trop payés. Re-graphe :


En violet, le salaire moyen dans la fonction publique ; en jaune, le salaire moyen des autres. En gros, le fonctionnaire ténois est payé 88% de plus que le non-fonctionnaire, et 60% que la moyenne des fonctionnaires canadiens. C’est dégueulasse ! Et le pire, c’est que ces mêmes fonctionnaires très surpayés, qui font en plus, vous l’avez compris, très mal leur travail, osent encore se plaindre d’avoir à cotiser à leur syndicat. Y en a vraiment qui méritent des claques, je vous jure.

Et évidemment, je l’ai déjà dit donc je ne le refais pas en long, mais quand on a 31% de fonctionnaires et qu’ils gagnent 88% de plus que les travailleurs, ça te fait de l’inflation, et comme le PIB est calculé sur les dépenses (sauf quand il est calculé sur les revenus), l’inflation, ça fait monter le PIB. Donc non seulement notre PIB est surtout constitué des dépenses du gouvernement et de ses employés, mais même la partie du PIB qui représente la vraie productivité, ne représente pas vraiment la vraie productivité. Et comme Statistiques Canada n’arrive pas à calculer le coût de la vie pour nous ou pour Nunavut, il n’y a pas moyen de déflationner ce nombre.

En résumé, notre PIB ne veut rien dire, et la seule poule aux œufs d’or ici c’est le GTNO, qui comme je le dis toujours, ne sert qu’à distribuer l’argent fédéral à ses propres employés.

J’ai écrit tout ça, en plus bref, à l’éditeur, mais ça m’étonnerait qu’il publie ma lettre. Ils ont trop à faire avec l’arrêté municipal sur les chiens sans laisse.

mercredi 26 janvier 2011

Et une pour la route

Je reçois un coup de téléphone du GTNO. Ils veulent savoir si je me souviens de leur avoir payé $650 pour ma formation technique à l’automne.

Tiens... bien sûr que je me souviens. C’était dû le 1er octobre, mais mon enculé de patron a refusé de me payer le 28 septembre, donc je lui ai dit d’aller se faire foutre et j’ai quitté Yellowknife. Sans mon argent. J’appelle les Droits du Travail, ils me disent qu’ils n’y peuvent rien avant qu’il ait tant de jours de retard. Donc je dis à la Direction des Métiers ce qui se passe, et le gars qui s’occupait de mon dossier, qui est très bien (il y en a quand même) me dit bon, j’appelle mes supérieurs, je vais essayer de t’obtenir une semaine de grâce.

Réponse des supérieurs : UN jour de grâce, puis on m’annule mon inscription.

Alors je lui dis, si je comprends bien, si je te donne $650 demain, toi tu me donnes $2100 dans une semaine (mon subside dont je vous ai déjà parlé). Alors disons qu’on soit des gens normaux ; je te donne rien maintenant, et tu déduis les $650 que je te dois des $2100 que tu me dois ?

Il me dit non, « ce n’est pas comme ça que nous faisons. » Bin… faudrait peut-être vous y mettre ?

Au jour dit, je n’ai pas eu l’argent… mais le lendemain, je reçois enfin le chèque du 28 septembre. Alors je me dis, sachant comme ils travaillent, ils n’auront pas encore eu le temps de m’annuler. J’appelle mon contact, il appelle ses supérieurs, ça leur prend trois heures de le rappeler. Verdict : ils n’ont pas encore annulé mon inscription, si je leur donne l’argent tout de suite, je peux encore y aller. Donc je cours à la banque, et de là au bureau local du GTNO, je leur donne mon mandat, ils me donnent un reçu « intérimaire », tout est en ordre. Encore que mon subside, ils ont trouvé moyen de me le payer avec un mois de retard après tout. Mais c’est une autre histoire.

Tout ça pour dire que je ne risque pas d’avoir oublié. Alors maintenant ils me demandent si je pourrais leur donner une copie du mandat, parce qu’à part le reçu intérimaire, ils n’ont pas enregistré ce paiement, blah blah blah, ça leur dérange leur compta.

Bon.

Pas de problème. Je dois bien avoir une copie du mandat quelque part, je pourrais la leur donner. Mais il me semble qu’ils ont refusé de traiter ma plainte contre l’ex patron, qui me doit toujours $2100, que je sache. Alors disons qu’on soit des gens normaux : tu traites mon appel fissa, parce que j’ai besoin de mon argent, pis quand j’aurai l’argent, je te donne une copie du mandat, et une facture pour le temps que ça va me prendre de la chercher.

Quelle bande de clowns...

Pendant ce temps-là, le pont vers nulle part...

Ça faisait un bail que je n’ai pas parlé du pont, hein ?

Reprenons depuis le début. Le premier devis pour le pont était de $55 million. Le gouvernement n’avait pas voté dessus. Le devis montait avec le temps. Dans les derniers jours du dernier mandat de Joe Handley comme premier ministre, le devis étant de $150 million, Joe avait signé, sans vote de l’Assemblée, puis s’était retiré de la politique pour commencer un job lucratif de consultant chez Atcon, le maître d’œuvre du pont.

Donc, on s’est mis à construire, et dès le début il y a eu des problèmes avec la qualité du travail, ça a fait reculer la date prévue d’ouverture du pont et monter les coûts. On en était déjà à $175 million quand les plans ont été soumis à une revue technique, selon laquelle on a découvert que le design n’avait été testé que pour -40°C alors qu’il peut facilement faire plus froid que ça, que des parties des plans ne montraient pas assez de détail, et que personne ne savait comment on était censé pouvoir mettre en place le tablier. Donc, ça a causé davantage de délais, et puis tout à coup le GTNO, qui garantissait le financement, a dit à Atcon, « puisque c’est ainsi, tu nous rebaisses le prix à $150 million. » Atcon a répondu que non, mais que grâce au redesign, il était encore possible de le faire pour pas plus de $175 millions.

Du coup le GTNO a congédié Atcon. Et au lieu de faire soumissionner pour un nouveau maître d’ouvrage, ils ont simplement embauché Ruskin, qui contractait sous Atcon, et nous ont dit que comme ça on ferait des économies parce que Ruskin était déjà à pied d’œuvre alors que n’importe quelle autre compagnie nous chargerait le coût de se déployer. Et le nouveau prix que nous a fait Ruskin ? $182 millions. ($182,8, en fait, donc il aurait fallu arrondir à $183, mais ils ont dû se dire qu’on ne remarquerait pas l’erreur.)

Ah oui, c’est malin, ça. On a viré le maître d’œuvre parce qu’il ne nous baissait pas le prix, et à sa place on embauche sans soumissions un gars qui nous monte le prix. Bien vu, GTNO.

Et encore ça n’est pas le pire… la banque qui finançait le pont en a eu marre de tous ces boondoggles et a refusé de continuer à traiter avec la Deh Cho Bridge Corporation, et a dit que soit le GTNO assumait la dette au lieu de simplement la garantir, soit ils retiraient le financement. Donc, bien sûr, le GTNO a assumé la dette.

Et même ça n’est pas le pire ! Le pire c’est qu’en tant que territoire, nous ne sommes pas libres d’emprunter n’importe quoi comme ça. Nous avons une limite de dette de $500 million, et grâce au pont, nous sommes presque à cette limite.

Alors on se demande, dans tout ça, maintenant que c’est le contribuable qui est responsable pour cet emprunt énorme, comment pensons-nous payer pour le pont ? Le GTNO nous l’explique : on n’aura plus à entretenir le ferry (que j’adore, vous avez pu remarquer), donc ça va nous faire des économies. De deux millions par an. Et bien sûr on ne nous dit pas combien de ces deux millions vont simplement être convertis en frais d’entretien pour le pont.

Bon. Le pont coûte $183 million. Le financement… je n’ai jamais vu de données sur les conditions de financement. Il me semble que le gouvernement fédéral emprunte à 3%, plus ou moins, mais ça fait des années que je ne me suis pas penchée sur la question. Enfin disons 3% sur 30 ans. Ça me paraît raisonnable. Donc $182,8 millions à 3% sur 30 ans, ça fait en tout $94,6 millions d’intérêt. Donc total, $277,4 millions.

Bon. On économise $2 millions par an sur le bac, ça va donc nous prendre 139 ans de payer pour le pont. Durée de vie prévue du pont… trente ans.

C’est malin, ça. Tu construis un pont à $277 millions pour économiser $60 millions sur le ferry. Ça c’est bien les maths à la Ténoise.

Donc pour les autres $217 millions, on va faire un péage. (Tiens, encore un coût dont on ne nous parle pas : il va falloir créer des jobs pour les surveillants de péage.) Il y a 22.000 à 25.000 camions par an sur cette route, mais il y en aura moins quand les mines seront fermées. Donc disons 22.000 camions par an fois 30 ans, ça fait $329 par camion. Quand on pense qu’un tanker plein d’essence c’est à peu près 55.000 litres, ce péage va te faire augmenter le coût de l’essence à Yellowknife de 1 cent par litre, donc à peu près 1%. Bon… on pourrait dire que 1%, c’est pas pire, mais pour un pont qui était censé se faire construire pour baisser le coût de la vie à Yellowknife, c’est pas malin.

Enfin au moins comme ça c’est Yellowknife qui paye et pas nous autres, c’est déjà ça.

Mais ce n’est pas tout ! Ruskin n’aimait pas le travail fait sous Atcon (nous autres non plus), donc il a fallu faire tout inspecter et préparer un nouveau rapport. Juste le rapport a coûté $285.000. Maintenant on nous dit qu’il y a des choses à réparer, ça va coûter encore $7 millions. « Mais ça n’augmente pas le prix total du pont », nous dit le GTNO, « on va se servir des $2,9 millions qu’on a retenu sur les factures d’Atcon. »

Hein ? Sept moins trois, moi ça me fait quatre.

On découvre par la suite qu’on a retenu $2,9 millions d’Atcon, puis le gouvernement du Nouveau-Brunswick nous donne $13,3 millions parce qu’Atcon a fait faillite après avoir été viré du pont, et c’est leur gouvernement qui écope. C’est bien, comme ça la prochaine fois qu’on aura besoin de faire venir un constructeur pour un gros projet, leur gouvernement va pas être trop tenté de les soutenir.

Je te dis, la dévolution ça va être un bordel noir.

Le GTNO à l’écoute du peuple

Le parlement Ténois reprend le 2 février, il me semble. J’ai pas le journal devant moi, mais c’est bientôt. Pour se préparer, les députés consultent leurs électeurs.

Le député pour Hay River Nord et speaker de l’Assemblée, Paul Delorey, a mis des affiches partout et des annonces dans le journal depuis des semaines. « Rencontre de la circonscription Hay River Nord, le 26 janvier à 19h00 à nos bureaux, venez me faire part de vos idées, je travaille pour vous. »

Le député pour Hay River Sud, Jane Groenewegen, a enfin mis quelque chose dans le journal cette semaine. « Circonscription Hay River Sud : email me. » Ah ouais ? J’ai déjà essayé, elle répond pas aux courriels.

Alors je me suis dit, je devrais vérifier, parce qu’en fait je ne sais pas où est la limite entre Hay River Nord et Hay River Sud. Bin c’est juste en face de chez moi. Je pourrais y jeter une pierre de ma fenêtre, puisque je fais face au… nord. Donc je suis à Hay River Sud.

Mer-deuh !

Bon. Je vais peut-être quand-même aller voir Paul Delorey. Mes problèmes ne sont pas d’intérêt local puisque c’est toute l’organisation du GTNO qui me déplaît, plus les règles nulles sur la formation technique, et la campagne « viens faire ta marque ». Donc ça devrait pas trop faire de différence que j’habite du mauvais côté de la rue, non ?

La dévolution

Comme je vous l’ai déjà dit, le Canada est une fédération de dix provinces, plus trois territoires qui n’ont pas les même pouvoirs judiciaires que les provinces. Entre autres, les provinces contrôlent les « terres de la couronne », c’est-à-dire toute terre dont le titre appartient à Sa Majesté la Reine, et non à un particulier. C’est important quand on exploite des ressources sur ces terres, car la compagnie de ressources loue la terre et paye des royalties à la Reine, donc au gouvernement ayant autorité. Les provinces gardent leurs royalties. Nous autres, non. Je ne sais pas ce que font les autres territoires.

Depuis neuf ans, le GTNO essaye d’obtenir la dévolution des terres de la couronne, du gouvernement fédéral à eux-mêmes, et lundi, on a signé un accord-en-principe. Ce n’est pas la même chose qu’un accord. C’est assez pour achaler les Premières Nations qui sont, comme toujours, pas d’accord, mais pas assez pour changer quoi que ce soit. Le premier ministre en est très content. Il a envoyé un communiqué tous les journaux du territoire pour expliquer, en termes très vagues, que ça va être génial. Le Hub, l’hebdomadaire d’Hay River, a essayé de le joindre, et comme d’habitude ça donne ceci : « le ministre n’a pas pu être joint avant qu’on imprime. » Bin oui, on a cette ligne au moins une fois par semaine dans chaque hebdomadaire, parce que les ministres ne rappellent jamais.

Enfin, grâce à leurs archives ou on ne sait quoi d’autre, le Hub a réussi à écrire un article assez intéressant, qui explique entre autres que la dévolution veut dire qu’on va garder « des millions » d’argent en royalties, et puis ça va créer à peu près 350 jobs au GTNO.

Misère !!!!!!

C’est juste ce qu’il nous fallait : plus de jobs au GTNO. 350 jobs au GTNO, tu sais combien ça coûte ? Plus de 32 millions de dollars. Est-ce que les millions de dollars de la dévolution vont couvrir ça ? Personne ne nous le dit. Et encore ça c’est juste la main d’œuvre. On ne nous dit rien des autres coûts qui vont certainement résulter, mais les salaires représentent à peu près la moitié des dépenses annuelles du GTNO, donc ces 32 millions, ça se changera vite en 64 millions, et après, comme on dit en anglais, « le ciel est la limite ». Sans compter que ces 350 nouveaux gars vont venir du sud avec leurs familles, et il va falloir leur fournir des services de santé, scolarisation, etc. Les dépenses du GTNO en ce moment sont à peu près $33.000 par habitant, donc disons encore $12 millions de plus. Voilà, ça nous fait déjà $76 millions de coûts supplémentaires.

Ce qu’on ne dit pas non plus, c’est que nous recevons près d’un trillion de dollars par an en « transfer payments », les subsides que le gouvernement fédéral paye aux provinces pauvres. En ce moment, le GTNO marche 70% aux transfer payments, et logiquement, avec la dévolution, on devrait en recevoir moins. Donc entre l’augmentation des coûts du GTNO, plus la baisse correspondante des transfer payments, ceci ne va pas nous enrichir, à moins que les royalties se montent à plus de $1,4 trillion par an. Heu… Bon, j’en sais rien, puisqu’on ne nous le dit pas, mais ça m’étonnerait. Norman Wells produit à peut près $104 millions par an en royalties. Pour le Delta, je ne sais pas, mais il faudrait que ce soit dix fois plus que Norman Wells pour nous sortir des transfer payments. Donc à part les 350 familles de sudiens en plus qu’on va avoir, ça va pas changer grand-chose. Et même si les royalties dépassaient les $1,4 trillions, à qui pensez-vous que le GTNO va donner des rabais d’impôts ? Toujours pas à la classe ouvrière, ça je vous le garanti.

Bon.

Mais ça, ce n’est même pas le vrai problème de la dévolution. Le problème, c’est que le gouvernement fédéral fait très bien les choses, alors que le GTNO les fait très mal. Par exemple, quand on utilise les services du gouvernement fédéral, on peut toujours leur demander combien de temps ça va prendre ; ils ont toujours un délai de service officiel, publié, qu’ils te disent même avant que tu demandes, et ils te servent dans les délais auxquels ils se sont engagés. Et puis si tu n’es pas satisfait, il y a des recours. Des recours impartiels, même, c’est garanti par la loi, alors qu’ici, c’est la même personne qui traite ta plainte et ton appel, alors tu penses que ça va t’avancer à quelque chose de faire appel ? Et au gouvernement fédéral, ils sont polis en maudit, alors qu’ici…

Et puis comme vous savez si vous lisez ce blog, le but du GTNO, c’est d’enrichir le GTNO au dépends du contribuable, alors moins on leur donne d’autorité, mieux ça vaut.

Il faut que je trouve un moyen d’intervenir dans cette histoire sordide.

mardi 25 janvier 2011

Pilier solaire



Si vous vous y connaissez en halos, vous pouvez en voir un dans cette photo. Sinon… c’est juste des nuages.

mardi 18 janvier 2011

Comment un vrai gouvernement travaille

Vous vous souvenez peut-être que j’avais écrit un mail au gouvernement des TéNOs pour voir où en était ma plainte de Droits du Travail, et la hyène chargée du service m’avait dit « on est en vacances, on s’en occupera dans six semaines. » Alors je lui avais dit non, tu t’en occupes dans l’ordre où tu l’as reçu, comme n’importe quel établissement. Du coup elle refusait de me répondre, alors j’avais écrit au ministre responsable et à ma députée ; ils n’avaient pas répondu non plus, mais la chargée du service, verte de rage, a immédiatement clos mon dossier ; il faut donc maintenant que je fasse appel, et le service des appels ne me répond pas non plus. Parce que le gouvernement des TéNOis, c’est une bande de fumiers. Et fumistes, d’ailleurs.

Bon.

Un autre jour, je regardais mes photos d’insectes, et je vois une libellule qui ne ressemble pas aux autres. Alors je la cherche sur Google, et je la trouve, mais toutes les cartes de répartition la montrent seulement dans les Etats. Et pourtant, elle est ici à Hay River, j’en ai des photos pour le prouver. Alors j’envoie un mail au gouvernement fédéral : « Bonjour, Environnement Canada, peux-tu me dire qui maintiens les cartes de répartition des insectes au Canada ? » Ça c’était hier à 16h39.

Ce matin à 7h24, je reçois une réponse : « Bonjour, bienvenue au centre de renseignements d’Environnement Canada. Nous n’avons pas d’information sur les insectes, mais vous pouvez contacter le Musée Canadien de la Nature sur cet URL, ou Agriculture Canada sur cet autre. » Signé, « Gilles M., Centre de renseignements à la population, Direction générale des communications, Environnement Canada ».

Ha ! Ça c’est un bon gouvernement ! Je lui pose une question d’aucune importance, ils me répondent en moins de 24 heures, poliment, avec des renseignements utiles, le nom du gars qui a traité ma demande, et même un numéro-référence au cas où je voudrais donner suite à cette conversation. Et puis ils ont une « direction générale des communications » et même un « centre de renseignements à la population ». Qu’on peut contacter facilement en cliquant « contactez-nous » sur leur site. C’est-y bien fait, ça ! Parce qu’avec le GTéNOs, pas question. Leur site est une pagaille noire, il n’y a pas de liste de départements, pas de « contactez-nous », et certainement pas de renseignements à la population. Et si t’es malin comme moi et tu arrives à trouver dans leur annuaire le nom de la personne qui est censée t’aider, puis remonter le courant pour trouver son département, et de là, le nom du chef dudit département, et tu leur écris… bin on a bien vu ce qui se passe. Soit t’es chanceux et ils te répondent pas, soit c’est le mauvais temps du mois et ils te jettent ton dossier à la tête.

Enfin heureusement, c’est pas que moi. Dans le journal de la semaine dernière, on nous disait que la direction de la Sûreté au Travail est en train de passer de nouvelles règles, et n’a pas donné le temps à l’Association des Constructeurs de donner leur avis sur le projet, et le ministre ne répond pas au téléphone quand les Constructeurs essayent de le contacter, et n’a pas non plus répondu au journal malgré plusieurs appels. Donc d’un côté, c’est absolument incroyable, mais d’un autre côté, je me sens quand même moins persécutée…

La morale de cette histoire, c’est qu’au lieu d’essayer d’obtenir plus d’autonomie de notre gouvernement fédéral, nous autres TéNOis devrions licencier tout notre gouvernement de merde et être gouvernés directement par Ottawa. Parce qu’ils sont super forts en administration et service à la clientèle, alors que le nôtre est pire que nul.

(Si vous n’êtes pas canadien, je vous explique : le Canada est une fédération de dix provinces et trois territoires. Les provinces ont certains droits ; les territoires en ont moins et sont beaucoup plus sujets au contrôle du gouvernement fédéral. Il y a beaucoup de gens qui voudraient que le territoire ait plus de droits, ou devienne même une province. Moi je dis que vu l’incompétence malveillante dont ils font preuve incessamment, il faudrait être fou pour leur accorder plus d’autorité. Au contraire, nous devrions demander l’aide du gouvernement fédéral, qui est bien mieux organisé et ne cherche pas qu’à s’enrichir et à nuire au contribuable. Tiens, je devrais écrire à Jack Layton pour lui faire part de ces problèmes.)

lundi 3 janvier 2011

Tintin au pays de la double-pensée


Comme je disais plus tôt, les TéNOs sont pourris de double-pensée. Il y a une et une seule opinion valide : « tout le monde est gentil, le gouvernement est compétent et bienveillant, on fait tout mieux que tout le reste du monde, les aborigènes sont les gens les plus intelligents du monde, et quiconque n’est pas d’accord est un ennemi et doit être exterminé ».

La loi canadienne interdit l’établissement d’une police de la pensée, mais ça n’est pas nécessaire. Pensez-vous : un tiers du territoire travaille pour le gouvernement, ils sont donc tous formés à la double-pensée et à la répression des crimes de pensée. Ou bien ça leur vient naturellement et c’est pour ça qu’ils gravitent vers les postes de la fonction publique ; on ne peut pas vraiment le savoir. Toujours est-il qu’on a une clique de tchékistes en herbe qui poursuit sauvagement quiconque a une opinion. Heureusement, la loi les empêche d’arrêter et d’exécuter les gens, alors ils se contentent de t’attaquer verbalement, et ce qui est plus grave, de te nuire par tous les moyens possibles dès que l’occasion se présente ; par exemple, essayer de te faire perdre ta job. Il y en a qui s’acharnent pendant des années.

Par exemple, un crétin de Nunavut me harcèle depuis deux ans parce que j’ai osé dire qu’il y aurait moins de suicides à Nunavut s’il y avait du travail. Ça ne vous surprendra pas (j’espère) d’apprendre qu’il est enseignant. De tout évidence, il faut s’assurer que la formation des jeunes esprits soit assurée par des gens qui comprennent la double-pensée et le harcèlement des criminels de la pensée. Enfin une fois de plus, la loi (canadienne, pas territoriale) me garantit la liberté de pensée et la sécurité ; donc je l’ai menacé de le charger pour « harcèlement criminel ». En fait j’aurais eu beaucoup me mal à convaincre la police de le charger, mais étant déjà accusé de voies de fait sur un élève, il n’a pas voulu tenter sa chance. Car nos tchékistes amateurs sont également très peureux.

Une autre folle s’acharne à me gâcher la vie parce que j’ai dit un jour que je ne donne pas aux « bonnes œuvres » de ma communauté car c’est du gâchis d’en donner à des gens si riches. Alors je lui ai dit, « si jamais tu communiques de nouveau avec moi de toute ta vie, ça va être notre signal secret que t’es d’accord pour te battre. » Pourquoi ? Parce que si tu frappes quelqu’un, c’est un crime, mais si vous vous êtes mis d’accord pour vous battre, ça n’en est pas un. Alors comme ça elle sait que si jamais je vois son gros cul d’emmerdeuse, je peux lui casser la gueule sans risque de représailles, puisqu’elle est d’accord pour se battre.

Est-ce que je lui casserais vraiment la gueule ? Probablement pas. Pas que ça me dérangerait de trop, ou que j’aurais du mal à leur péter la gueule à tous les deux en même temps, mais j’ai mieux à faire avec ma vie. Mais c’est quand même sidérant qu’il faille en venir à les menacer de violence pour qu’ils me foutent un peu la paix. Et en même temps, eux autres et toute leur clique de petits zombies malveillants se disent que eux ils sont super gentils parce qu’ils me harcèlent de toutes leurs forces pour avoir eu une opinion. Et c’est bien là que la double-pensée se manifeste. Avoir et exprimer ses opinions, c’est un droit garanti par la loi, et dans une démocratie c’est aussi un devoir civique. Au Canada, en plus, c’est officiellement un des devoirs des citoyens de « n’être pas d’accord de façon respectueuse. » Ça c’est noir sur blanc, tu dois l’apprendre pour obtenir la citoyenneté. Mais ici aux TéNOs, les « gentils » c’est ceux qui persécutent les gens qui ont des opinions. Incroyable, non ?

Et il n’y a pas que les idées qui leur déplaisent. Tout propos qui ne les glorifie pas est un crime de pensée. Les gens d’ici ont les egos les plus fragiles du monde, donc si jamais tu dis qu’Untel fait mal son travail, ou qu’il s’est trompé sur quelque chose, ou que son art n’est pas intéressant, ou que les gens qui construisent leur maison dans la zone de la crue de la rivière ne devraient pas être surpris d’être inondés chaque année, tout le monde pique une crise de nerf. On se croirait dans une classe de maternelle où tous les gosses sont des futurs psychopathes.

C’est bien pour ça que j’écris en français quand je veux parler librement. Je pourrais créer un blog pour parler de marxisme et des âneries de notre gouvernement en anglais, bien sûr, mais ça n’élargirait pas le débat, et ça me remettrait à dos tous les « NWT bloggers. » On croirait, au nom, que les « NWT bloggers » sont des gens qui vivent dans les TéNOs et écrivent des blogs, mais ce n’est pas vraiment ça. Les « NWT bloggers » sont une clique de double-penseurs. Ils travaillent presque tous pour le gouvernement, et ils écrivent tous des blogs sur le même thème : « l’ordre règne à Varsovie. » Ils n’ont jamais rien à dire, sauf pour répéter l’opinion prescrite du jour. Mais ils sont très courageux, en bande, pour s’attaquer aux criminels de la pensée. Et pour se féliciter les uns les autres sur leur gentillesse, libéralisme et intelligence, entre deux volées d’insultes à ceux qui ont des idées. Pas tous, il faut bien le reconnaitre. Il y en a qui se contentent de se taire quand les meneurs attaquent une victime. D’ailleurs grâce à la double-pensée, ils ne se rendent compte de rien.

En fin de compte tout ça n’est pas très grave, car les travailleurs ne sont pas en ligne à lire des blogs marxistes, donc je ne perds rien à écrire en français, et j’y gagne de ne pas avoir à défendre ma liberté de pensée.

Les travailleurs, eux, ne sont pas formés à la double-pensée. Ils se rendent donc bien compte qu’ils sont lésés et que la bourgeoisie double-pensante les étrangle. Mais comme ils ne sont pas non plus formés au marxisme, ils ne savent pas que le fait qu’ils soient opprimés est reconnu et étudié depuis plus d’un siècle, et qu’il suffirait de se grouper pour que demain, l’Internationale soit le genre humain. Donc ils continuent à se laisser opprimer et à s’en plaindre entre eux, sans qu’il leur vienne à l’idée de s’unir et d’y faire quelque chose. C’est d’ailleurs, comme je le disais il y a quelques jours, un des effets pernicieux de notre gouvernement : le comportement hideux des employés de la fonction publique, protégés par leur syndicat, monte les travailleurs contre l’idée des syndicats, et les garde donc fermement sous la botte de la bourgeoisie.

Je vous dis, c’est orwellien.

vendredi 31 décembre 2010

Incroyable mais vrai

Le 23 décembre, j’avais reçu une notification qu’une lettre recommandée m’attendait au bureau de postes. Tout de suite je me dis « ça pour sûr c’est la hyène des Droits du Travail qui me jette mon dossier à la tête et me dit d’aller me faire voir. »

Mais entre le poignet cassé et les nombreux jours de congés observés pour les fêtes, je n’ai pu aller chercher ma lettre qu’aujourd’hui.

Bin j’avais 100% raison. Au lieu de faire tourner mon dossier comme je lui ai demandé, fermement mais civilement, elle l’a pris elle-même et a rejeté ma plainte. Pas de signature sur les documents, alors que c’est la procédure normale de ce bureau, mais elle a signé la lettre, selon laquelle puisqu’on me payait pour la demi-heure du déjeuner, j’ai (selon elle) été payée $2500 de trop. Et de me citer un article du code qui n’a absolument rien à voir avec la question.

Incroyable.

D’être payé pour le déjeuner, en effet, ce n’est pas requis par le Code du Travail, mais quand un employeur s’y engage et en fait de même pour tous ses employés, ça s’appelle un « avantage acquis ». Et même dans une juridiction aussi arriérée que les TéNOs, les employés ont quand même droit à leurs avantages acquis, selon l’article 4 dudit Code du Travail qui dit noir sur blanc que le code est un standard minimum et n’empêche en rien les employés de recevoir plus de bénéfices de leur employeur ; il les empêche uniquement d’en recevoir moins que le minimum prévu par la loi.

Donc oui, j’ai été payée 30 minutes par jour pour le déjeuner. Moi et tous les autres gars. Et alors ? Ça n’a rien à voir avec la question, qui est que les heures supplémentaires n’ont pas été calculées selon le minimum prévu par la loi, et que donc, on me doit encore la différence.

C’est tellement incroyable d’être aussi bête que je n’y crois pas pour une seconde. Pas que je doute que cette femme soit assez stupide, vu comment elle gère son service, mais je crois que dans ce cas-ci, c’est de la méchanceté pure et simple, et une arrogance monstrueuse, car pour se permettre de me traiter comme ça, ça veut dire qu’elle ne pense pas avoir de conséquences. Bien sûr je peux et je vais faire appel, et d’ailleurs grâce à certaines données que je n’avais pas mais qui étaient inclues dans son rapport, j’ai pu réviser ma demande de $1600 à $2100. Mais de toute évidence, elle se sent sûre de ne pas être disciplinée même si je gagne l’appel. Je dis « si » car je n’ai pas complètement confiance à la procédure d’appel puisque ce sont les mêmes fonctionnaires fourbes qui vont la traiter. Une main lave l’autre… Mais il faut bien en passer par là avant de faire un procès. D’une façon ou d’une autre j’aurai bien mon argent un jour, car ce n’est pas une question d’opinion, c’est l’application mathématique du Code du Travail. Il n’y a rien à disputer. J’aimerais quand-même que ça ne dure pas des années.

Enfin puisque c’est ainsi, je pense leur intenter un procès après avoir reçu mes sous. Cet argent vient de mon ancien patron, pas du gouvernement, donc ce n’est pas du tout la même chose, et je peux gagner ma plainte puis faire un procès au gouvernement. Gagnerais-je ? On ne sait jamais, mais il doit bien y avoir un juge qui soit d’accord avec moi qu’un gouvernement n’a aucun droit de se comporter comme ça.

Et puis pendant que j’y suis, je mijote un projet de recours collectif. Je crois qu’en France vous n’avez pas ça, mais ici ça se fait beaucoup quand il y a plusieurs parties lésées de la même façon par le même défendant. C’est facile, on crée une « classe » et on met des annonces dans les journaux genre « tous ceux qui ont eu tel problème avec telle entité, appelez-nous sans frais. » L’avocat est payé un pourcentage de ce qu’il gagne, et tout le monde est gagnant. C’est ce qu’on fait pour les Enron et autres.

Alors mon recours collectif, ça porterait sur quoi, à votre avis ? Hé bien ça serait sur leur bête idée d’envoyer tous les apprentis à Fort Smith. On est tous lésés d’une façon ou d’une autre. Moi, par exemple, je vais chercher du travail hors du territoire. Ça me détruit mes relations personnelles, ça me coûte cher, le Chinook me donne la migraine, mais qu’y faire ? Je ne vais quand même pas me laisser gâcher ma formation. D’autres gars ont carrément abandonné leur formation plutôt que de faire comme moi. Pour ceux qui y vont, c’est à peine mieux. Un camarade qui avait bien plus d’heures que moi n’a pas pu échapper à Fort Smith, il commence donc sa première période le 28 mars, alors que moi avec bien moins d’heures, j’ai déjà fini. Avec un peu de chance je pourrais même encore commencer ma deuxième période en avril. Et tant qu’il ne va pas en formation, le patron ne lui donne pas son augmentation obligatoire de passage d’année. Mais il n’a pas le choix, puisqu’à Fort Smith il n’y a qu’une session de première de charpenterie par an, alors que dans l’Alberta chacune des grandes écoles en fait six par an. Et pour tous ceux qui se laissent envoyer à Fort Smith, on sait qu’ils reçoivent une formation de mauvaise qualité. Donc tous les apprentis y perdent… et c’est comme ça qu’un « classe » se crée.

Il faudrait juste deux choses : un, que j’aie le temps de m’en occuper, et deux, trouver un avocat qui veuille s’en charger.

Cela dit, je vais me coucher. Après tout, demain est un autre jour. (Ah, tiens, non, il est une heure du mat’, demain est donc aujourd’hui. Enfin je me comprends.)

dimanche 26 décembre 2010

Puisque je vous le dis

Si vous vous souvenez, je vous disais il y a moins d’un mois que le taux de chômage de chez nous ne veut rien dire puisque les chômeurs s’en vont.

Bon.

Je rentre chez moi, je lis le journal de la semaine, et la première chose qu’on nous raconte, c’est que 22 employés du gouvernement vont être licenciés dû à la fermeture de la maison d’arrêt pour jeunes territoriale, qui se trouve à Inuvik. Donc, nous dit le journal, « ils vont devoir décider de quitter la ville ». Il n’y a pas de « ou ». Donc il n’y a pas que moi qui vous le dise : quand on perd son emploi, on s’en va.

De ces 22 nouveaux chômeurs, on nous dit que 13 pourraient tenter leur chance à Yellowknife, où le gouvernement leur trouvera peut-être un autre poste en attendant qu’une autre institution ouvre à Fort Smith. Les autres sont dans la merde. Quant à cette autre institution, soit le journal n’a pas précisé ce que c’est, soit je l’ai oublié. Enfin on se pose tout de suite des questions. Par exemple, pourquoi fermer quelque chose à Inuvik et ouvrir quelque chose d’autre à Fort Smith avec les mêmes employés ? Fort Smith c’est à l’autre bout du territoire, il va donc falloir faire déménager tous ces gens, deux fois, pour rien. Et puis tant qu’à faire si on restait à Inuvik, on pourrait utiliser les mêmes locaux. A mon avis ce déménagement c’est parce que le député de Fort Smith est très fort pour attirer les dollars gouvernementaux. Il le faut bien, d’ailleurs, puisque la ville n’a pas vraiment d’autre industrie.

Deuxièmement, pourquoi le gouvernement cherche-t-il à caser les licenciés dans d’autres postes, au lieu d’embaucher quelqu’un d’autre ? Chacun son tour de profiter de cette bonne planque. Bon, ça, on se doute bien que ça doit avoir rapport à leur syndicat. Donc corollaire : pourquoi eux-autres ont-ils un syndicat et les vrais travailleurs n’en ont pas ?

D’ailleurs quand on y pense, il y a un problème avec ce concept de syndicat de la fonction publique, car dans le privé, il y a un mécanisme équilibrant pour les syndicats, c’est-à-dire le marché. Car si une boîte privée devait employer 2,5 fois plus de monde et les payer 56% de plus pour faire un dixième du rendement des autres, elle fermerait vite ses portes. Le syndicat ne peut donc pas abuser de sa force au point de faire couler l’entreprise. Le syndicat de la fonction publique, par contre, n’est tenu à aucun minimum de performance ou maximum de demandes, puisqu’on ne peut pas fermer le gouvernement et les virer tous. Ils font donc n’importe quoi, leurs membres s’enrichissent à ne rien faire, et en attendant les travailleurs du secteur privé méprisent les syndiqués fourbes et paresseux de la fonction publique, et ça les monte contre l’idée même des syndicats.

Troisièmement, puisqu’on vire des gens, pourquoi garde-t-on le lèche-bottes de « viens faire ta marque » ? Il ne fait rien de rien, lui, sauf coûter de l’argent.

Et puis pourquoi, la même semaine qu’on vire 22 personnes qui vont devoir s’en aller, donne-t-on une soirée pour les « ambassadeurs étudiants » de « viens faire ta marque » qui s’en vont aller dire à leurs camarades de classe de venir occuper ces emplois « brillants » qu’on est censé ne pas pouvoir remplir ? D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire, « un emploi brillant » ? Apparemment ça veut pas dire « stable » ou « de haut niveau » ou « épanouissant ».

Cinquièmement, avant de prendre la porte, est-ce que l’un des 22 chômeurs pourrait s’occuper de ma plainte contre mon ex-employeur ? Parce que moi ça me prend la tête que mon dossier s’empoussière sur le bureau d’un apparatchik en vacances sous prétexte de « pas assez de monde », pendant qu’on paie un gars à temps plein pour ne rien faire et qu’on en licencie 22 autres. Vu combien la main d’œuvre coûte dans la fonction publique, il faudrait peut-être se donner la peine de la rentabiliser davantage.

Cré nom d’un chien, ça m’énerve, toutes ces âneries.

Les proto-fascistes, 2ème episode

Un des contes de fées qu’on raconte aux petits TéNOis, c’est que nous avons « un gouvernement par consensus, comme les Inuit. »

C’est faux, et si c’était vrai ça serait stupide.

Les Inuit, c’est un peuple nomade préhistorique, ipso facto ils n’ont pas d’archives et on ne sait donc pas exactement comment ils se gouvernaient avant la conquête, mais ce dont on est assez sûr, c’est que l’été, les familles se dispersaient sur leur territoire pour chasser-cueillir, et l’hiver, elles se rassemblaient en groupes plus larges mais encore très petits. Sans doute certains de ces groupes se gouvernaient par consensus, mais tout aussi certainement, il y en avait d’autres où c’était la dictature, et d’autres où c’était la pagaille. Mais pour une petite population nomade qui n’a pas d’économie et donc pas de gouvernement à proprement parler, ce n’était pas très grave. Par contre gouverner une population industrialisée de 44.000 personnes comme ça, ça serait ridicule.

Mais justement, ce n’est pas comme ça que notre gouvernement fonctionne. Ça c’est juste un mensonge. En réalité, comme tout système parlementaire, nous sommes gouvernés par le vote. Ce qui est vrai c’est que nous n’avons pas de partis, et donc pas de démocratie. Nous élisons des députés. Ils choisissent un chef de gouvernement entre eux. Le chef du gouvernement choisit ensuite ses ministres. Les ministres forment « le gouvernement », et les non-ministres forment « l’opposition ». Comme il y a plus de non-ministres que de ministres, ça crée « en théorie » un gouvernement minoritaire. Et c’est tout. Donc ce n’est pas du tout un consensus, c’est juste un système parlementaire avorté.

Premièrement, remarquez qu’il n’y a qu’un groupe de dirigeants, alors que normalement dans un système parlementaire démocratique, il y en a au moins deux : soit deux chambres, soit un chef de gouvernement élu séparément, soit les deux. C’est un élément essentiel d’une démocratie puisque ça permet aux deux ou trois groupes de se contrôler mutuellement. Chez nous, l’assemblée ne répond à personne, et rien ne peux les empêcher de faire ce qu’ils veulent. Sauf leur propre incompétence et justement, leur absence de consensus. Car ni « le gouvernement » ni « l’opposition » ne forment une équipe cohérente. Par exemple, en ce moment, le ministre de l’Industrie essaye de faire venir des travailleurs pour occuper des emplois fictifs, avec la campagne « viens faire ta marque ». En même temps, le ministre de l’Education, de la Culture et de l’Emploi s’acharne à faire partir les gens en sabotant la formation technique. D’ailleurs on comprend mal pourquoi l’emploi et les métiers relèvent de la Culture et de l’Education et non de l’Industrie, ni même pourquoi on a tellement de ministères différents. Il me semble qu’il suffirait de quatre : le Ministère de la Paix, le Ministère de l’Abondance, le Ministère de la Vérité, et le Ministère de l’Amour. Mais je digresse.

Dans le cadre de « viens faire ta marque », le ministre de l’Industrie s’attend à ce que les étudiants deviennent des ambassadeurs pour le territoire et convainquent leurs camarades de classe de venir icitte pour les emplois miraculeux que nous sommes supposés ne pas pouvoir remplir, faute de chômeurs. Le fait que ces emplois n’existent pas n’est même pas important dans ce contexte, puisque l’ECE pour sa part interdit aux apprentis d’aller ailleurs pour leur formation, et donc les « ambassadeurs étudiants » pour les métiers sont ceux qui ont choisi de s’exiler plutôt que de se soumettre à la dictature de la stupidité, et il y a évidemment peu de chance qu’ils recrutent leurs camarades de classe. La main droite ne sait pas ce qu’elle fait elle-même, il y a peu de chance qu’elle comprenne ce que fait la main gauche. Autant pour le « consensus » dans « le gouvernement ».

Dans « l’opposition » c’est pire, ils votent n’importe comment. Par exemple ma députée, Jane Groenewegen, avait proposé une motion intelligente pour déposer le gouvernement. Un autre député, Tom Beaulieu, l’avait d’abord soutenue, puis a voté contre. C’est là l’avantage du système sans parti : il n’y a aucune loyauté et aucun système de pensée, donc on ne peut pas prédire ce que tel ou tel élu va faire. Voter pour l’un ou pour l’autre est donc sans importance car on sait que ça ne veut pas dire qu’on a une voix dans le gouvernement du territoire.

D’ailleurs, c’est pas vraiment la peine de voter, car il n’y a pas souvent plus d’un candidat viable. Aux avant-dernières élections, Groenewegen était opposée à deux excentriques locaux qui n’avaient aucune chance d’être élus, donc c’est comme d’avoir un candidat unique. La fois suivante il y avait un deuxième candidat, Miltenberger, qui n’est pas excentrique mais par contre vendu aux Rowe, donc chacun sait que s’il est élu, ça va vouloir dire plus de contrats de travaux publics pour les Rowe, et ça personne ne le veut. Donc une fois de plus, pas vraiment un choix.

Donc c’est comme ça. Tu votes pour le candidat unique, qui ne s’engage qu’à poursuivre son propre intérêt, et qui va faire absolument ce qu’il veut, que ça te plaise ou non. Et ça ne te plaira pas, à moins que tes intérêts soient les mêmes que ceux des élus.

Chose étrange, justement, les élus continuent à gérer leurs entreprises, alors qu’au niveau fédéral, les députés sont obligés de s’arranger pour ne pas avoir d’influence sur leurs compagnies pour la durée de leur mandat. Evidemment c’est pour limiter la corruption, et c’est bien pour ça qu’on ne le fait pas chez nous, à mon avis, car le motif majeur pour se présenter aux élections territoriales est justement l’opportunité de s’enrichir. Tout gouvernement est corrompu ; le nôtre l’est juste plus.

Le gouvernement opère donc avec un seul but : d’enrichir le gouvernement. La paresse et l’avarice sont les maîtres mots. 31% du territoire travaille pour le gouvernement, pas parce qu’il fait beaucoup d’ouvrage, mais justement parce que chaque employé en fait si peu qu’il faut 2,5 plus de main d’œuvre que partout ailleurs pour en faire bien moins. Ils sont payés en moyenne 56% de plus qu’ailleurs, sans compter leur subside non-imposable pour rentrer chez eux dans le sud deux fois par an aux frais du contribuable. Car bien sûr la plupart ne sont pas d’ici et ne s’y plaisent pas. Ils sont juste venus « faire leur marque », c’est-à-dire s’enrichir le plus vite possible et rentrer chez eux. Ils n’essaient même pas de prendre l’air de travailler. C’est une dictature des mollusques.

Par exemple, en septembre j’ai enregistré une plainte contre mon ancien employeur avec la direction du droit du travail. Récemment je leur ai demandé s’ils avaient fait des progrès, et on me répond que non, la personne chargée de mon cas est en vacances pour six semaines, elle s’y intéressera plus tard, si ça l’arrange. Bon, je dis à la responsable du service, tu donnes mon fichier à quelqu’un d’autre, c’est pas difficile. Elle me dit non, les autres ont mieux à faire, on n’a pas assez de monde, ouin ouin ouin. Bon, c’est un problème, mais c’est son problème, pas le mien. Si elle n’a pas assez de monde elle n’aurait pas dû laisser quelqu’un prendre six semaines de vacances, mais de toute façon on s’en fout, dans n’importe quelle entreprise, quand quelqu’un est en vacances, son travail est réparti entre les autres de façon à ce que ça continue à avancer. J’en ai dit autant à la responsable du service ; elle refuse donc maintenant de me répondre. Comme on n’a pas de prudhommes, il n’y aucun recours pour cette situation. J’ai donc écrit à ma députée et au ministre responsable, mais comme tout le gouvernement, ils n’y sont pas en ce moment. Car notre gouvernement tout entier, sauf deux ou trois indispensables, prend deux semaines de vacances pour les fêtes de fin d’année. Payés, bien sûr. Donc non seulement je n’ai pas été payée et le gouvernement refuse de s’en occuper, mais ils se payent tous deux semaines de vacances avec mes impôts.

Deuxième exemple, l’histoire de notre formation technique. Je vous l’ai déjà expliqué alors je ne le refais pas en longueur, mais en bref, ils m’empêchent d’avancer et me forcent à partir travailler dans l’Alberta, ainsi que beaucoup d’autres apprentis, simplement parce qu’ils refusent de dépenser de l’argent pour nous autres qu’ils pourraient se garder pour eux.

Troisième exemple, la médecine. Les services médicaux ici sont très primitifs, et ils refusent de nous envoyer ailleurs. Tout le monde veut aller ailleurs pour voir des spécialistes, alors maintenant le gouvernement refuse de payer pour les frais de voyage, et de nous référer auxdits spécialistes. Dans mon cas, j’avais demandé à voir un psychiatre. Il en vient un à Hay River tous les trois mois, je suis donc obligée de le voir lui et aucun autre. Donc j’y vais. Le psychiatre me demande ce qui va pas, je lui dis « d’abord, je ne suis pas dépressive. » Il écrit donc sur son carnet « dépression ». Puis il me demande « est-ce que vous êtes obsessive-compulsive ? » Je lui demande ce que c’est, il me dit « est-ce que vous vous lavez souvent les mains ? » Bon, d’abord OC c’est pas ça, et deuxièmement comme j’étais camionneur à l’époque et que je transportais des produits pétroliers, évidemment que je me lavais tout le temps les mains. Le mazout sur les mains c’est dégueulasse. Donc il écrit sur son carnet « et OC » et il est satisfait. Il me prescrit un médicament qui ne marche pas pour un problème que je n’ai pas, et c’est tout.

Bon, je retourne chez le docteur pour demander de voir un autre psychiatre. On n’a pas de docteur permanent, donc on voit un suppléant différent à chaque visite. Le clown du jour refuse de me laisser voir un autre psychiatre et même de réécrire la prescription pour le médicament qui marche pour le problème que j’ai, tant que je ne prends pas le médicament qui ne marche pas pour le problème que je n’ai pas. J’enregistre une plainte, personne n’y donne suite. Je retourne donc la semaine suivante, je vois une autre tête à claques, je me fais redonner une prescription pour le bon médicament. C’est déjà ça, mais quant à voir un psychiatre, il faudra que je me fasse recommander par un médecin de l’Alberta à un psychiatre de l’Alberta, et puis le gouvernement de l’Alberta enverra la facture au gouvernement des TéNOs. J’ai le droit de faire ça, c’est garanti par la loi canadienne, mais c’est pas pratique, et pour beaucoup de TéNOis, pas possible.

J’en passe, et encore moi, je suis débrouillarde.

Notre gouvernement est donc une dictature, puisqu’ils ne sont « élus » que pro forma, et une tyrannie, puisqu’ils sont cruels et oppressifs. Heureusement ils n’ont pas de force militaire ou policière et ils sont incapables de travailler ensemble, ils se limitent donc d’eux-mêmes. Mais ce n’est pas assez.

Comme ce système ne marche évidemment pas, il faut le remplacer. Ça ne risque pas de se faire car la culture canadienne n’a pas le concept de la réforme constitutionnelle, encore moins de la révolution ou même de l’activisme. M’enfin pour faire des progrès, il faudrait d’abord un système au moins bicaméral, comme dans une vraie démocratie parlementaire, et deuxièmement, des partis. Les partis sont essentiels à la démocratie puisque c’est la seule façon de s’assurer que le gars pour qui tu votes va représenter les idées pour lesquelles tu voudrais voter. Troisièmement, je le dis toujours, le système le plus démocratique c’est la représentation proportionnelle. Elire les députés par circonscription, d’abord ça ne représente pas bien la volonté du peuple, et deuxièmement ça n’a pas de sens dans un monde industrialisé. Ça allait bien quand chaque circonscription vivait plus en dedans d’elle-même qu’en contact avec le monde ; disons, au Moyen Âge. Mais l’industrialisation et le mouvement travailleur sont des phénomènes internationaux ; c’est bien pour ça qu’on nous appelle « l’Internationale socialiste ». Donc à plus forte raison, la représentation par localité n’a plus aucun sens. Pour un exemple spécifique aux TéNOs, rappelez-vous qu’il y a peut-être un an, nous avons eu un projet de loi pour interdire le téléphone au volant, qui a échoué sous prétexte que « seulement sept communautés » sur 33 ont accès au réseau mobile. Ce n’est pas faux, mais c’est stupide, car ces sept communautés regroupent 80% de la population du territoire. Preuve donc que de gouverner pour les intérêts locaux n’a aucun sens.

Sur un de mes groupes de Facebook il y avait un gars qui voulait organiser un parti, mais pour vous dire à quel point on manque de culture politique, son idée c’est d’abord de rassembler des adhérents, et quand il y en aura assez, de choisir une plate-forme électorale. Mais une pas « diviseuse » car ça dissuaderait les gens d’adhérer. Hein ? Il n’a rien compris, celui-là. Pour former un parti, il faut d’abord des idées, et il faut bien sûr qu’elles divisent puisque justement le but du jeu c’est de se répartir entre différents partis, pour que chacun sache qui représente le mieux ses propres idées. Si le parti n’a pas d’idées avec qui quelqu’un n’est pas d’accord, il ne sert à rien. Après, si les idées du parti correspondent avec celles de certains électeurs, ils adhèrent ; sinon, ils n’adhèrent pas, et le parti se dissout. C’est quand même pas sorcier.

Bon. Donc comme vous voyez, on est mal partis pour la révolution. Deuxièmement, on aurait de toute façon le même problème que Lénine, c’est-à-dire que les travailleurs manquent de conscience politique, et d’ailleurs ils n’ont pas le temps de faire de la politique, car ils travaillent. Il faut donc que le mouvement travailleur soit dirigé par une avant-garde entraînée à la pensée politique. Dans un endroit normal ça pourrait être les syndicats, puisqu’ils forment des cadres justement pour comprendre et défendre les droits des travailleurs. Mais comme le seul syndicat qui ait une forte présence dans le territoire est celui des employés du gouvernement, ça ne risque pas de nous aider.

A supposer qu’on puisse former un parti travailliste motivé et actif, on aurait l’avantage, dans un premier temps, d’être le seul parti. Or un parti unique travailliste est un système très efficace pour avancer non seulement la cause des travailleurs mais l’industrialisation. Les grands mouvements d’industrialisation du vingtième siècle ont réussi sur ce principe. Malheureusement, ils étaient tous dirigés par des sociopathes, mais ça n’est pas une faute du système du parti travailliste unique (d’ailleurs il y a plus de sociopathes capitalistes que travaillistes, j’en suis certaine) ; c’est plutôt un effet du système répressif qui leur a donné naissance, puisque dans une situation révolutionnaire, c’est le gars le plus mécontent et le plus violent qui prend le pouvoir ; donc si on attend une révolution pour écouter les travailleurs, c’est naturellement le plus pathologique qui devient Secrétaire Général. Mais appliqué de façon non-violente, le socialisme à mort marche, puisque ça réussit en Suède. La Suède, justement, est un exemple particulièrement utile puisqu’elle ressemble énormément aux TéNOs en géographie physique, mais alors que nous n’avons pratiquement pas d’industrie, nos services sont minables, et notre gouvernement est une bande de singes, les suédois ont une économie qui marche et qui offre à tous un très haut niveau de services gouvernementaux. Donc s’ils peuvent le faire, nous devrions le pouvoir aussi.

Tout ça pour dire que si on pouvait former un parti travailliste et se présenter en force aux prochaines élections, avant que les dictateurs aient le temps de réagir et de s’organiser pour résister, on pourrait réorganiser le gouvernement pour le mettre au service des travailleurs, plutôt que l’inverse, puis entreprendre une campagne d’industrialisation et donc créer une économie réaliste.

Gagnerions-nous aux élections ? Ça dépendrait évidemment de la qualité de notre propagande. 31% des employés travaillent dans la fonction publique ; ça veut donc dire que 69% travaillent dans le privé et sont donc a priori de notre côté. Il suffit juste de le leur expliquer.

Encore faudrait-il trouver assez de TéNOis marxistes pour former le parti.

vendredi 17 décembre 2010

Un gars qui pourrait faire sa marque

Je rencontre un gars. On discute.

Moi : T’es d’où, toi ?
Lui : Du nord de l’Ontario.
Moi : (à part) Tiens, il pourrait venir faire sa marque ! (au gars) Ah oui ? Où donc dans le nord de l’Ontario ?
Lui : Kingston.

Hein ???? Kingston c’est 44°14′N 76°30′W. Même par rapport au reste de l’Ontario, c’est au sud. Preuve :


Donc apparemment « le nord de l’Ontario », c’est tout sauf Toronto.

Bon. D’accord. Nord de l’Ontario. Donc je continue à discuter avec le gars, et je découvre qu’il a fait quinze ans de pénitencier pour une offense qui n’existe même plus dans le code criminel ; maintenant ça serait « voies de fait grave » et tentative de meurtre.

Bin c’est parfait, ça. Chez nous, il se fondra comme le beurre dans la purée de pommes de terre. Evidemment il est fauché, mais c’est pas grave, il aura qu’à rester sur le divan de Bob McLeod jusqu’à ce qu’il se trouve un emploi qui paie les loyers fous de chez nous.

En attendant, la tête pleine d’eau porte-parole de « viens faire ta marque » continue à faire du tourisme de ci de là aux frais du contribuable, et à écrire son blog. C’est partout la même chose : « il y a le SAO, les enseignants, et le coordinateur des loisirs. On ne peut pas sortir et il faut être prêt à faire face aux problèmes socio-économiques. Viens-t-en faire ta marque ! » Il ne précise pas que 1) toutes ces jobs sont déjà occupés et 2) oui, ça paye plus qu’ailleurs, mais tu vas payer $2000 pour ton loyer et quatre fois plus pour ton épicerie. Sans compter que c’est pas du travail de haut de gamme, alors si tu n’es pas médiocre quand tu te présentes, tu le seras certainement à la fin de ton mandat.

Il leur faudrait une bonne purge.

dimanche 12 décembre 2010

C’est l’heure de jouer à “mensonges du gouvernement des TéNOs”!

Le deuxième mensonge que je voulais démystifier, c’est l’idée que dans les TéNOs, on est mieux payé qu’ailleurs. Preuve : le produit intérieur brut par habitant est $94.371, comparé à $45.292 pour l’ensemble du Canada. Génial, on est deux fois plus riches que tout le monde !

C’est prima fascie absurde. J’ai donc essayé de le comparer au coût de la vie. Ça fait deux jours que je cherche partout sur StatsCan et que je ne trouve rien. En fin de compte, j’ai découvert une note dans un rapport de RHDCC sur « le faible revenu au Canada selon la mesure du panier de consommation » :

Les données sur le revenu contenues dans ce rapport proviennent de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu de Statistique Canada qui, à l'heure à actuelle, n'est pas administrée au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon. Par conséquent, Statistique Canada n'est actuellement pas en mesure de fournir des estimations fiables du revenu des habitants ou des composantes du panier de consommation de la MPC dans ces territoires. Il n'est donc pas possible de produire des données les concernant. Des travaux sont en cours à Statistique Canada et dans d'autres ministères fédéraux pour saisir des données fiables sur le revenu et les prix au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon.

C’est comme je vous le disais : même le gouvernement fédéral n’arrive pas à obtenir des données fiables de notre gouvernement.

Alors puisqu’il n’y a pas de statistiques fiables sur le coût de la vie dans les TéNOs, je vous donne quelques aperçus de mon épicerie.

  • 4 litres de lait – Calgary : $3,99, Hay River : $6,99

  • 1.7 kg de Nesquik – Calgary : $9,99, Hay River : $18,99

  • Croquettes du chien : pareil que le Nesquik

  • 1 litre d’essence – Calgary : $0,929, Hay River : $1,109

  • loyer pour une chambre meublée – Calgary : $525, Yellowknife : $800 (et encore, celle de Calgary est plus comfortable)

  • tarte aux cerises – Calgary : $4,29, Hay River : $6,29

  • fromage – tellement cher chez moi que j’en achète jamais

  • cookies – Hay River : $4,29 pour le paquet le moins cher, Calgary : $2,99 pour le paquet le plus cher
Pas très scientifique, mais si StatsCan n’y arrive pas, j’avais peu de chance.

Donc si tu penses venir faire ta marque, oui, ton salaire d’employé paresseux de la fonction publique va être 56% plus que la moyenne nationale, mais comme il n’y a pas moyen de savoir combien il te faudrait pour vivre, c’est pas forcément une bonne idée.

Puis pendant que j’y suis, j’ai découvert que les dépenses du gouvernement des TéNOs représentent 32% du PIB, et 31% des gens qui ont un emploi travaillent dans la fonction publique. (On peut pas vraiment les appeler des travailleurs, vu qu’ils font tout sauf ça.) La moyenne nationale, c’est 18% et 13%. Pas étonnant que notre économie soit un désastre.