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mardi 28 août 2012

Le défi du défi

La difficulté du défi des livres, je l'ai déjà dit, ce n'est pas de lire les livres mais d'écrire les revues. Donc une fois de plus, j'ai une grosse pile de livres de retard. Alors.

Livre n°26: Oryx and Crake, Margaret Atwood, 2003

Bof, bof, bof. Je l'ai trouvé dans l'échange de livres, pis je l'y ai remis. Parce que bof. J'aime pas trop Atwood de toute façon, et celui-ci moins que les autres. Et y a un fou qui a écrit une revue selon laquelle « Atwood does Orwell one better », c'est-à-dire plus ou moins « Atwood c'est encore mieux qu'Orwell. » Alors bon, je comprends que les maisons d'édition mettent les revues flatteuses sur la couverture, mais celle-là il aurait mieux valu la jeter, parce que ça m'étonnerait assez que les lecteurs soient d'accord. Surtout ceux qui ont lu Orwell.

Alors bon. L'histoire de ce livre, c'est que dans l'avenir, le monde sera nul, puis il y aura un cataclysme dû au mariage de la science avec l'arrogance et le manque de responsabilité, pis après ça il y aura un monde post-apocalyptique dystopien. Oh la la comme c'est original ! Je rêve !

Bin oui. Alors déjà le concept est plutôt défraîchi, donc si tu veux le faire, il faudrait le faire vraiment bien... Bin non. C'est nettement moins bien qu'Orwell, ou Barjavel, ou Boris Vian, ou Robert Merle, ou les autres que j'oublie. En fait c'est probablement le roman dystopien le pire que j'aie jamais lu.

Je recommande Barjavel, c'est nettement mieux.


Livre n°27: Tommy Douglas, Vincent Lam, 2011 (pour la série Extraordinary Canadians)

Ouiche... Tommy Douglas, pour les non-NPD, c'est le fondateur du NPD (Nouveau Parti Démocratique, auquel j'adhère, comme vous le savez). Enfin pas à lui tout seul, mais c'est celui dont on a retenu le nom. Au Canada on l'appelle également « le père de la sécu ». Il est tellement génial que quand la CBC a organisé une sorte de sondage-concours pour nommer « le plus grand Canadien », c'est lui qu'a gagné. Donc, Tommy Douglas, intéressant.

Le livre sur Tommy Douglas, par contre, pas très intéressant. Cette série a été créée, j'imagine, dans l'espoir que des Canadiens la liraient. Et comme dans l'ensemble les Canadiens lisent peu et mal, ce livre est écrit à leur niveau. C'est très court, avec peu de détails, encore moins d'analyse, et pas de mots compliqués. Bon, c'est plus agréable que le tome immonde sur Churchill que j'avais lu, mais il faudrait peut-être trouver un juste milieu.

Je recommande de chercher un autre livre sur Tommy Douglas. Sauf si vous lisez au niveau du Canadien moyen.


Livre n°28: Lost Scriptures: books that didn't make it into the New Testament, Bart D. Ehrhart, 2005

Alors ça c'est complètement dément, mais pas forcément dans un bon sens. Comme le sous-titre l'indique, c'est un recueil d'écrits qui ont failli être dans le Nouveau Testament. Alors je croyais que ça contiendrait tout un tas de secrets que l'Eglise ne veut pas que les fidèles sachent... Bin non. Il n'y a aucune révélation dans le tas. On commence par 17 « évangiles non-canoniques » qui racontent absolument n'importe quoi. Bon, les non-croyants me diront que les « vrais » évangiles aussi, mais même pour un non-croyant, la différence serait frappante. Les quatre évangiles, on peut y croire ou ne pas y croire. Les « évangiles non-canoniques », si t'arrives à y croire, j'ai un pont à te vendre. Entre autres problèmes, ils contiennent énormément de miracles et très peu d'enseignement, alors que c'est l'enseignement qui rend les quatre plus ou moins crédibles.

Après les évangiles, il y a 5 « actes ». Le premier, celui de Jean, contient le miracle des punaises de lit, qui est génial et je compte bien écrire un jour un sermon à ce sujet. Le reste, surtout les Actes de Thecla, c'est n'importe quoi. Thecla, apparemment, c'était la concubine de Paul, ou au moins une groupie acharnée. Ce qui est bizarre parce que non seulement Paul prêchait énormément l'abstinence, mais si j'ai bien compris, il était gay (ceci expliquant peut-être cela).

Après, les épîtres. Bon, les épîtres, ce n'est pas convaincant de toute façon. Celles-ci sont un peu intéressantes dans le sens qu'elles diffèrent de celles de Paul, qui a détourné l'Eglise primitive pour ses propres fins, donc il n'est pas inutile d'avoir une perspective différente. Mais comme certaines de celles-ci sont de toute évidence des faux (par exemple, celles qui sont attribuées à Ptolémée), c'est encore moins convaincant que les opinions de Paul.

Et après ça, ça part vraiment en couille, avec les « révélations ». Déjà, la Révélation à Saint Jean, c'est un peu beaucoup n'importe quoi. Celles-ci tiennent beaucoup de la tradition gnostique, et ça, je ne sais pas ce qu'il faut fumer pour se convaincre que ça a du sens. J'aime assez la théorie que Dieu est en fait un serpent à tête de lion qui se prend pour Dieu, mais en matière de mythologie, plus on en fait, moins c'est plausible.

Donc voilà. Je le recommande si vous vous intéressez à l'histoire du début de l'Eglise. Sinon, c'est probablement pas votre tasse de thé.


Livre n°29: The (Honest) Truth about Dishonesty, Dan Ariely, 2012

Ouiche. C'est assez bien, ce truc. Tellement bien qu'il a eu une revue dans The Economist. Dan Ariely, vous l'aurez deviné, étudie la psychologie de la déshonnêteté. Alors il découvre que tout le monde est malhonnête, et que contrairement aux théories plus anciennes, le tricheur n'est pas vraiment motivé par une analyse rationnelle des risques et récompenses liés à la triche. Ce qui l'intéresse plus, c'est de maximiser ses gains sans toutefois compromettre son image de lui-même comme gars bien et surtout honnête. Et en fait, on s'en doutait, non?

Un des points qui m'ont bien plu, bien qu'ayant très peu de rapport avec le reste du livre, c'est là où il parle des choix vestimentaires et de leur rôle de « social signalling », c'est-à-dire, de communiquer aux autres comment on désire se positionner. Tiens, il me semble que je l'avais bien dit, hein.

Ce qui manque à ce livre, à mon avis, c'est la neurobiologie. Car l'analyse du comportement est intéressante, certes, mais elle l'est encore plus quand on sait comment ledit comportement est motivé par les processus physiques du cerveau.

Bon, je le recommande, mais comme il est petit et vite lu, je recommande de faire comme moi et de l'emprunter à la bibliothèque.


Livre n°30: Tobit

C'est un des livres apocryphes, ou deutérocanoniques. J'en ai fini de lire la Bible, sauf le Cantique des Cantiques qui ne m'intéresse pas, et les psaumes qui sont assez lourds à lire du début à la fin. D'ailleurs, comme la femme du prêtre m'a dit d'un air pincé, « il n'y a pas besoin de les lire puisqu'on les écoute tous les dimanches. » Ce qui est faux, parce que un, le lectionnaire n'inclus pas tous les psaumes, ni même tous les vers des psaumes qu'il utilise, deux, les psaumes sont lus à la messe dans une version qui se prête à être chantée, et qui est différente de la version qu'on trouve dans les bibles, qui se prête davantage à l'étude; et trois, pour nous autres luthériens qui n'avons pas de paroisse locale, la seule façon d'entendre les psaumes, c'est de les lire soi-même. Enfin bref, toujours est-il que je n'ai pas encore lu tous les psaumes. Mais ayant lu tout le reste, je me mets aux livres deutérocanoniques.

Bon, donc, Tobit, premier livre deutérocanonique, je dois dire qu'il ne m'intéresse pas énormément. D'un point de vue théologique, il est assez douteux. C'est un peu à mi-chemin entre les « vrais » livres de la Bible et les trucs fous de Bart D. Ehrman. Je ne recommande pas trop.


Livre n°31: Guantanamo's Child: the Untold Story of Omar Khadr, Michelle Shephard, 2008

Hmmmmm... Bon. L'histoire d'Omar Khadr, c'est très important, surtout pour nous-autres Canadiens. Omar Khadr est un citoyen canadien et pakistanais, qui à l'âge de 15 ans, avait été engagé comme enfant-soldat en Afghanistan. Philosophiquement, il est possible de croire qu'un gars de 15 ans est d'âge à être soldat, mais la Convention de Genève a prescrit 16 ans comme l'âge minimum des soldats; donc, un enfant de 15 ans est un enfant-soldat et est censé être protégé par la Convention. Or donc, à l'âge de 15 ans, Omar Khadr a été appréhendé par des forces Etats-Uniennes après un combat qui opposait cinq ou six Afghans munis de grenades artisanales et planqués dans une maison en briques de boue séchée, à au moins 12 Etats-Uniens et deux F-18. Les Afghans ont été tués, et un des Etats-Uniens de même. Bin tiens, t'envahis quelqu'un, tu dois quand-même t'attendre à y perdre des gars.

Et bin non. Les Etats-Uniens ont décidé que de tuer un des leurs en auto-défense est un crime de guerre, et comme Omar était le seul survivant de l'autre côté, ça doit bien être sa faute – bien qu'il n'ait probablement pas lancé la grenade qui a tué le gars. Alors c'est bizarre, moi j'avais cru comprendre que le but de la guerre, justement, c'est de tuer les autres gars. Surtout quand ils envahissent ton pays, mais bon, vu que c'était pas non plus son pays à lui et qu'on se demande un peu ce qu'il y faisait, je laisse tomber cette partie de l'argument.

Toujours est-il qu'Omar a été incarcéré et torturé, d'abord à Bagram puis à Guantanamo. Jusque-là, il n'est pas le seul, car beaucoup d'adultes se sont aussi fait prendre dans la machine de propagande Etats-Unienne, grâce à laquelle, entre autres, George W. Bush a réussi à prétendre que l'Afghanistan ce n'est pas une guerre et que donc les prisonniers ne sont pas prisonniers de guerre et n'ont donc aucun des droits prescrits par la Convention, et que d'autre part, les gars qu'ils capturent lors de leurs opérations de non-guerre sur le territoire d'un pays souverain sont, eux, coupables de crimes de guerres selon la même Convention qui ne les protègerait pas. La différence entre Omar et les autres est que d'abord, Omar est un enfant – enfin il l'était – et deuxièmement, alors que tous les gouvernements civilisés ont fait tout ce qu'ils ont pu pour libérer leurs ressortissants, et y ont réussi, le gouvernement canadien n'a absolument rien fait pour Omar.

Après beaucoup d'arguments spécieux du gouvernement Etats-Uniens, selon lequel Omar n'avait le droit d'être représenté que par leurs propres sbires, deux avocats canadiens ont réussi à voir Omar et ont donc pu assurer plus ou moins une liaison avec sa famille et le public canadien. Pendant des années, Omar n'a même pas été chargé. D'ailleurs il n'existe pas de procédé pour le charger. Puis les charges ont été rejetées par la commission chargée de le juger. Dans les pays normaux, quand un tribunal rejette les charges, on est libre. Aux Etats, apparemment, le procureur peut simplement inventer d'autres charges et recommencer. Enfin, après huit ans de détention sans procès, le gouvernement Etats-Unien a fini par le charger de tel et tel crime de guerre, parce qu'ils commencent à être très embarrassés par Guantanamo. Omar a plaidé coupable, bien qu'il n'ait eu aucun des droits qui lui sont garantis par la Convention, et bien que les charges soit fausses. Mais vu la mauvaise foi des Etats-Uniens, il ne pouvait pas risquer un procès. Il a donc été condamné à huit ans de prison. Bizarrement, alors qu'il avait déjà servi huit ans, on ne lui a pas donné de crédit pour « time already served. » Deuxièmement, les Etats sont maintenant très pressés de se débarrasser de lui, et avaient donc demandé au gouvernement canadien de le rapatrier. Alors que, je l'ai déjà dit, tous les autres gouvernements se sont battus pour libérer leurs ressortissants, le gouvernement de Stephen Harper a dit qu'on pourrait le rapatrier après qu'il ait fait encore un an de plus à Guantanamo. En plus des huit qu'il a déjà fait et qui sont tout ce qu'il est censé avoir à faire. Mais comme le gouvernement de Stephen Harper c'est tous des menteurs et des caves, maintenant qu'Omar a fait son année de plus, Vic Toews, le Ministre de la Vérité, refuse de le laisser rentrer, sous prétexte que « le danger qu'il pourrait poser aux Canadiens doit être évalué. »

Bon. Donc l'histoire d'Omar Khadr, c'est très intéressant. Mais une fois de plus, le livre sur Omar Khadr est décevant. C'est écrit par une journaliste, donc plein de détails biographiques pas intéressants sur des caractères périphériques, et pas assez d'information en profondeur sur, par exemple, les principes de loi qui auraient dû s'appliquer dans ce cas. Ce qu'on retient surtout de ce livre c'est la mauvaise foi absolument épique des gouvernements, par exemple quand le gouvernement des Etats-Unis déclare que le suicide de trois détenus à Guantanamo constitue « un acte de guerre asymétrique contre nous ». Faut le faire, quand-même.

La morale de tout ça, c'est que je ne recommande pas forcément le livre, mais si vous êtes Canadien, renseignez-vous, signez la pétition de Roméo Dallaire, et arrêtez un peu de voter pour les Cons.


Livre n°32: Under the Volcano, Malcolm Lowry, 1947

Je l'ai lu parce que la bibliothèque avait fait un étalage « auteurs anglais » en l'honneur des Jeux Olympiques, et celui-ci en faisait partie, et le graphisme sur la couverture était intéressant. Pis comme il y avait un long weekend, j'avais besoin de quelque-chose pour m'occuper.

Malcolm Lowry était un alcoolique, et ceci, c'est une histoire sur un alcoolique. Alors c'est un peu Fear and Loathing in Las Vegas version 1940. Sauf que dans ce livre-ci, le protagoniste a une histoire en dehors des deux ou trois jours que dure le roman. Et son histoire, c'est qu'il a fait la guerre, puis une cours martiale où il a été acquitté, puis il est devenu Consul britannique au Mexique. A un moment, il s'est marié avec une ex-actrice divorcée, qui l'a trompé avec son demi-frère et son ami d'enfance avant de le quitter et de passer un an à lui écrire des lettres idiotes genre « pourquoi m'as-tu laissée partir » et à les envoyer à la mauvaise adresse, pour ensuite lui reprocher de ne pas y avoir répondu. Enfin bon, elle obtient le divorce, puis, elle revient et réclame qu'ils s'en aillent ensemble recommencer leur vie au Canada. Alors le gars ne sait pas trop quoi faire, pis comme déjà il est un alcoolique très sévère et qu'il est bourré à mort le matin où elle se pointe de nouveau chez lui avec ses reproches et ses exigences, il boit encore plus, puis il s'en va dans les bois et se trouve seul avec des mexicains de mauvais alois, qui le tuent.

Et voilà, c'est tout. Alors d'un côté, c'est intéressant, parce que de toute évidence le monologue plus-ou-moins-interne de l'alcoolo n'a pas beaucoup changé depuis 1940, mais d'un autre, ça m'a assez exaspéré, parce que chaque fois que je lis de la fiction, il s'agit toujours d'une femme folle qui gâche la vie de tout le monde. Et faut pas croire que ce soit le sexisme des auteurs anglais du siècle dernier, parce que la plupart des livres où j'ai rencontré ce problème sont récents et écrits par des femmes. Pis la télé, pareil. Je n'ai pas la télé chez moi, mais j'emprunte des séries à la bibliothèque: House, The Tudors, Boardwalk Empire, c'est tout pareil, les femmes sont des harpies névrosées qui ne font qu'à empoisonner leur monde. C'est relou, à la fin.


Voilà, c'est tout. Et surtout c'est l'heure de la promenade de Sa Majesté.

samedi 26 mai 2012

Le défi de l'Economiste

En février, j'ai décidé de prendre un abonnement d'essai à The Economist. Il me fallait une source de nouvelles plus fiable et plus mondiale que la CBC, l'agence nationale d'information. La CBC et sa version française, Radio-Canada, sont une crown corporation. En français ça donnerait quelque chose comme « société appartenant à la couronne », donc à la reine, donc à l'Etat. Elle(s) possède au moins trois chaînes de radio en anglais et une en français, une chaîne de télé dans chaque langue, et bien sûr un site web pour chacune, où on peut en plus écouter la radio par l'internet. Ouah, génial ! Ouais, c'est bien, parce que vous-autres, par exemple, vous pourriez écouter en France les mêmes nouvelles que j'écoute, ou en fait que je n'écoute pas, chez moi. Parce que chez moi, dans mon appartement, il n'y a ni télé ni internet, et la chaîne hifi antique ( circa A.D. 1993 ) que je traîne encore avec moi est au fond du placard aux balais. Alors ce que je fais pour les nouvelles, c'est que dans la journée, entre deux clients, je vais à la bibliothèque, et je me sers de leur wifi pour consulter le site web de la CBC et télécharger les titres qui me paraissent intéressant, que je lis ensuite le soir chez moi. Et pendant que j'y suis ( à la bibliothèque, j'entends ), je consulte aussi les journaux hebdomadaires, local et territorial, parce qu'ils coûtent un dollar chacun et ça me gonfle de dépenser ma bonne argent pour ça pis d'avoir à les entreposer après jusqu'à ce que je puisse les recycler.

Bon.

L'ennui c'est que la CBC, c'est pas top pour les nouvelles. Parfois il y en a des vraies, genre... ça m'échappe en ce moment. Ah, si, exemple de cette semaine : le président intérimaire du Mali est dans le coma à l'hôpital après avoir été tabassé par une foule de mécontents. Bon. Ça, ça m'intéresse. L'ennui c'est que pour une nouvelle intéressante, il y en a quarante du genre « le Prince Untel et sa femme ont un nouveau chien, son nom n'a pas été dévoilé. » ( C'est marrant quand-même, je n'arrive jamais à me rappeler son nom. Le frère du Prince Harry. ) Il me fallait donc une source plus sérieuse. Hors, en février, c'est la saison des dépenses excessives puisque je reçois mon remboursement d'impôts, et de plus je lisais de nouveau Chomsky, qui semble recommander The Economist. Enfin pas exactement, car Chomsky ne recommande jamais un organe médiatique établi, bien sûr, ce sont tous des pions des Illuminati, mais il donne l'impression d'avoir un certain respect pour la qualité de ce journal. De plus, The Economist offre un abonnement d'essai gratuit sans risque de quatre semaines. Sitôt dit, sitôt fait : je m'abonne gratuitement sans risque. C'est censé prendre deux semaines de recevoir son premier numéro, mais bien sûr tout prend plus longtemps à venir ici, donc je l'ai reçu après quatre semaines.

Ouah c'est trop génial dément incroyable !!!!!

Je me suis abonnée pour de vrai avant même d'avoir fini mon premier numéro d'essai gratuit sans risque. Parce que The Economist, c'est vraiment top bien. C'est vrai, comme Chomsky nous met en garde, que c'est un pion des Illuminati, alors c'est un peu surréel parfois. On se demande un peu, sont-ils littéralement à la solde du système pentagoniste, ou est-ce simplement qu'ils y croient dur comme fer sans se poser de questions ? D'un autre côté ce n'est pas trop grave, car un homme averti en vaut deux ; je traduis donc tout ce que je lis en Chomskisme, et tout va bien.

Un des trucs sympa, dans The Economist, c'est les pubs complètement démentes, par exemple celle-ci :


Le sous-titre dit « un seul voyage peut changer toute une vie – Cambodge 2010 » et « suivez Angelina Jolie sur louisvuitton.com ».

Hein ? Sérieusement, t'es allée te faire photographier avec un sac Louis Vuitton au Cambodge ? Incroyable. Je crois que le slogan ça devait être au départ « Louis Vuitton: fuck the Third World », mais ils l'ont changé à la dernière minute. Incroyable, ce truc.

Celle-ci est encore plus délirante :


« Tu travailles pour le meilleur cabinet de compta en ville, avec les meubles de bureaux les plus chers, que tu dors dessus depuis six semaines. Va te bourrer la gueule à la vodka ! » Parce que hein, rentrer chez toi voir ton chat, c'est trop bourgeois.

Bon. Enfin ils ne se cachent pas d'opprimer les pauvres pour enrichir les riches. Au moins c'est honnête. Par exemple, nous autres, dans The Economist, on nous appelle « the rich world. » Y'a le Tiers Monde, pis le monde riche. Pourquoi s'en cacher, puisque tout le monde le sait ? C'est aussi le seul journal que j'aie jamais lu où on appelle le public « des étrangers malodorants » ("malodorous strangers"). C'est anti-pauvres, anti-travailleurs, anti-paix dans le monde, et pourtant, c'est vachement top bien génial dément j'adore. Le lendemain d'avoir reçu mon premier numéro, j'ai dû aller m'acheter un calepin pour prendre des notes de ce que je dois rechercher pour comprendre ce que je lis, parce que j'y comprends pas tout. Et quand je ne comprends pas tout, ça veut dire que je m'instruis, et c'est bien le but du jeu. Alors je suis super contente de mon achat.

D'un autre côté, ça pose parfois des problèmes. Premièrement, comme je vis dans un bled paumé à mille miles de tout grand centre postal, je reçois mon journal au mieux onze jours après la date de parution. Comme en plus il est rédigé en vrai anglais d'Angleterre, ça fait très colonial. Je pense bientôt m'acheter un sola topi. En plus les reporters parlent d'eux-mêmes à la troisième personne. « Votre correspondant a été arrêté à la frontière du Tchad. » Génial ! C'est presque le Petit XXème ! Dans l'avenir, quand j'écris mes blogs, je vais faire pareil. « Votre correspondant en a marre des villageois ahuris qui savent pas conduire. »

Deuxièmement, et c'est bien pire, parfois, il prend plus de onze jours. Par exemple, cette semaine, lundi était férié, en l'honneur de l'anniversaire de la Reine Victoria. Bon, d'accord, ça n'a aucun sens, mais c'est comme ça, le troisième lundi de mai, chez nous, c'est l'anniversaire de la Reine Victoria. Parce qu'ici tous les jours fériés sont le lundi ou le vendredi, sinon les travailleurs risqueraient d'avoir des idées folles comme de faire le pont. Faut pas exagérer, quand-même, on leur donne déjà dix jours fériés payés par an, et certains peuvent même se permettre deux semaines de vacances de temps à autre, alors ils abusent déjà assez de la patience des capitalistes, ces maudits caves de travailleurs. Bon, donc les jours fériés sont les lundis et vendredis, sauf le 11 novembre ( là où il est férié, c’est-à-dire une minorité des provinces ), Noël et le Jour de l'An. Mais pour le 11 novembre, la plupart des employeurs soit l'ignorent complètement ( moyennant finances, quand-même, c'est la loi ), soit l'échangent avec le vendredi ou le lundi. Et Noël, comme on s'en moque de qui c'est censé être l'anniversaire, il y a de plus en plus de monde qui veut le reporter au dernier lundi de décembre. Le Jour de l'An, par contre, ça emmerde un peu tout le monde. Moi je dis qu'on devrait simplement remettre la semaine à zéro tous les 1er janviers. Ça serait toujours le lundi 1er janvier, un point, c'est tout. Mais bon, je digresse.

Bon, donc, lundi, anniversaire de la Reine Victoria. Alors je me doutais bien que mon Economist serait en retard. Comme prévu, donc, mardi, pas de journal. Mercredi, pas de journal. Hein ? Bon, d'accord, ça arrive qu'il ait un jour de retard, mais là ça me gonfle, parce que ça fait depuis jeudi dernier que je n'ai pas lu d'Economiste, alors je suis en manque, je sens que mon cerveau commence à rétrécir. D'accord, d'accord, bon, on se calme, y a pas urgence, il arrivera demain pour sûr, on patiente un peu. Je vais me coucher avec un mal de tête dément, que j'attribue au fait que mon cerveau a probablement assez rétrécit pour commencer à se décoller de l'intérieur de mon crâne. Je me lève jeudi, pleine d'enthousiasme ( euh, bon, j'enjolive un peu ). Huit heures : pas encore de courrier. Jusqu'à récemment, le facteur venait vers 6 h, mais maintenant, ça les fait ièche, apparemment. Donc, 8 h, pas de courrier. 9 h, pas de courrier. 10 h, toujours pas de courrier. Oh la la, ça commence à me courir, cette affaire. Finalement au déjeuner, je trouve quelque chose dans ma boîte aux lettres. Ouais giga la joie oh... MER-DEUH ! C'est pas mon Economiste, ça, c'est que des tracts pour des supermarchés à huit heures de route d'icitte, comme toujours. Crisse de tabarnaque de putain de bordel de pigeon ! Je veux mon Economiste ! Et vendredi, on n'a pas eu de courrier du tout. Alors là je suis de sacrément mauvaise humeur.

Que faire ? Le manque de café, c'est une chose, je peux toujours aller m'acheter un café. Ou même en faire un chez moi. Mais trouver un Economiste dans ce patelin, ça, faudrait se lever matin. D'abord, chez nous, il n'y a pas de kiosque à journaux. On peut les acheter soit à la pharmacie, soit à la station d'essence, mais bien sûr ni l'un ni l'autre ne l'ont. La bibliothèque n'y est pas abonnée. Je pourrais demander sur Facebook si quelqu'un l'a, mais ça m'étonnerait. Misère ! Et au contraire du café, l'Economiste n'a pas d'ersatz. J'ai essayé de lire un Maclean's. Maclean's se veut être LE journal hebdomadaire du Canada, mais bon, ça craint. Ils ont des « nouvelles » du monde, mais ils ne comprennent pas la différence entre « nouvelle » et « fait divers. » Par exemple, on m'apprend qu'un chauffeur de taxi polonais c'est rendu chez le dentiste, mais bêtement, il a choisi comme dentiste son ex qu'il venait de plaquer pour une autre, alors elle l'a anesthésié et lui a arraché toutes les dents. Euh... A part le côté « 1944 » très glauque, je vois mal pourquoi on me le dit. Pense-t-on me faire croire que si les dentistes polonais sont si méchants, leurs plombiers sont probablement tous des psychopathes ? Non, ça parait peu probable, car au Canada les gens n'ont jamais entendu parler du Plombier Polonais. Sauf dans l'Economiste, justement. Parce que l'Economiste, étant un journal international et au courant, fait des blagues sur le Plombier Polonais de temps à autre.

En plus, Maclean's fait du mauvais esprit sur tous les partis. Ça c'est nul. Ici, au Canada, les gens s'imaginent que les médias doivent être impartiaux, et encore plus bizarrement, ils croient même qu'ils le sont. Donc, alors qu'un journal normal soutient un côté ou un autre, Maclean's se moque impartialement de tous les députés qui osent s'exprimer au Parlement. Et l'humour politique canadien, euh, bon, sans vouloir être méchante, je dois dire que ça craint à mort. Alors bon, l'Economiste, ça me prend entre 4 et 8 jours de le lire ; Maclean's, une petite demi-heure, et encore, j'aurais pu m'occuper plus intelligemment pendant ce temps-là.

Bon, pas de panique, comme abonnée, je peux télécharger mon Economiste sur mon iPhone, iPad, Kindle, Nook, ou autre lecteur électronique. Sauf que j'en ai pas, et j'espère bien ne jamais en avoir. Moi, j'aime les livres en papier. Tant pis, je vais télécharger le podcast et l'écouter. Ça ne me tente pas trop, car c'est un niveau de lecture élevé, j'aurai du mal à le suivre en audio, mais bon, faute de grive, hein. Mais encore, comment l'écouter ? Je n'ai pas de plateforme pour mon iPod à la maison, et mon véhicule d'ouvrage n'a pas de prise auxiliaire. J'ai essayé de le brûler sur disque, mais le podcast est trop gros pour un CD. Ah, fuck, j'en ai marre de ce truc !

En plus, le podcast, c'est le numéro du 19 mai, alors que moi j'attends encore celui du 12 mai. Alors si j'écoute le podcast, ça va me gâcher mon prochain numéro, et en plus il me manquera toujours une semaine de nouvelles. C'est atroce ! Il y a un trou dans le monde ! Je risque de rater un truc crucial sur le LIBOR. L'Economiste nous tiens constamment au courant des déboires du LIBOR, parce que ça c'est très très important. Il pourrait se passer toutes sortes d'aventures LIBOResques de la plus haute importance, et sans mon Economiste du 12 mai, je n'en saurai jamais rien. Ou Bo Xilai. Qu'a fait Bo Xilai la semaine du 12 mai ?

Alors attends, parlons un peu de Bo Xilai. Vous vous rappelez le livre excellent de Jonathan Fenby sur la Chine moderne, qu'il fallait ignorer à son péril ? Moi si. Et à force de lire des livres sur la Chine Moderne, c'est devenu mythique, comme Londres. Londres, il y a tellement de romans du 19ème siècle qui s'y passent que quand tu lis des vraies nouvelles de Londres, tu as toujours l'impression que c'est tout imaginaire. Comme si Dickens écrivait les nouvelles. La Chine moderne, pareil. Bo Xilai était le Chef du Parti de Chongqing. Ouah ! Chongqing ! Trop dément ! Ah oui, parce que si t'as lu Jonathan Fenby, tu sais que Chongqing, c'est la capitale de guerre de Chiang Kai-shek pendant l'occupation japonaise. Très très mythique. Et Bo Xilai, c'est le fils de Bo Yibo. Ouah ! Bo Yibo ! Trop mythique ! Je t'explique : Bo Yibo ( 1908-2007 ) était un économiste du Parti Communiste, ministre des finances, purgé pendant la Révolution Culturelle, pardonné après 15 ans de prison, et un des « Huit Immortels » du Parti. Bo Xilai, qui avait 16 ans quand son père a était purgé, a également été emprisonné. Alors de lire des histoires de Bo Xilai dans le journal, c'est génial. Comme si on nous racontait ce que deviennent les gosses de Tintin, ou les dernières mésaventures de la Marque Jaune. Si Bo Xilai avait un chien, je voudrais savoir son nom. C'est bien plus intéressant que le Prince Untel.

Donc tout ça pour vous dire que sans mon Economiste, je suis sans nouvelle du LIBOR et de Bo Xilai, et c'est atroce.

Bon. Et troisièmement, à force de passer tout mon temps à lire l'Economiste, j'ai moins le temps de lire des livres, et encore moins de temps pour écrire sur les livres que j'ai lus. Que faire ? Peut-être que je devrais compter chaque Economiste comme un livre. Après tout, c'est 106 pages par numéro, ça vaut autant qu'un livre. J'ai pensé vous résumer chaque numéro, comme « défi des livres », mais ça vous pomperait, j'imagine. Votre correspondant va peut-être se créer un nouveau blog pour parler de l'Economiste.

Alors puisque je n'ai pas d'Economiste cette semaine, j'ai enfin le temps de vous raconter quelques livres que j'ai lus.


Livre n°20 : Mastering Sketching: a complete course in 40 lessons, Judy Martin, 1991

Trop nul, ce truc. D'ailleurs les livres sur le dessin, c'est en général très nul, parce que ça ne donne aucune information utile. On t'explique la différence entre un crayon et un fusain, en long en large et en travers, et on te montre tout un tas d'exemples de dessins faits par les amis de l'auteur, mais on n'explique jamais comment, exactement, on peut utiliser le fusain pour réaliser le dessin. Donc, ayant lu ce livre nul des dessins ( assez nuls, dans l'ensemble ) des amis de l'auteur, je ne maîtrise toujours pas le dessin. Le dessin industriel, par contre, ça me connaît. Bon. Donc je ne recommande pas du tout.


Livre n°21 : Guitar for Everyone, Dick Weissman, 2010.

Les livres de guitare aussi, ça a tendance à être très nul. Celui-ci m'explique comment me couper les ongles pour avoir l'air d'un guitariste. Sauf que je trouve ça hideux, alors pas question. Ensuite on explique les différents modèles de guitares. Ensuite... Je me souviens pas, c'était nul et je n'apprenais rien. Mais bon, après beaucoup de pages de trucs qui ne m'intéressent pas, on en vient enfin à la musique. « Voici un accord de la. » Hein ? Tu me niaises, imbécile. Un accord de la, d'abord, ça n'existe pas. Il y a des accords de la mineur, la majeur, la septième diminué, il y a beaucoup d'accords avec des las, mais juste « un accord de la », ça n'existe pas.

C'est là le problème avec les livres de guitare, ils n'expliquent jamais la théorie musicale, alors que la guitare en a plus besoin que tous les autres instruments que je connais. Parce que ça joue en général l'accompagnement, donc il faut comprendre les clefs, les progressions d'accords, et comment créer les accords. Parce que bon, sur le piano, c'est facile. L'accord de la majeur, par exemple, c'est une tierce majeure et une tierce mineure, donc la, do dièse, mi. Tu fais tes arpèges et tes inversions, et voilà, tu connais l'accord de la majeur sur le piano. Sur la guitare, par contre, il faut trouver une note sur chaque corde qui appartienne à cet accord, et décider lesquelles utiliser, et avec quel doigt. L'accord de la majeur, ça pourrait être la deuxième frette sur les cordes de ré, sol et si, ou un barré de quatre cordes à la deuxième frette et la cinquième frette sur la corde de mi, ou ça pourrait être autre chose. Si tu l'écris sur une portée, c'est hideux et difficile à lire, donc ça ne se fait pas, mais si tu te contentes de l'apprendre par cœur, tu ne sais pas ce que tu fais. Et une fois que tu connais tes accords, il faut encore savoir les progressions. Dans la clef de la majeur, tu ferais un truc genre do dièse mineur – ré majeur – mi majeur – la majeur. C'est ça qu'il faut savoir. Mémoriser les doigtés de tel ou tel accord, c'est pas inutile, mais c'est très insuffisant.

Donc, je ne recommande pas ça non plus. Si vous voulez apprendre la guitare, lisez Pocket Music Theory par Keith Wyatt et Carl Schroeder, que j'avais recommandé l'année dernière.


Livre n°22 : How the World Works par Noam Chomsky interviewé par David Barsamian, édité par Arthur Naiman, 1986-2011.

Bon, ça, j'ai pas besoin de vous expliquer. Chomsky, c'est Chomsky. Soit vous connaissez, soit vous vivez sous un rocher sur Mars, politiquement parlant. C'est un anti-propagandiste Etats-Unien. Il explique comment le gouvernement des Etats te trompe depuis toujours et veut détruire le monde. Ledit gouvernement se sert de lui pour sa propagande : vous voyez, nous sommes tellement démocratiques que nous permettons un fou comme lui de s'exprimer. L'ennui, pour eux en tout cas, c'est que Chomsky n'est pas fou. Alors il nous donne les mêmes informations que l'Agitprop, sauf qu'il les interprète différemment. Par exemple, le gouvernement Etats-Unien bombarde un hôpital civil à Fallujah ; leur propagande, c'est qu'il y avait probablement des terroristes dedans ; Chomsky, lui, t'explique que c'est un crime de guerre, avec ou sans terroristes.

Donc, je recommande. Je recommande tout Chomsky, d'ailleurs. Sans ça, on est tous des pions des Illuminati.


Livre n°23 : Obedience to Authority, Stanley Milgram, 1974

Un livre mythique qui se passe d'introduction. Ah, tiens, non, il en a même plusieurs. L'introduction, puis la préface, puis la préface à la nouvelle édition, puis les remerciements, puis le premier chapitre qui introduit l'expérience en question. C'est lassant. Mais après toutes les introductions, ça devient très intéressant. Et en particulier, j'aime bien sa théorie que quand un parent donne un ordre à son gosse, il lui enseigne en fait deux choses : comment faire sa chambre, ou se brosser les dents, ou ne pas parler la bouche pleine, mais aussi et surtout, comment obéir aux ordres. Donc pour les parents modernes qui ne donnent pas d'ordres à leurs gosses, le pire problème qu'ils créent, ce n'est pas que les gosses ont des chambres bordéliques, c'est qu'ils ne savent pas obéir, et c'est peut-être mignon à trois ans ( euh, non, je trouve pas, mais apparemment les parents des sales gosses de trois ans ne sont pas d'accord ), mais à vingt ans quand ils devront gagner leur vie, ça va énormément leur nuire. Ça se voit énormément chez nous, d'ailleurs, mais ça je pense vous l'avoir déjà expliqué.

Donc je recommande, évidemment.


Livre n°24 : The Lost Empire of Atlantis, Gavin Menzies, 2011

Vous vous souvenez peut-être de Gavin Menzies, auteur de 1421 et 1434. C'est le gars qui a découvert que les chinois ont découvert l'Amérique avant Christophe Colomb. Sauf qu'il y a beaucoup de monde qui a découvert ça avant Gavin Menzies, mais eux-autres ils ont écrit des papiers dans des journaux scientifiques, alors que Gavin Menzies a écrit un livre pour les masses et un blog et a également été à la télé. C'est malin.

Bon, toujours est-il qu'ayant découvert que les chinois avaient découvert l'Amérique avant Colomb, Gavin Menzies se reposait sur ses lauriers en Crète, avec sa femme Marcella, et il mangeait des agneaux et des olives très bonne, et du coup, il a découvert qu'en fait les minoens ont découvert l'Amérique avant les chinois. Alors du coup il a mangé des piments farcis, et avec sa femme Marcella, il est allé en Tunisie, où il a mangé du couscous, et par la suite il a également mangé un œuf, la moitié d'un bœuf, quatre-vingt moutons, et autant de chapons. D'où il ressort que les minoens ont découvert l'Amérique pendant l'Age de Bronze, et que ça aussi, quelqu'un l'avait découvert avant Gavin Menzies et sa femme Marcella, mais ils n'ont pas eu le bon sens d'en faire un livre sur leurs aventures gastronomiques.

Donc Menzies m'énerve un peu, mais je lui suis reconnaissante d'avoir résumé un tas de recherches que moi je n'aurai jamais le temps de lire ou de faire moi-même. Je le recommande.

Maintenant ce qui devient très intéressant c'est qu'entre Menzies, Maté, Milgram, et ce qu'on peut observer à l'œil nu, on commence à se rendre compte à quel point la propagande des Premières Nations est éloignée de la réalité. Selon eux, ils avaient une société merveilleuse de gens très très gentils et intelligents, puis l'homme blanc est arrivé en 1492 et a tout détruit. En réalité, il y avait un contact assez fréquent entre les continents depuis au moins l'Age de Bronze, et si certaines populations Amérindiennes sont restées illettrées et primitives jusqu'à ce que l'homme blanc « détruise » leur mode de vie idyllique, ce n'est pas faute d'opportunité de s'instruire et de participer au progrès et au commerce mondial. Depuis l'Age de Bronze, quand même. Enfin bon, ça c'est une polémique qui ne vaut vraiment pas la peine d'être entamée.


Livre n°25 : Job

Bin oui, il faut quand-même bien lire sa Bible de temps à autre. Mais alors Job, euh, très bof. Job est un homme très riche mais pourtant très honnête, bon, et croyant ( un des trucs les moins crédibles de la Bible ). Alors Satan fait un pari avec Dieu, que lui, Satan, peut faire chier Job au point qu'il va maudire le nom de Dieu. Donc il arrive plein de misères à Job, et pourtant, il ne maudit pas Dieu. Du coup Dieu le récompense. En résumé, c'est intéressant, mais en version longue, c'est des pages et des pages et des pages d'argumentation théologique très vaseuse et pas très intéressante. C'était bien plus intéressant en version Lego.


Voili voilou, c'est tout ce que j'ai lu depuis la dernière fois. Maintenant j'ai un hiatus dans mon approvisionnement en livres, ce qui est navrant. Je vais peut-être relire Jonathan Fenby, tiens.

samedi 31 mars 2012

Le défi des fantômes affamés

Livre n°15: In the Realm of Hungry Ghosts, Gabor Maté M.D., 2008.

Ça c'était recommandé par le prêtre catholique d'icitte, qui s'occupe beaucoup des alcooliques. Il espère même faire venir le Dr. Maté, mais ça, bonne chance.

Alors bon, le livre. Le Dr. Maté est médecin traitant pour la Société de l'Hôtel Portland, une organisation à but non lucratif qui loge les personnes "inlogeables" dans le ghetto de la drogue de Vancouver. Il passe donc le plus clair de son temps à s'occuper de toxicomanes graves. Le but de ce livre est de nous expliquer les causes de la toxicomanie et de proposer des méthodes de traitement plus efficaces. Il commence par nous raconter la vie de plusieurs de ses patients, puis, il explique les mécanismes neurobiologiques impliqués dans la toxicomanie. Donc jusque-là, c'est très intéressant.

Le seul ennui, c'est qu'il y a de grosses fautes de logique. Ayant remarqué que tous ses patients ont eu une enfance absolument dégueulasse, il en conclut que le stress maternel pendant la grossesse et la petite enfance est la cause première de toxicomanie, et qu'il faut donc donner plus d'aide aux mères. Deuxièmement, comme il a beaucoup de patients des Premières Nations, il conclut que c'est tout la faute de l'homme blanc. (Bizarrement, alors que lui est né dans le ghetto juif de Budapest juste avant que les Nazis l'envahisse, il ne s'intéresse pas du tout au fait que les juifs, eux, ne sont pas tous devenus accros à mort après Hitler. Alors que bon, ça me parait nettement plus stressant pour les mères que le commerce de fourrures avec l'homme blanc.) Et troisièmement, il ne se demande jamais pourquoi il y a des gens qui ont une enfance pourrie et ne deviennent pas toxicomanes acharnés, alors que c'est pourtant ça le plus important.

Neurobiologiquement-parlant, nous dit-il, la clé de la toxicomanie c'est le sous-développement du cortex orbito-frontal (j'imagine que je traduis mal les termes techniques), qui contrôle le contrôle de soi. Alors ce qui me parait logique, à moi, c'est que le remède contre la toxicomanie, c'est de développer le contrôle de soi. Preuve : mes camarades le lycée, qui ont comme moi appris la pensée jésuite et l'auto-discipline, ne sont pas toxicomanes, même celles qui ont eu une enfance pourrie. Elles ne sont pas toutes épanouies, riches, aimées, etc, mais elles ne sont pas toxicomanes. Alors que je connais des gars qui ont eu peu de stress maternel mais aussi aucune discipline, et qui sont accros graves.

Chose encore plus étrange, Dr. Maté nous apprend que pour se sortir du piège des drogues, ce qu'il faut c'est un effort mental constant et discipliné. C'est la seule fois, de tout le livre, qu'il parle de discipline. Mais même après avoir conclu que la discipline est le seul moyen de soigner la toxicomanie, il ne lui vient pas à l'idée qu'elle pourrait également la prévenir.

Bon. Donc, il nous apprend des faits intéressants sur le fonctionnement du cerveau, mais il faut le prendre avec un grain de sel. Plus de soutien aux mères ne ferait pas de mal, mais ce qu'il faut surtout, c'est apprendre aux gosses la discipline. Donc au lieu de changer les écoles en garderies et de s'imaginer « l'épidémie de toxicomanie » est due au manque de respect de la société pour les mères, on ferait mieux de revenir en arrière 50 ans et de faire élever les gosses par des jésuites.

C'est bizarre, d'ailleurs, quand on y pense, bien que tout le monde note l'augmentation énorme des problèmes du comportement parmi les gosses, personne ne semble penser que ça ait quelque chose à voir avec la façon dont on les élève. J'ai même lu un article qui attribue les troubles du comportement aux vaccins, vu que les deux ont augmenté pendant la même période. Remarquez, c'est sûr que les gosses morts ne causent pas beaucoup de trouble...

En conclusion, lisez le livre, et envoyez vos gosses aux jésuites.


Livres n°16 à 19 : 2 Chroniques, Ezra, Néhémie, Proverbes

Ouiche... Bin je suis bien contente d'en avoir fini des livres "historiques". Les proverbes, c'est bien, et entre autres, ça dit ce que je viens d'expliquer sur la discipline : ton gosse ne mourra pas d'être puni, alors qu'à force de ne pas être puni, il va se damner. Même si on ne croit pas à la damnation, c'est vrai : le gosse qui n'est pas assez discipliné n'apprend pas la discipline, du coup il fait n'importe quoi, et il lui arrive des misères. Hein, puisque la Bible vous le dit.

J'en suis maintenant à Job. Après ça, les Psaumes, et après, j'aurai tout lu. Booya!

lundi 27 février 2012

Le défi de la bonté

Livre n°13: Made for Goodness, Desmond Tutu et Mpho Tutu, 2010.

Ça faisait longtemps que je voulais le lire, et mon Pasteur me l'a envoyé récemment. Bin, c'est génial. Monseigneur Tutu, vous savez qui c'est, et Mpho Tutu, c'est sa fille. Ils ont écrit ce livre ensemble, mais quand même plutôt lui qu'elle. Alors l'argument central, c'est que les gens sont bons. Et au cas où ça ne serait pas assez invraisemblable, il illustre son argumentaire avec des exemples du temps de l'apartheid.

Hein? Il est malade, lui?

Bin non. Bien que je ne sois toujours pas convaincue de la bonté fondamentale de l'humain de base, c'est très fort, son livre. Mais c'est écrit d'un chrétien à un autre, donc pour les athées parmi vous, ça ne vous avancerait pas forcément. Comme disent les musulmans, entre croyants, l'argumentaire peut être soit rationnel, soit religieux, mais entre un croyant et un infidèle, il ne peut être que rationnel. Donc ce livre ne s'adresse pas vraiment à vous autres infidèles. Pour les croyants, je le recommande vivement, sauf si vous vous entraînez à écrire des sermons, parce que quand vous l'aurez lu, vous n'aurez plus rien à ajouter, et ça va vous rendre la vie difficile.


Livre n°14: 1 Chroniques

Bon, ça je dois dire que c'est pas le mieux de la Bible. On vient de se taper toute l'histoire d'Israël depuis Abraham, et tout à coup, voilà que ça repart depuis David. Et comme je supporte assez mal David, ça m'a pas tellement amusée. Enfin, plus que 2 Chroniques, Ezra, Job, les psaumes et les proverbes, et j'en aurai fait le tour.

Et après? Bin après on recommence, j'imagine. Luther lisait la Bible en entier deux fois par an, pour s'assurer d'avoir tout bien compris. C'est une façon comme une autre de passer les dimanches...

Le défi de l'Antarctique

Livre n°12: Scott of the Antarctic, David Crane, 2005.

Bon. Bin, c'est encore un livre sur Scott. Il y en a beaucoup. Celui-ci est pas pire, mais d'un autre côté, c'est encore un livre sur Scott. Le plus intéressant, c'est donc les trucs qu'on ne trouve pas dans les autres livres sur Scott, comme sa feuille de discipline de quand il avait 13 ans sur le navire-école Britannia. Par exemple: être venu sur le pont en chemise de nuit; avoir parlé dans son hamac après le couvre-feu; être entré dans un verger sans permission. Passionnant, la discipline militaire.

Après il y a la première expédition polaire avec Discovery, qui est probablement l'expédition polaire la plus agréable de toutes celles qui ont été racontées. Une fois de plus, l'intérêt de ce livre est dans les détails qu'on ne trouve pas dans les autres, par exemple, les équipes de football sur glace: les officiers contre les marins, les mariés contre les célibataires, et les "poulains" (moins de 28 ans) contre les "fossiles" (28 et plus). J'aime toujours lire les histoires de Discovery, ça parait très sympa, comme ambiance. Si j'arrive jamais à obtenir un contrat de travail dans l'Antarctique (inshallah), j'espère que ça sera un peu comme ça.

Après, ça se gâte. Il rentre en Angleterre et décide de se marier. C'est une bonne idée en principe, mais il s'est trouvé une femme absolument insupportable. Entre autre, elle était très misogyne, mais d'une façon différente de moi; et comme chacun sait, j'ai une attitude hypocrite envers l'hypocrisie. (C'est une blague de House.) Elle, ce qu'elle a contre les autres femmes, c'est qu'elle veut que tous les hommes n'aient d'yeux que pour elle. Alors comme elle est pas trop agréable à regarder, il y a peu de chance, et ça la rend acariâtre. Pis les lettres d'amour edwardien, c'est assez insupportable à lire. Heureusement qu'ils n'ont pas été mariés longtemps.

Au bout d'un moment, Scott s'ennuie de la routine ouvrage – femme chiante – bébé et repart dans l'Antarctique, et c'est là que ça se gâte pour lui. Il y a des livres pro-Scott et des livres anti-Scott, mais ça revient au même: il n'était pas prêt, et il a fait de mauvais choix. D'abord on comprend très mal pourquoi il a emporté des poneys. Parce qu'il n'arrivait pas à faire travailler les chiens, soit, mais qu'est-ce qui lui a fait croire que des poneys réussiraient mieux dans un environnement auquel ils ne sont pas du tout adaptés? Quant aux proto-motoneiges, c'était une bonne idée, mais il aurait fallu attendre que ce soit mis au point. C'était vraiment pas urgent d'aller au Pôle. Et les chiens, bin c'est pas la faute des chiens, de toute évidence, parce que les Inuit et les norvégiens se débrouillaient très bien avec; le problème c'est que Scott et ses gars ne savaient pas les mener. Et ils ne savaient pas skier, non plus. Donc ce qui est surprenant, c'est pas qu'ils soient morts, mais qu'ils ne soient pas morts plus tôt. Et pourquoi ils sont allés au Pôle à cinq alors que tout était prévu pour quatre gars et qu'un n'avait pas de skis, les auteurs pro-Scott ont beau m'expliquer ses raisons, je trouve que ça n'avait aucun sens.

Tout livre sur Scott, apparemment, est tenu de finir avec une dissertation sur "pourquoi ils n'ont pas atteint le dépôt". Pour une raison qui m'échappe, il parait nécessaire de choisir UNE raison: Scott s'est mal organisé, ou c'est la faute des poneys, ou des chiens, ou des moteurs, ou des norvégiens, ou parce qu'il faisait trop froid ou trop venteux, ou parce que son lieutenant n'a pas obéi aux ordres, ou parce que quelqu'un n'a pas transmis les ordres audit lieutenant, ou encore parce que c'était un maudit cave paresseux. Donc la réponse de Crane, c'est que oui, il faisait anormalement froid sur la Barrière ce mois de mars, pis Bowers et Wilson sont restés dans la tente avec Scott au lieu d'aller chercher de l'aide parce qu'ils l'admiraient tellement qu'ils ne voulaient pas le laisser mourir seul.

Euh... Ça n'a aucun sens, ça. Quand on est perdu, dans l'Antarctique ou ailleurs, et qu'un camarade ne peut pas continuer, sa seule chance de survie c'est de le laisser là et d'aller chercher de l'aide. Se laisser mourir avec lui juste pour lui tenir compagnie, c'est absurde. Pis vu qu'ils ont été bien soulagés quand Evans est mort, puis quand Oates s'est suicidé, ce qui leur a évité d'avoir à les abandonner, je ne pense pas qu'ils auraient choisi de s'assoir et d'attendre la mort à onze miles du dépôt juste pour tenir compagnie à quelqu'un.

Donc en gros, si vous êtes pro-Scott, je le recommande, si vous êtes anti-Scott, je le recommande aussi parce qu'il y a plein à lui reprocher, et si ça ne vous intéresse pas, bin de toute évidence, c'est pas la peine de le lire.

mercredi 1 février 2012

Le défi de la Chine moderne

Hé oui, c'est reparti pour le défi des livres, sauf que comme j'ai déjà dit, je me la joue moins "défi" cette année puisque d'abord, ça n'a pas suscité de discussion l'année dernière (sauf On Being Certain que tout le monde adore), et deuxièmement, je n'ai pas trop de mal à lire 52 livres par an. Donc maintenant c'est juste les livres, mais je garde la rubrique "défi" pour avoir de la suite dans le blog.

Bon. Donc, livre n°1 : The Penguin History of Modern China : the fall and rise of a great power 1850-2009, Jonathan Fenby, 2009.

Sur la couverture il y a une citation d'une revue dans le Sunday Telegraph : « overlook this book at your peril. » Euh... ah bon ? Il va m'arriver quoi, exactement, si je lis pas ton livre ? Jonathan Fenby va venir me butter la yeule ?

Bon. Ayant lu le livre, je n'ai toujours pas compris où était le péril, mais ça vaut vraiment la peine de le lire, même sans les menaces du Sunday Telegraph, et même si on ne s'intéresse pas à la Chine, car la morale est la même partout. Au début, la Chine est un pays idyllique. Bon, ils ont des inondations et des dictateurs fous, mais à part ça, c'est plutôt mieux qu'ailleurs : une société agricole avec un niveau de vie confortable, des fonctionnaires choisis par concours, et la philosophie confucéenne. Malheureusement, les européens industrialisés se sont mis en tête de conquérir le monde, semant la zizanie partout, et ça a détruit la structure socio-économique de la Chine et de partout ailleurs où ils sont allés, et maintenant le Groupe de Davos s'inquiète, blah blah blah.

Un autre côté intéressant, c'est que les chinois, comparés à nous autres, sont très féroces, et les japonais encore plus. Alors au début c'est en fait rafraichissant, parce que j'en ai marre des idées mièvres de mes compatriotes. Par exemple, une amie a une gamine de dix ans qui a du trouble à l'école avec une fille « méchante ». Elle en a parlé à la maîtresse, qui a convoqué les deux petites à une « table de réconciliation » avec un médiateur et tout, blah blah blah. Pfffffffff... C'est bien gentil tout ça, mais quand la gamine aura 25 ans et que son patron sera pas gentil, est-ce que sa maman va convoquer tout le monde à une table de réconciliation ? Nous autres quand on était petits on se débrouillait entre nous, avec des argumentaires soignés genre « c'est ç'ui qui l'a dit qui y est » ou un bon coup de poing sur le nez. Donc les chinois féroces, au début, ça change agréablement de chez moi. J'ai surtout aimé le concept du Bureau des Punitions, et le système de dénoncer ses collègues incompétents. Si on avait ça dans les Ténos, notre gouvernement ferait peut-être moins pitié.

Malheureusement, comme chacun sait, tout ça s'est beaucoup gâté avec la guerre civile ( encore une, ils en ont souvent ), les japonais, Mao, la Révolution Culturelle, tout ça. Puis, sous Deng Xiaoping, ça s'est beaucoup calmé. Quand on en arrive au Printemps de Péking, on se rend compte qu'en fait, comparé à l'histoire de la répression en Chine, ça s'est passé en douceur ; en plus, ce que j'ignorais, c'est que c'est le peuple qui a attaqué l'armée, pas l'inverse, et que les dirigeants ont essayé plusieurs fois de rencontrer les chefs de la rébellion, qui ont refusé de négocier ( ils n'avaient d'ailleurs rien à négocier puisqu'ils n'avaient ni de pouvoir, ni de revendications cohérentes ), et leur ont aussi permis d'évacuer calmement Tiananmen, ce qu'ils n'ont pas fait. Donc bon, c'était peut-être choquant comparé à une manif de chez nous, mais je ne trouve pas qu'il y ait vraiment de raison de s'affoler.

Après ça, il y a une épilogue très longue où l'auteur reproche à la Chine des choses comme l'inflation, les petits empereurs, les nouveaux riches, la pollution, et les billevesées de la bourse, donc en fait les mêmes problèmes qu'ont les Etats – moins la dette immense. Donc j'ai mal compris ce qu'il pense prouver avec son épilogue. C'est plus ou moins une reprise de l'introduction immense ( xlviii pages ) ; ni l'une ni l'autre ne me parait vraiment nécessaire. Je m'intéresse aux fait et à mon opinion d'iceux, pas à la sienne. Les opinions des autres, en général, ça m'intéresse pas énormément.

Et puis bien sûr, il n'y aurait pas d'histoire moderne sans une rencontre avec Winston Churchill, qui apparait dans ce livre juste assez de temps pour dire un truc raciste. Il ne manquait vraiment jamais une occasion de se rendre désagréable, lui.

Bon, en bref, je recommande énormément ce livre, surtout aux canadiens mous et peureux qui n'aiment pas les opinions parce que « c'est pas fin ». Pis à quiconque s'intéresse au futur de l'économie globale, parce qu'à mon avis, c'est prophétique. D'ailleurs je recommande les Penguin History of, parce qu'ils ne m'ont pas encore décue.

Or donc, le défi 2012 part du bon pied.


Et bien sûr, je continue mes démêlés avec la Bible, surtout les dimanches. Or donc :

Livres n°2 à 9 : Nombres, Deutéronome, Juges, Josué, Ruth, 1 Samuel, 2 Samuel, Ecclésiastes

Les Nombres, bon, il faut bien en passer par là. Le Deutéronome est très marrant, on apprend entre autres qu'il ne faut pas bouillir un chevreau dans le lait de sa mère, ni manger de chameau, lièvre, ou blaireau de rocher. Bin zut alors, moi qui comptais manger un chameau à fin de semaine... Les insectes à quatre pattes sont aussi interdits, ce qui est un peu surréel, mais les sauterelles sont permises.

Après ça c'est les livres dits « historiques » qui sont en fait assez semblables à l'histoire de la Chine, moins les détails atroces, et bizarrement, sans commentaire de la part de Churchill. On s'en lasse, à force, surtout de ce maudit cave de David qui méritait des baffes. C'est pour ça que j'ai sauté de Samuel à Ecclésiastes, qui est bien plus sympathique. Malheureusement il est aussi très court, donc c'est reparti sur l'histoire des despotes... En fait quand j'y pense, « histoire des despotes », c'est redondant. Au moins dans la Bible y a pas d'inflation, donc faut croire que malgré tout, il y a parfois du nouveau sous le soleil.

mercredi 28 décembre 2011

Le défi du Libérateur

Livre n°106 à 108 : Genèse, Exode, Lévitique

Parce que hein, bon, c'était quand même l'Avent, alors je me suis remise à lire la Bible, que j'avais négligée depuis que le prochain livre sur ma liste c'était la Genèse. Mais en fin de compte, après les premiers chapitres un peu clichés, ça devient assez marrant. C'est peut-être l'histoire de Dieu et tout ça, mais c'est très feuilleton américain. Comme quoi ce style a toujours été à la mode. L'Exode, c'est moins marrant, le Lévitique encore moins, mais on y trouve quand-même quelque-chose d'important, soit l'interdiction de l'homosexualité. Pas que ça me préoccupe beaucoup, mais c'est bien vu en ce moment pour toutes les factions de la chrétienté de trouver moyen de dire qu'en fait non, Dieu n'est pas contre l'homosexualité, c'est juste les vilains traducteurs du Moyen-Age qui ont voulu nous le faire croire, mais maintenant qu'on est tous éclairés, on comprend que Dieu aime les gays. Bin non. Dieu a dit à Moïse, « vous ne coucherez pas avec un mâle comme avec une femme : c'est une abomination. » (Lévitique 18:22) Alors accepter les gays dans la société, d'accord, mais prétendre que la Bible ne s'y oppose pas, c'est un mensonge.

Bon. Ce qui m'intéresse plus que les gays, c'est les droits des travailleurs, qui sont aussi prévus par le Lévitique: « tu ne retiendras pas les gages du travailleur jusqu’au lendemain. » (Lévitique 19:13) Alors à tous mes sales blaireaux d'ex-employeurs, non seulement vous avez dû me payer dans cette vie, mais le Seigneur vous le rendra dans la prochaine, bande de caves.

J'en suis maintenant à 55% de la Bible, et 42% de l'Ancien Testament. L'ennui c'est qu'après le Lévitique il y a les Nombres, et ça, c'est très long, et pour le moment, très plate.


Livre n°109: Simón Bolívar : a life, John Lynch, 2006.

Mais non, c'est pas de la politique, c'est de l'histoire, donc ça ne contredit pas mon vœu de l'Avent. Ou peut-être que si. Enfin il faut bien commencer par là pour se pencher sur l'histoire de l'Amérique du Sud. Mais c'est pas un très bon début, parce que Bolivar était plutôt désagréable. Il ressemble beaucoup aux autres dictateurs, sauf qu'il affirme ne pas être dictateur. Il va libérer tous les peuples d'Amérique du Sud – et les réunir en un peuple sous la botte d'un président à vie (lui-même) qui choisira son successeur. Il maintient que tout le monde sera égal devant la loi – mais les classes défavorisées n'auront pas accès au pouvoir, parce qu'ils feraient n'importe quoi. Les esclaves sont libérés – à condition de s'engager dans l'armée ou de continuer à servir le même maître pour le reste de leur vie, et leurs gosses de même. Et à part remplacer tout par exactement la même chose, avec Bolivar comme dictateur au lieu du roi d'Espagne (détrôné depuis longtemps, d'ailleurs), ce qui l'intéresse, c'est la gloire. Il ne parle que de ça, et il se met en rage quand on le critique, parce que, hein, sa gloire, merde !

Donc apparemment, comme Churchill, c'est un « grand homme ». Faut croire qu'un « grand homme », c'est juste un trou-du-cul qui s'est couvert de gloire. Je commence à en avoir vraiment marre, des grands hommes.

mercredi 21 décembre 2011

Le défi du bowling

Livre n°105 : Bowling Fundamentals, Michelle Mullen, 2004.

Le bowling ne m'a jamais intéressée. En général, je n'aime pas les sports avec des balles, sauf à la limite le golf et le horseball. D'ailleurs, en général, je n'aime pas la compétition. Mais la présidente et la secrétaire de l'organisation qui m'emploie ont une équipe dans la ligue mixte du vendredi soir, et un de leurs gars a tendance à l'absentéisme, alors elles m'ont demandé de le remplacer.

Haha, elle est bien bonne. J'ai refusé, bien sûr. Je leur ai dit que je n'ai jamais joué de ma vie ; elles m'ont dit c'est pas grave, y a plein de débutants dans la ligue, pis c'est bien pour le pointage parce que c'est le nombre de quilles au-dessus de la moyenne alors c'est avantageux d'avoir des joueurs qui vont pouvoir beaucoup s'améliorer pendant la saison. Je leur ai dit que je suis exceptionnellement nulle quand il y a des balles ; elles ont dit c'est pas grave, y a beaucoup de sous-doués et la plupart sont en plus bourrés quand ils jouent. Je leur ait dit que j'aime pas la compétition ; elles ont dit c'est pas grave, c'est juste pour s'amuser. Ah bon ? Alors pourquoi une ligue avec des handicaps, si c'est juste pour s'amuser ?

Enfin j'en passe. Elles sont très persistantes et je les aime bien, et j'ai épuisé toutes mes excuses, alors j'ai fini par dire que bon, si on faisait d'abord une séance d'entraînement pour que je sache au moins à peu près de quoi il s'agit, j'essayerais. Comme ça je me suis dit, quand elles verront que je suis vraiment super-nulle, elles trouveront quelqu'un d'autre.

Bon. Donc le dimanche, jour moitié-prix, nous nous retrouvons à l'allée pour tenter de m'apprendre le bowling. Le fils de onze ans de la secrétaire a été porté volontaire pour m'entraîner. Alors il me dit : « tu prends une boule, pis tu la jettes dans les quilles. »

Euh ? Ah bon ? Mais encore ?

A ce point-là, je n'y comprenais toujours rien, alors je lui ai demandé de faire une démonstration. Donc en effet, il pogne une boule, et il la jette dans les quilles. Les quilles tombent. Ouah, c'est magique !

Je me suis dit, ça doit être plus difficile que ça semble. Alors moi aussi, je prends une boule, et je la jette dans la direction des quilles. Miracle, des quilles tombent ! Ouais ! Giga ! La joie !

Au deuxième coup, le jeune homme me dit « si tu vises la flèche... »

Hein ? Y a des flèches ? Tiens, en effet, il y des flèches sur l'allée, pour aider à viser. Et là je me suis rendu compte qu'il y a non seulement des flèches, mais des lignes qui font toute la longueur de la piste. Donc en fait c'est même pas la peine de viser, il suffit de suivre la ligne.

Et voilà, ceci conclut mon entraînement au bowling.

Hein ?

Bon.

Ma première partie, avec le gamin, j'ai fait 116. Ça vous dira probablement rien, parce qu'ici on joue une version uniquement canadienne, le bowling à cinq quilles, inventé en 1909 parce que les joueurs canadiens se plaignaient que dix quilles, c'est trop fatigant. Donc non seulement il n'y a que cinq quilles et elles sont plus petites, mais les boules sont bien plus petites. Elles tiennent dans la main, donc elles n'ont pas de trous, et c'est plus facile. Donc 116, c'est quoi ? Bin le meilleur score possible c'est 450, mon entraîneur fait 145 en moyenne, et dans la ligue du vendredi, les moyennes vont de 90 à 200, si j'ai bien compris. Donc 116 du premier coup, c'est pas pire. Ma stratégie pour échapper à la ligue a donc raté, et il a bien fallu que je joue. Sauf que le gars que j'étais censée remplacer est venu, donc j'ai joué pour une autre équipe, je ne me suis pas amusée, pis ça a duré jusqu'à 22 h, j'en avais vraiment marre. Après ça personne ne m'a redemandé de jouer, pis trois semaines plus tard on me dit « où étais-tu vendredi, on avait besoin d'un remplaçant. » Ah bon ? Bin il aurait peut-être fallu m'appeler, parce que déjà j'aime pas ça quand je joue, je vais pas en plus y aller les jours où je ne joue pas, juste pour voir si on a besoin de moi.

Donc la ligue, j'aime vraiment pas. Par contre le bowling, en fin de compte, c'est pas pire. J'ai vite compris qu'il n'y a pas de stratégie, il suffit de tirer entre la quille du milieu et celle de droite, très fort et avec un peu de spin. Sauf que le spin je sais pas faire, pis ça changerait la trajectoire de la boule, alors je me contente de tirer en ligne droite. Et ça, j'assure. Un spectateur me regardant m'entraîner un dimanche m'a dit « that's insanely straight. »

Génial. Néanmoins, il devrait quand même y avoir plus à apprendre que ce que j'ai découvert en une partie, ou en dix, donc, je me suis procuré ce livre. Il y a quelques problèmes de syntaxe, et c'est écrit pour le bowling à dix quilles, mais c'est clair, je pense avoir tout bien compris. Ça confirme ce que j'avais découvert moi-même, et en effet, il y a quelques trucs qui vont m'être utile. J'ai hâte de retourner m'entraîner. Malheureusement, les deux dimanches prochains l'allée est bien sûr fermée, donc la prochaine fois que j'aurai l'occasion de jouer c'est une fois de plus la ligue du vendredi, où je dois remplacer notre secrétaire les deux premières semaines de janvier. Mais en attendant je peux m'entraîner à la maison, car en fait la boule et les quilles ne sont pas vraiment nécessaires. Et c'est là, en fait, le secret du bowling. Pour réussir, il ne s'agit pas de jeter la boule dans les quilles, mais de faire exactement le même geste à chaque fois. La boule et les quilles, c'est surtout pour produire un son agréable qui te motive à continuer. Le joueur de bowling est comme un singe dans une étude du comportement : si tu fais le bon geste, tu es récompensé par la chute des quilles, et hop, ça te donne envie de recommencer.

D'un autre côté, comme la constance est la seule stratégie pour abattre les quilles, il y a deux options pour gagner : être constant soi-même, ou déconcentrer l'adversaire. Et comme l'adversaire, dans la ligue du vendredi, c'est surtout des gars moches, il serait probablement plus efficace d'investir dans un soutien-gorge releveur que dans un ouvrage technique. D'ailleurs on peut en dire autant de mes efforts professionnels. Tiens, j'ignorais que le bowling était une métaphore pour la vie...

Donc voilà. Si vous vous intéressez au bowling, ou que vous aimez voir des métaphores partout, je le recommande ; sinon, ça ne vous sera probablement pas utile.

mardi 6 décembre 2011

Le défi du cerveau, ou, pourquoi tout le monde farme sa yeule

Livre n°102 : On Being Certain : Believing You Are Right Even When You're Not, Robert A. Burton, M.D., 2008.

Robert A. Burton, M.D., est un neurologiste. Pendant des années, il s'est demandé comment on sait ce qu'on sait. Comment est-on sûr ? Pourquoi ? Et surtout, pourquoi est-on sûr de trucs qui sont évidemment faux et stupides ?

La raison, c'est qu'il y a un mécanisme chimique dans le cerveau qui produit le sentiment de certitude. La certitude n'a donc rien à voir avec la véracité ou même la plausibilité du sujet.

Je m'en doutais.

J'ai découvert ça moi-même, un jour que j'écoutais quelqu'un qui se croit très intelligente (et qui l'est probablement assez puisqu'elle a deux diplômes bac + 4) se plaindre d'un truc complètement stupide dont elle se plaint depuis 20 ans. Quand elle a enfin fermé sa yeule, j'ai expliqué calmement, en termes que ma psychothérapeute (que j'ai licenciée pour incompétence, remarquez) aurait admirés, qu'elle avait tort. Alors elle (l'amie, pas la psychothérapeute) me dit « c'est vrai, ce que tu dis... Mais j'ai raison. »

Bon. Remarquez, j'ai beaucoup d'expérience avec les gens au cerveau détraqué, donc quand je me dis « j'ouïs un cerveau endommagé », j'ai mes raisons. Et apparemment, j'ai raison, parce que la même année, Robert A. Burton, M.D. est arrivé à la même conclusion.

Du coup, Robert A. Burton et moi nous demandons, si le cerveau crée l'impression d'avoir raison à tort et à travers, comment sait-on quand on a vraiment raison ?

Haha, elle est bien bonne.

Euh... Non, vraiment, sans blague, comment sait-on qu'on a raison ?

Bin en fait, quand on sait, 100%, dur comme fer, qu'on a raison, c'est la chimie du cerveau. Mais si on pense, tout bien considéré, que l'évidence suggère que c'est probablement correct, il est possible que ce soit correct.

Je répète : si on est 100% sûr, c'est juste le cerveau qui déconne. Alors par exemple « la violence familiale c'est 100% la faute de l'accusé », vous voyez le problème ? Hé oui. Vous êtes sûres (vous êtes plusieurs à dire ces âneries), donc vous avez tort. Ou plus exactement, vous êtes sûres, donc votre opinion ne compte pas, car c'est probablement juste un défaut du cerveau. Tout bien considéré, l'évidence suggère que vous n'en savez que dalle.

C'est génial, ce truc. Ça résout tous les arguments. Soit l'autre gars est certain, ce qui suggère qu'il a tort et un défaut du cerveau, soit il n'est pas certain et ce n'est pas la peine de s'énerver. A partir de dorénavant, je ne discute plus qu'avec des gens qui ont lu ce livre. Meilleur livre de... toute ma vie. Plus important que la Bible et le Coran à l'infinité plus one.


Livre n°103 : Fidel and Che : a revolutionary friendship, Simon Reid-Henry, 2009.

J'avais dit que je ne lirais plus de trucs politiques pendant l'Avent, mais j'avais sorti celui-ci de la bibliothèque juste avant que Churchill arrive de la bibliothèque d'Inuvik (I-NOU-vik), donc, bon.

Ce livre a de gros problèmes de syntaxe, et je ne suis pas vraiment convaincue de sa thèse selon laquelle Fidel et Che étaient amis de cœur et ne fonctionnaient pas bien l'un sans l'autre. Mais l'avantage c'est que c'est court (360 pages) et traite deux gars d'un coup, donc ça va vite. Pis y a pas trop de « style ». Je vais devoir lire des trucs plus complets sur les deux, mais à première vue, ils sont très différents des autres dictateurs. D'abord, ils ont tous les deux fait des études. Che était docteur, Fidel, avocat. Bon, d'accord, c'est deux professions qui attirent les psychopathes, mais c'est plus que Churchill, Ivan le Terrible, Mao et Staline réunis. Et Gandhi aussi était avocat. Donc ça pourrait être bon signe. Malheureusement, Che était certain d'avoir raison, et en plus il admirait Mao, donc, on ne peut pas lui faire confiance. Par contre Fidel m'intrigue. Il a l'air sympathique, pour un dictateur. Et il obtient des résultats. Ou en a obtenu. Je lirais bien sa biographie, sauf qu'il n'est pas encore mort, alors ça risque de s'éterniser.

Pour en revenir au livre, je le recommande si vous ne pensez jamais rien lire d'autre sur l'un ou l'autre, mais s'ils vous intéressent vraiment, c'est un peu Fidel and Che Light.


Livre n°104 : Caruso's Method of Voice Production, Professor Mario Marafioti, 1922.

Bof. Comme je n'ai pas de professeur de chant et qu'il n'y en a probablement pas un à 1100 km qui puisse me dire quelque chose que je ne sache pas encore, je suis allée voir sur Amazon s'il y aurait des livres qui puissent m'aider. Celui-ci n'était pas cher, les acheteurs sur Amazon étaient enthousiasmés, et puis si ça marchait pour Caruso, pourquoi pas ?

Une fois de plus : bof.

D'abord, le gars m'énerve. Il est désagréable et arrogant. Deuxièmement, il n'explique pas vraiment comment chanter comme Caruso ; ce qu'il explique en long et en large c'est que nous autres on chante tous super mal et qu'il peut le prouver scientifiquement. Mais si j'ai bien compris, le truc c'est de chanter en italien et de relaxer la gorge.

Hein ? J'ai payé de l'argent pour ça ?

D'abord je le savais déjà, et ensuite ça fait au moins vingt ans que je fais ça. Ce qui explique peut-être pourquoi je chante, sinon comme Caruso, au moins assez bien pour faire non seulement Rejoice Greatly depuis des années, mais aussi Hear Ye, Israel du premier coup sans l'avoir jamais entendu. J'imagine que ça ne vous dira rien, sauf peut-être à mon père, et pour vous-autres qui ne chantez pas, c'est-à-dire, il me semble, tous, vous ne comprendriez probablement rien aux considérations techniques, donc je vous raconte pas.

En fait ça m'énerve, cette histoire de chant, parce que j'ai entrepris de découvrir quel niveau du Conservatoire Royal je pourrais présenter. Le Conservatoire Royal a douze niveaux d'examens : introductoire, 1 à 10, et Associé, filière enseignement ou concert. Au piano je préparais le 10ème niveau il y a dix ans, quand j'ai perdu mon piano dans le divorce. Au violon, je travaille sur le 4ème niveau. Dans les deux cas, c'est vraiment du travail, il faut que je m'applique pendant des mois pour avancer. Par contre ces deux arias, Rejoice Greatly et Hear Ye, Israel, sont au niveau Associé (Concert), c’est-à-dire, donc, le plus élevé. En général, seul les musiciens qui veulent faire carrière présentent cet examen. J'ai également obtenu d'autres pièces listées pour ce niveau, et toutes celles que j'ai essayées, je peux chanter, juste, et presque à la vitesse indiquée, du premier coup. Et en plus je suis une vraie soprano, pas une mezzo-soprano. Donc soit je chante très, très bien et je ne le savais pas, soit je chante hyper mal et je ne l'entends pas, ce qui serait nettement pire. Remarquez, comme il n'y a personne ici qui puisse reconnaitre la différence entre les deux, c'est pas trop grave, mais ça m'énerve quand-même de ne pas savoir.

Tout ça pour dire que le livre de Marafioti ne m'a pas appris grand-chose, sauf un truc pratique : le moyen le plus facile de sortir les notes élevées, c'est d'ouvrir très grand la bouche et de tirer la langue. Ça nuit un peu à l'élocution et ça ferait bizarre en concert, mais ça marche. Et aussi, grâce à un de ses exercices, je me suis rendu compte que je peux chanter une octave plus bas que je ne croyais, donc plus de trois octaves. C'est pas pire.


Cela dit, le chien me regarde d'un air accusateur, donc on dirait qu'il est temps d'aller se promener.

jeudi 17 novembre 2011

Le défi de la mouche du coche

Livre n°101 : Churchill : a biography, Roy Jenkins, 2001.

Bon, d'abord, parlons de Roy Jenkins. C'est un politicien britannique, 40 ans plus jeune que Churchill. Il a été élu pour la première fois en 1948 et a donc travaillé sous Churchill. Il est l'auteur de 18 livres sur des sujets politiques, dont une biographie de Gladstone qui a gagné le Prix Whitbread (dont je n'ai jamais entendu parler) en 1997. Donc, faut croire qu'il s'y connait un peu. Les extraits de revues sur le dos de la jaquette sont très flatteurs, par exemple :

« Un ouvrage d'histoire de première classe et très bien documenté, et un chef-d'œuvre de biographie. ... La plus grande histoire de politique britannique du vingtième siècle est présentée d'une façon plus élégante, attachante et toujours équitable que jamais auparavant. De toutes les nombreuses biographies de Winston Churchill qui ont été écrites, celle-ci est la meilleure. » (Andrew Roberts, The Sunday Telegraph, London)

Bon. Donc tout ça pour vous dire qu'on peut probablement se fier à lui. En effet, il écrit bien, encore que dans un style de politicien britannique, c’est-à-dire qu'il croit dur comme fer que la politique britannique change le monde, et d'un autre côté, il aime l'ironie, les bons mots, et surtout les mots rares. J'ai dû me servir du dictionnaire quatre fois, ce qui est remarquable car je connais plus de mots que la plupart des anglophones, et certainement plus que mon dictionnaire. Et comme Simon Winchester, il se sert encore du terme « juiverie internationale » (deux fois, même), alors qu'ici au Canada, c'est passé de mode il y a longtemps. Et un autre truc qui ne se fait plus beaucoup, c'est qu'il ne sépare pas les infinitifs, un point de grammaire anglaise qui ne vous intéresse probablement pas. En plus le livre est bien corrigé, il y a très peu de fautes de frappe ; mais une fois de plus, il y manque des virgules.

Sachant donc que Jenkins est très fort, et qu'en plus il adulait Churchill (moins que Gladstone, quand même), on s'attend donc à apprendre que Churchill était un gars bien et un héros.

Bin non.

Ça commence très mal quand la sixième phrase du livre nous apprend que Churchill, loin d'être un grand propriétaire terrien, « n'a jamais possédé que les 300 acres autour de Chartwell. » Oh, pauvre petit, c'est dur ta vie ! D'accord, je m'attendais à le haïr, mais quand-même pas à la sixième phrase. Et en page 24, on nous dit que « les qualités de Churchill... qui suffisaient pour en faire un très grand homme... étaient la confiance en soi et le narcissisme. » (Dans le texte c'est « self-centredness », j'ai du mal à le traduire.) A mon avis ça c'est surtout les qualités qui font un psychopathe et un dictateur, mais en fin de compte ça ne contredit pas forcément Jenkins, car les « très grands hommes » sont presque tous des psychopathes, il me semble.

A part ça, dans le premier chapitre, on apprend que ses parents le négligeaient. Pis à mon avis il souffrait du syndrome d'alcoolisation fœtale et de tendances psychopathiques ; mais comme chacun sait, les psychopathes nés dans des familles pauvres deviennent des criminels violents (genre Mao), les psychopathes nés dans des familles riches travaillent dans la finance. Sauf Churchill, qui lui n'a jamais travaillé de sa vie. Il a commencé par faire l'armée, parce que c'est ce que faisaient les fils de bonnes familles qui ne voulaient pas faire d'études. Dans l'armée il a beaucoup joué au polo et pas trop au soldat. Pis après il s'est fait élire, et le reste de sa vie il n'a fait que de la politique, sauf que comme il adorait les guerres, il aimait prétendre que l'armée c'était sa carrière et qu'il s'y connaissait donc au métier de soldat.

Oui mais lui, nous dit Jenkins, c'était un politicien héroïque. Hein ? C'est un oxymore, ça. Même Che Guevara était un « guerrier héroïque », pas un politicien. Alors il a fait quoi d'héroïque, Churchill ? Bin premièrement il a changé de parti une douzaine de fois, car il n'avait aucune loyauté envers les gens et les idées. La seule chose qui l'intéressait c'était son avancement, donc il allait toujours là où il trouvait un vent arrière. Mais en général, il était pour tout ce qui était réac et impérialiste, et contre ce qui était socialiste. (Cela dit, il a de temps à autre servi la cause des travailleurs. Parce qu'à force de poursuivre n'importe quelle idée, il risquait bien d'avoir raison de temps à autre.) Alors Jenkins nous dit toujours « oui mais en 1940-41, il a été héroïque. »

Bon d'accord, mais en attendant 1940, Churchill était surtout un croisement entre la mouche du coche et le Roi Dagobert. (Par la suite il y a avait en plus une bonne dose de Mao.) En 1914, comme on a vu dans Castles of Steel, il a écœuré tout le monde à l'Amirauté avec ses idées nulles, entre autres les Dardanelles. Mais, nous dit Jenkins, il était très héroïque, parce qu'il allait tout le temps en France pour rencontrer l'état-major français près du front. Sauf que un, ça ne servait à rien qu'à leur taper sur les nerfs, et deux, il y a une différence entre « courage » et « recklessness » (imprudence, témérité, mais en anglais ça rend mieux), le dernier étant un trait commun des psychopathes et de l'alcoolisation fœtale. Quand il s'est enfin fait virer de l'Amirauté, il est parti pour le front, d'où il a continué à écœurer le gouvernement en réclamant d'être promu. On lui a donné le grade de colonel, qu'il ne méritait pas, et il en a été mécontent car il voulait être au moins général de brigade. Il est resté cinq mois avec l'armée et a apparemment passé le plus clair de son temps soit en permission à Londres, soit à écrire à sa femme de lui envoyer à manger. Genre : « une fois par semaine ... des sardines, du chocolat, des conserves de viande ... deux bouteilles de mon vieux brandy et une bouteille de brandy de pêche... du corned beef; du fromage stilton; de la crème; des jambons; des fruits secs... essaye une tourte au bœuf ... mais pas des conserves de perdrix. » Donc en guerre comme en temps de paix, il ne se privait de rien, d'où le résultat inévitable qu'il était toujours dans le trouble financièrement.

Enfin il en a vite eu marre de la guerre et comme il obtenait toujours tout ce qu'il voulait à force de faire chier tout le monde, il s'est fait libérer de l'armée sans aucune raison, et est rentré à Londres, où il a réclamé à tue-tête un comité pour le disculper du désastre des Dardanelles. Parce que selon Jenkins, les Dardanelles c'était une idée géniale qui a été sabordée par la nullité des commandants sur place. Pis non seulement il a fallu que le gouvernement perde son temps à faire ce comité, mais Churchill a insisté pour faire publier les résultats de leur enquête, dont des documents secrets, alors que bon, c'était quand même toujours la guerre. Donc jusque-là, on voit très mal où est l'héroïsme.

Après la guerre, c'était pareil, il dépensait beaucoup et agaçait tout le monde, mais comme il n'était plus ministre, il gagnait de l'argent en écrivant. Ça lui convenait bien, puisqu'il ne s'intéressait jamais qu'à ce que lui avait à dire. Que ce soit des conversations sociales ou des discours à la Chambre, il n'écoutait jamais ce que disaient les autres, sauf à l'occasion s'ils parlaient de lui. Encore dans la vie privée on s'en moque assez, mais dans la Chambre, il faisait ses discours et puis il partait sans écouter les réponses. Quel sale type...

Là où l'héroïsme et le génie se manifestent, selon Jenkins, c'est d'abord que Churchill a toujours détesté Hitler, et que c'est super rusé de sa part de s'en être méfié dès le début. Sauf qu'une des raisons très héroïques, c'est que Hitler avait refusé de rencontrer Churchill quand il (Churchill) était en vacances en Bavière, et une autre, c'est que Churchill voulait être dictateur et ça l'écœurait qu'un autre y réussisse mieux que lui. Pis comme j'ai déjà dit, on peut pas avoir toujours tort; mais d'avoir détesté Hitler dès l'abord c'est pas vraiment un coup de génie.

1939, le Royaume Uni entre en guerre, et il se trouve que personne ne veut être Premier Ministre, alors le roi nomme Churchill. Pourquoi Churchill ? Bin parce que c'est le seul qui soit bien content qu'il y ait une guerre, pis comme il est toujours aussi insupportable, il empêche tout le monde de travailler, donc personne ne veut être responsable d'un gouvernement en temps de guerre s'il leur faudra travailler malgré Churchill. A part Churchill lui-même, tout le monde a été assez mécontent qu'il ait été nommé, mais il n'y avait pas d'autre solution. Alors là j'attends toujours l'héroïsme qu'on nous promet depuis 550 pages. Donc l'héroïsme de Churchill, c'était premièrement, de faire des discours, deuxièmement, de monter sur les toits pour regarder les bombardements aériens, vu qu'il adorait ça, et troisièmement, qu'après l'armistice français, l'Angleterre était seule à résister à l'envahisseur. Pis d'avoir insisté pour que les français se battent pour Paris, ça parait peut-être très héroïque pour quelqu'un qui n'avait rien à y perdre, mais moi je trouve que c'est bien plus rusé d'avoir livré Paris au lieu de la faire détruire.

Bon, pour les discours, c'est sûr qu'il faisait ça bien, mais faut pas croire que les discours gagnent les guerres. Pis d'ailleurs Hitler aussi faisait très bien les discours. Il se trouve que la psychopathie se prête très bien aux discours, et comme chacun sait, c'est pas le contenu du discours qui importe, c'est la forme qui excite l'audience. Donc bon, faire des discours efficaces en temps de guerre, c'est peut-être plus utile qu'en temps de paix, mais c'est toujours pas héroïque. Il aurait dû être ministre de la propagande, il aurait bien fait ça, alors que Premier Ministre, il assurait mal. Oui, l'Angleterre a résisté seule à l'envahisseur en 1940-41, mais c'était plus grâce à Hitler qu'aux discours de Churchill. D'un côté, il n'y avait pas l'occasion de se rendre ou de se faire écraser, puisque les allemands n'ont pas traversé la Manche ; et d'un autre côté, on ne pouvait pas non plus arrêter de résister, puisque les bombardements aériens continuaient. Donc on voit très mal en quoi Churchill aurait influencé le cours de la guerre à cette époque. Ni après, d'ailleurs. Il a passé la plupart de son temps à voyager de ci de là pour rencontrer Roosevelt et Staline, ce qui ne servait à rien d'un point de vue militaire, mais permettait à Churchill de prendre des vacances luxueuses aux frais du contribuable et de ne pas faire sa job. Par exemple, se rendant à Québec sur le Queen Mary en 1944, il était déprimé parce qu'il faisait trop chaud, mais il a néanmoins réussi à manger en un seul repas « des huitres, du consommé, un turbot, de la dinde rôtie, de la glace avec du melon, du fromage stilton et une grande variété de fruits, petits-fours etc, le tout arrosé de champagne (Mumm 1929) et un Liebfraumilch très remarquable, suivi d'un brandy de 1870. » Ouah, c'est vachement héroïque, pendant que les citoyens n'ont pas de quoi se chauffer ! (Néanmoins, il s'opposait héroïquement aux fronts peu actifs où « de grands nombres d'officiers s'installaient dans une inutilité confortable. »)

Jenkins apparemment trouve que c'était très héroïque de la part de Churchill de tant voyager alors que c'était fatiguant et dangereux et qu'il n'était déjà pas trop jeune. Moi je ne trouve pas. En plus comme je disais, ça ne servait à rien d'un point de vue militaire. Les Etats sont entrés en guerre à cause du Japon, et l'URSS à cause des allemands. L'opération Overlord est partie de l'Angleterre, soit, mais sous en général américain, et contre les vœux de Churchill qui était opposé à Overlord et voulait plutôt conquérir la Norvège et Sumatra. En 1941-42 il a héroïquement envoyé des blindés pour renforcer les divisions britanniques au Moyen-Orient, ce qui a été utile par la suite, mais bon, c'est toujours pas ça qui a gagné la guerre, et comme j'ai déjà dit, on ne peut pas toujours avoir tort. A part ça, il a héroïquement clamé haut et fort que le « droit des peuples à l'auto-détermination » ne s'appliquait certainement pas aux peuples qui se trouvaient sous la botte britannique ; il a héroïquement proposé les pourcentages à Staline, qui s'y est tenu ; il a héroïquement résisté à la création du deuxième front avant 1944, ce qui a évité beaucoup de pertes alliées, certes, mais ce que Jenkins oublie, c'est que ça a causé beaucoup de pertes soviétiques et en plus a failli aux obligations des anglo-américains envers les soviétiques; il a héroïquement abandonné les polonais à leur sort ; et il a héroïquement ordonné les bombardements intensifs, dont la destruction de Dresde.

A part de voyager, de se goinfrer, et d'être héroïque, il n'en foutait pas une. Entre autre, il ne gouvernait pas. La seule chose qui l'intéressait dans le gouvernement c'était le Conseil de Guerre, mais encore, seulement ce que lui avait à dire. Le Conseil travaillait dur, préparait des rapports détaillés, Churchill se pointait sans les avoir lus ou même s'être fait briefer par un secrétaire (dont il avait un grand nombre), puis il parlait d'autre chose pendant des heures, et prenait une décision sur les conseils de Bracken et Beaverbrook, ses deux lèches-bottes préférés, qui n'avaient ni l'expertise ni l'autorité constitutionnelle pour participer à ces décisions.

Donc, on comprend assez mal pourquoi par la suite Jenkins l'appelle « l'architecte de la victoire, » mais comme a dit Churchill lui-même, « l'histoire me donnera raison, puisque c'est moi qui vais l'écrire. » Et en effet, il a écrit encore un autre énorme mémoire de guerre. Sauf qu'il n'écrivait pas trop ses livres lui-même, alors que ses discours, si. Les politiciens normaux font plutôt l'inverse, ils écrivent leurs propres livres et font préparer leurs discours par des assistants qui ont le temps de se renseigner de façon à ne pas dire n'importe quoi. D'autre part c'est marrant de voir Jenkins essayer d'expliquer des comportements qui n'ont aucun sens tout en conservant l'image d'un homme bon et héroïque. Le meilleur exemple c'est que Churchill ne s'est pas donné la peine d'aller aux obsèques de Roosevelt, alors qu'il s'était incrusté chez les Roosevelt très souvent et qu'on croyait qu'ils étaient meilleurs amis depuis toujours. C'est sûr que par rapport aux gens normaux, c'est bizarre, mais pour un psychopathe, ce n'est pas du tout surprenant. Le psychopathe ne s'intéresse aux gens que dans la mesure où ils lui sont utiles. Les morts ne sont pas très serviables, Churchill n'en a donc rien à faire. Un autre signe c'est que « Churchill appelait rarement les gens (par aucun nom). Souvent il ne pouvait pas se rappeler leurs noms. » Ouais, ouais, très grand homme, en effet.

Après la guerre, le parti de Churchill s'est fait écraser, mais alors que le chef de parti normal, dans ces circonstances, démissionne tout de suite, Churchill a d'abord pensé qu'il resterait néanmoins Premier Ministre, et quand ça n'a pas été possible, il a héroïquement continué comme chef de l'opposition. Il a donc réussi à redevenir Premier Ministre dans les années 50, un peu grâce au système électoral britannique qui est très semblable au nôtre (canadien, j'entends) et donc très peu démocratique, et beaucoup grâce à la politesse britannique, qui faisait que personne n'osait lui dire d'aller se faire voir ailleurs. Son deuxième gouvernement, selon Jenkins, a été bien réussi, ce qui n'a rien à voir avec Churchill puisqu'il en faisait encore moins qu'avant, bien que s'étant nommé Ministre de la Défense en plus de Premier Ministre. Pendant cette période, sa principale occupation c'était de trouver des excuses pour ne pas démissionner malgré son âge avancé et son gâtisme de plus en plus prononcé (surtout après un accident vasculaire cérébral grave en 1953). Il trouvait donc toujours une crise de Guerre Froide qui ne pouvait être résolue que par lui, créant donc l'impression que si la Guerre Froide n'a pas plus mal tourné, c'est entièrement grâce à lui – alors qu'en fait il a beaucoup fait pour causer la Guerre Froide, et on voit très mal ce qu'il a fait qui aurait pu contribuer à la détente. Il a donc fallu que tout son entourage, et surtout Anthony Eden, le pousse pendant des années pour qu'il consente enfin à démissionner comme Premier Ministre, sans toutefois prendre sa retraite ; au grand dam des électeurs de sa circonscription, il a continué à se présenter jusqu'à sa mort à l'âge de 90 ans, et le parti l'a laissé faire bien qu'il n'ait pas dit un mot à la Chambre pendant ses neuf dernières années comme député.

Dans tout ça, il a également gagné le Prix Nobel en littérature en 1953, mais bon, Barack Obama a eu le prix de la Paix, donc ça veut pas forcément dire qu'il était très fort. Churchill aurait lui-même préféré le prix de la Paix, mais il a gracieusement envoyé sa femme à Stockholm chercher son chèque, avec ces mots héroïques : « £ 12.100 hors taxe, c'est pas pire ! » Cela dit, ses mémoires de la deuxième guerre ont gagné beaucoup d'argent qui a été déposé dans un trust, ce qui est également très héroïque mais surtout un bon moyen d'échapper aux impôts. Parce que c'est pas la peine de vivre aux frais du contribuable si le contribuable, c'est toi.

En conclusion, Jenkins nous dit que Churchill était en effet insupportable, égoïste et sybarite, mais surtout un homme politique « larger than life ». Ça c'est difficile à traduire parce que c'est un mot vide, ça ne veut rien dire, sauf peut-être insupportable, égoïste et sybarite – mais ça se veut mélioratif au lieu de péjoratif.


Bon. Donc cette année j'ai lu cinq biographies: Staline, Ivan le Terrible, Mao Zedong, Gandhi, et Churchill. J'aurais cru que Staline, vu la réputation qu'on lui fait, serait le pire de tous, mais en fait non, c'est le seul des cinq qui soit un peu sympathique et qui n'ait pas de tendances psychopathiques évidentes. D'ailleurs Service l'a bien dit lui-même, il s'attendait à trouver des signes faciles de maladie mentale, ou d'une enfance pathogénique, bin non. Staline c'était plus ou moins un gars normal, né d'une famille pauvre et troublée dans un coin pauvre de la future URSS, qui s'est retrouvé au pouvoir parce que justement, les autres n'avaient pas peur de lui. Gandhi, comme je l'ai déjà dit, a eu l'avantage énorme d'une famille riche et très aimante, mais s'il avait été élevé par le père de Staline, il aurait très mal tourné. Mais entre les cinq, les deux qui se ressemblent le plus c'est Churchill et Mao. Donc ce que ça prouve surtout, c'est que le pouvoir attire les psychopathes comme la merde attire les mouches, et la seule protection c'est une Constitution ferme qui sépare les pouvoirs, et surtout le pouvoir exécutif du pouvoir militaire.

Pis la deuxième morale de cette histoire, c'est que maintenant je vais lire des biographies de gens qui sont morts jeunes, à commencer par Che Guevara, parce que les vieillards qui s'accrochent au pouvoir jusqu'à la mort, j'en ai ma claque. Mais comme je viens de passer huit semaines sur Gandhi et cinq semaines sur Churchill aux dépens de mon violon et autres passe-temps, je déclare l'Avent comme trêve de lectures politiques. Donc, plus de biographies jusqu'à 2012.


A part ça, comme je pouvais pas supporter Churchill non-stop pendant cinq semaines, j'ai aussi lu pour me détendre :

Livres n°85 à 90 : les lettres aux Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, et l'Apocalypse. Bon, je dois dire qu'à la longue, Paul me court sur l'aorte, pis il écrivait un peu la même chose à tout le monde. L'Apocalypse, par contre, c'est sympa, je le recommande. Et le plus important c'est que ceci conclut ma lecture du Nouveau Testament. Par contre il me reste encore 71% de l'Ancien, dont le Pentateuque et tous les livres historiques, alors ça va être une grosse galère. J'aurais pas dû commencer par les livres les plus sympas.


Livre n°91 : Challenging the myths of autism, Jonathan Alderson, 2011.
Ça je l'ai lu parce qu'entre autres clients de navette pour handicapés, j'ai deux petits garçons de huit ans autistes, donc je voulais me renseigner un peu. Bin c'est génial, ce livre, je suis tout à fait d'accord avec lui. Si vous avez des autistes dans votre cercle, je le recommande énormément.


Livre n°92 : Without conscience : the disturbing world of the psychopaths among us, Robert D. Hare, 1993.
Bin oui, parce que c'est bien beau de dire que tout le monde est un sale psychopathe sauf moi et Staline, mais encore faudrait-il se renseigner un peu sur la nature et fonction de la psychopathie. Alors Robert Hare c'est un des expert les plus respectés sur le sujet, ayant entre autres créé le test clinique pour le diagnostic de la psychopathie. Comme les psychopathes ne sont pas « fous » au sens psychiatrique ou légal, et comme ils se sentent très sains d'esprit et supérieurs à la moyenne, il y a rarement l'occasion de diagnostiquer un psychopathe sauf dans les prisons ; mais la plupart des psychopathes sont ce que Hare appelle « subcriminal » et échappent donc aux systèmes pénal et psychiatrique. On estime que 3 à 4% des gens sont des psychopathes, ce qui donne un sens plus inquiétant au bon mot selon lequel « la majorité des gens sont cons ; la minorité aussi, mais ils sont moins nombreux. » Cet ouvrage de vulgarisation nous donne donc une idée générale de comment reconnaître un psychopathe et comment s'en protéger. Si vous avez connu des psychopathes, vous reconnaitrez tout de suite les comportements décrits par Hare ; et si vous avez la chance de ne pas en avoir connu, ou la malchance de ne pas vous apercevoir quand il y a quelque chose qui cloche sérieusement, je vous recommande de lire ce livre avant que l'un d'eux ne vous prenne au piège.

Cela dit, le truc le plus triste dans ce livre c'est quand Hare décrit la victime préférée du psychopathe... et c'est moi. Mer-deuh ! Bin ça explique beaucoup de choses, remarquez...


Livres n°93 à 99 : The Mole Sisters and the way home ; The Mole Sisters and the cool breeze ; The Mole Sisters and the wavy wheat ; The Mole Sisters and the blue egg ; The Mole Sisters and the rainy day ; The Mole Sisters and the question ; The Mole Sisters and the busy bees, Roslyn Schwartz.
Ça aussi c'est pour l'ouvrage, parce qu'un de mes petits autistes adore les Sœurs Taupes, alors j'ai voulu me renseigner. Aaaaaaaaaaah... Bin ça détend, les taupes. C'est bien mieux que Churchill, en tout cas. Je le recommande.


Livre n°100 : Into thin air, Jon Krakauer, 1997.
Le 10 mai 1996, une tempête a surpris 18 alpinistes sur le sommet de l'Everest. Forcés de passer la nuit sur la montagne sans abri et sans oxygène, à plus de 8500 m d'altitude, cinq sont morts, dont trois guides. Par hasard, il y avait également ce jour-là un journaliste au sommet : Jon Krakauer. Il y avait également au Camp de Base une équipe qui filmait un documentaire pour IMAX, lequel j'avais vu quand il est sorti. Donc Krakauer, étant journaliste, a écrit un livre sur le drame, et je l'ai trouvé dans l'Echange de Livres de la bibliothèque, et donc je l'ai lu.

Bon. Euh... Bon. Alors si vous n'avez pas envie d'escalader l'Everest, je pense que ça ne vous intéressera pas trop, et si vous en avez envie, vous avez déjà lu plein de livres de ce genre, genre Frison-Roche, Herzog, Cherry-Garrard, etc. Donc vous savez déjà pourquoi c'est tellement infernal, et la question que vous vous posez, c'est « et moi, comment je me serais comporté ? » Let the reader understand.


Voilà. Il y a encore six semaines de ce défi. Comme je l'ai déjà dit, c'est un peu plate, puisque ça n'a pas suscité de discussion ; mais comme j'ai passé toute l'année chez moi à ne rien faire, c'est une façon comme une autre de passer le temps. Je vais peut-être le refaire l'année prochaine, pas comme « défi » mais pour continuer à passer le temps. Soit je serai encore chez moi à ne rien faire, ce qui est bon signe socialement sinon professionnellement et financièrement, soit je repartirai sur les chantiers au printemps et je n'aurai plus le temps de lire. Chaque résultat a ses avantages et ses inconvénients. Mais quant au reste de 2011, je pense que je vais plus me concentrer sur ma musique et moins sur les livres.