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jeudi 7 février 2013

Bonjour, Winnipeg!

Bonjour, blog abandonné!

Je suis rendue à Winnipeg depuis mardi dernier, 29 janvier. Mais pour commencer plus ou moins au début, ça m'a pris cinq semaines de faire mes malles, pendant lesquelles semaines j'ai découvert que ma Fnord n'est pas aussi spacieuse que je croyais, et que j'ai accumulé beaucoup de stock en cinq ans dans mon aparte de la tour. J'ai fini par abandonner quelques trucs dont mon sapin de Noël artificiel, bon le sapin c'était pas trop grave, mais comme je suis paresseuse, je n'enlève jamais les décorations, je mets le sapin entier dans la boîte... alors du coup toutes mes décorations de Noël sont parties à la poubelle. Zut alors... J'en avais que j'aimais bien.

Il n'y avait pas non plus de place pour mes plantes, mais ça c'était moins grave parce qu'au dernier moment la gamine d'une amie qui était venue voir si elle voulait les trucs que je n'emportais pas a déraciné mes deux baobabs, qui étaient dormant depuis des mois. Oh la la... C'est mal vu de mettre des baffes aux gosses des amies, mais bon, comme j'avais justement pas de place pour les baobabs, j'ai trouvé que c'était une bonne excuse pour les abandonner. C'est pas bien difficile de faire germer des baobabs, j'en aurai d'autres. Pis la copine a également emporté ma guitare (presque neuve, la guitare, ça m'a fait un peu ièche mais pareil, j'avais pas de place; ce qui est navrant c'est que si je m'en étais rendu compte plus tôt, j'aurais pu la vendre pour de l'argent au lieu de l'abandonner à une amie pauvre).

En plus il faisait un temps atroce, -27C et un vent du nord, mes doigts gelaient dès que je sortais de l'immeuble. Pis une fois que tout a été dans la voiture (enfin tout ce qui tenait), je me suis rendu compte que c'était trop lourd, les pneus arrière avaient l'air un peu aplatis, et bien sûr à 21h30 le dimanche à Hay River, pas moyen de les faire regonfler. Bin tant pis, il faudra que ça tienne au moins jusqu'au matin.

Bon. J'avais prévu de partir à 21h00. J'ai quitté l'immeuble à 21h30, je suis passée au Shell pour prendre de l'essence et du café, et voilà, je suis partie de Hay River. Pas grand-chose d'autre à dire sur ça, en fait. On croirait que j'aurais fait des discours, organisé une soirée d'adieux, un truc comme ça, bin non. Parce que d'abord, si je partais, c'est un peu beaucoup parce que j'en avais trop marre des gens de là et plus rien à leur dire, pis pendant les trois mois que ça m'a pris de me préparer à partir, ils m'ont tellement pompé l'air que j'ai fini par être bien contente de me tasser.

Le truc le plus insupportable, pendant ces trois mois, c'était de loin les gens qui continuaient à ne penser qu'à eux. Fais mes impôts! Intéresse-toi à mes problèmes! Donne-moi de l'argent! Nan mais tu la veux, la baffe? Je pars demain, pour toujours, j'ai 2400 km de route et j'ai pas fini d'emballer, et toi t'insistes à me tenir le crachoir avec des bêtes histoires de TES problèmes? C'est la dernière fois de ta vie que tu me vois et t'es encore à parler de toi? Farme ta yeule et tire-toi de devant moi, j'ai à faire.

Attends, y en a une encore mieux. La femme d'un membre du clergé, qui aime à expliquer en long et en large comment la fois où son mari était en détox, le psychiatre du centre de détox l'avait accusée, elle, d'être incroyablement narcissiste. Ouais. C'est un peu surréel, quand-même, d'écouter quelqu'un se plaindre pendant des heures qu'on l'accuse faussement de narcissisme. M'enfin bon, quand on est chez quelqu'un, faut bien prétendre écouter. Même si j'y étais pour l'étude de Bible et pas pour ses histoires de comment la cure de détox de son mari ce n'est important que parce que ça prouve qu'il la traitait mal. Enfin bon. Chez elle, passe encore. Mais quand elle me voit dans la rue, ce qui arrive souvent dans un bled de cette taille, elle commence à parler (d'elle-même, bien sûr) sans me dire bonjour ni même s'assurer d'avoir mon attention. Je vous disais-t-y pas qu'y en a qui méritent des baffes? Mais bon, le dernier jeudi avant que je m'en aille, je la vois au supermarché, je dis "bonjour, ça va", et elle me dit...

"Oui, ça va, et ton chien?"

Je rêve. Tu me demandes comment va mon chien? Nan mais t'as une fuite de gaz chez toi? C'est incroyable des gens si muffles.

Donc ouais, déjà, rien que pour ça, j'étais pas trop triste de partir, mais en plus, ça c'est su, parce que tout le monde parle de moi, alors les gens me demande "ah bon, tu pars, où ça?" Et quand je dis Winnipeg, ils se mettent tous à m'expliquer que Winnipeg, c'est la grosse dèche.

Hein? Mais tu compares à quoi, là? Parce que tu crois que Hay River, c'est moins la dèche que Winnipeg? Pis t'y as vécu combien de temps, à Winnipeg? "Moi j'y étais un jour y faisait -39 C." Ah bon, UN jour? Farme ta yeule.

Sinon y a "Winnipeg, c'est brutal." Ah bon? Comparé à quoi? Selon McLean's, Winnipeg est la 9ème ville plus dangereuse du Canada. Après Prince George, Victoria, Saskatoon, Red Deer, Regina, Grande Prairie, Kelowna and Fort Mac. Pourtant toutes ces places ont une bonne réputation, sauf peut-être Fort Mac. De plus, le taux de criminalité à Winnipeg est en baisse, alors que dans les Ténos il monte. La déviation de la moyenne canadienne est six fois plus aux Ténos qu'à Winnipeg. Dans les cinq dernières années, il y a eu quatre morts violentes dans ou devant mon immeuble; quatre personnes que je connaissais. Et chaque fois ça prend des heures de faire enlever les cadavres. Une fois j'ai été réveillée à 4h00 par la chute d'un personne du 12ème étage; bin ça a pris ONZE HEURES avant que la gendarmerie enlève son corps. C'est pas brutal, d'avoir un cadavre devant chez toi pendant onze heures?

Pis un autre truc c'est que à Hay River j'ai contribué à mettre deux gars en prison pour un total de 75 jours. J'ai eu deux collocs qui ont fait du temps pas seulement en prison mais au pénitencier. A Hay River, mon voisin vend du crack. D'ailleurs avant de vivre à Hay River, je ne savais pas reconnaitre quelqu'un qui est sous l'influence; maintenant je peux reconnaitre quelle drogue ils prennent. Alors dis-moi encore comment Winnipeg c'est pire que Hay River?

Attends mais c'est pas tout! Ils me demandent "qu'est-ce que tu vas faire, à Winnipeg?" Euh... Hein? Qu'est-ce que je fais à Hay River? Rien. Je dis à un gars, "d'abord, ils ont la meilleure troupe de ballet du Canada", et lui y me dit "ouais mais le ballet, c'est nul, non?" Ah bon? Alors je lui dis "t'as déjà vu ça, toi?" "Nan, mais c'est... mais c'est nul, non?" Ouais bin t'es natif alors je te dis qu'un chose: le ballet, c'est vachement plus difficile que la danse du cercle.

Après y a la bibliothécaire. Elle me demande ce que je vais faire, j'y dis "bin d'abord je vais me trouver une job." Et elle me dit "ah bon?" Bin oui, j'y dis, y a bien plus de jobs à Winnipeg qu'à Hay River. Alors elle me dit... "ah bon tu crois?" Nan, je crois pas, je le sais. Et alors attends, c'est encore meilleur, elle me dit "t'es bin sûre de ça?" Ça va pas chez elle.

Bon. Tout ça pour vous dire, en fin de compte, j'ai été bin contente de partir, pis je me suis pas donné la peine de dire au revoir aux gens. Ceux qui se sont donné la peine de m'inviter, je suis allée prendre un café avec, les autres, tant pis pour eux.

Et hop, je suis partie. Mais bon là ça vient de me prendre super longtemps d'écrire tout ça pis pour le voyage, c'était pas passionnant. On a beau me dire "c'est une aventure", bin ça l'est pas du tout. Vous vous rappelez quand j'ai fait Calgary – Inuvik en Toyota Corolla? Ça c'était une aventure. Hay River – Winnipeg, c'est 2400 km, mais c'est 2400 km qu'y se passe rien. Rien. Mais rien. Bon, y a eu les collines de Whitecourt, avec la Ford surchargée, ça m'inquiétait un peu, mais j'ai un moteur énorme, les 650 kg de cargo n'ont fait aucune différence.

Le gros challenge dans cette affaire c'est la traversée du Saskatchewan, que j'ai faite de nuit. Alors, ça, je vous jure, c'est digne de Felix Baumgartner et la traversée de l'Ile-de-France en RER B. Vous savez peut-être que le Saskatchewan, c'est plat. Comme on dit dans le reste du Canada, au Saskatchewan tu peux regarder ton chien s'enfuir de chez toi pendant trois jours. Mais ce qu'on sait moins c'est qu'en plus les routes n'ont ni réflecteurs, ni panneaux, ni aires de repos, ni... rien. Incroyable. 700 km de route avec RIEN pour attirer l'attention de l'automobiliste et l'aider à rester éveillé. Les pire 700 km de ma vie, de loin.

Bon enfin bref, tout ça pour vous dire que j'ai utilisé mes changement de statut Facebook, envoyés de mon perso (après m'être soigneusement garée selon la loi), pour créer une carte sur laquelle vous pouvez retracer mon parcours, comme ceci:


View Driving to Winnipeg in a larger map

Vous pouvez zoomer pour voir plus de détail et cliquer sur les panonceaux pour lire les messages. Bon, c'est en anglais, parce que je fais pas Facebook bilingue. Pis si y'a des questions j'y répondrai un autre jour parce que là j'avais prévu de me coucher tôt et à force, il est passé minuit. Alors bonne nuit à vous autres de Winnipeg!

mercredi 5 septembre 2012

Keskeucé ?



Ça c'est dans les bois derrière chez moi, où je me promène avec Sa Majesté. Vous savez ce que c'est, vous autres ?

samedi 21 juillet 2012

Bon matin, Hay River !


Y'a un camion plein de toilettes devant chez moi.

Faut pas trop se poser de questions, dans ce patelin.

dimanche 6 mai 2012

La débâcle

Comme je vous ai déjà raconté, la débâcle des glaces sur la Rivière des Foins est l'événement le plus attendu de toute l'année. Tous les ans, on va voir la rivière plusieurs fois par jour, même si ça ne permet pas de prédire le moment où ça va bouger. Puis, quelqu'un en amont prévient les villageois. « C'est ouvert au kilomètre 32. » (Nous mesurons la rivière à l'envers, de l'embouchure à la source.) On s'émeut. Est-ce que ça va inonder ? Où sont les pompiers ? Pourquoi le maire ne fait-il rien ? Et le gouvernement ?

Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, c'est que ce n'est pas la météo ou l'état de la glace ici au village qui prédit la débâcle, mais le dégel en amont. Toutes les neiges qui fondent et se déversent dans la rivière, de sa source près de Jasper AB (dans les Montagnes Rocheuses canadiennes) jusqu'ici, forment une vague qui soulève la glace devant elle et la brise. Pas de vague, pas de débâcle.

Bin justement, cette année, il y a très peu d'eau en amont, alors la vague est très faible et a eu bien du mal à pousser la glace. Normalement ça devrait prendre, si je me souviens bien, neuf heures des Chutes d'Alexandra à chez nous ; cette année, on a attendu deux jours après l'annonce de « km 32 ». Bizarre, bizarre... Enfin mercredi, en début d'après-midi, les pompiers nous ont annoncé que la glace était cassée au pont de Pine Point, à 8 km en amont. Pourtant elle ne bougeait pas, faute toujours d'une vague qui puisse pousser la glace. Puis juste avant cinq heures, ça s'est tout cassé du pont de Pine Point jusqu'au Bras Ouest de l'estuaire, et de là au lac. Mais le cours principal de la rivière est resté solide. Alors tout de suite, l'eau monte. Je n'ai pas eu l'occasion de voir la jauge au plus fort de la crue, mais ça a bien dû faire douze pieds (3,66 m) sous le pont. Et c'est resté comme ça pendant deux jours. Ça baissait très lentement. La glace n'avançait toujours pas. Vendredi après-midi, pourtant, la rivière était enfin ouverte au pont de Pine Point, et samedi matin, quand je me suis levée, hop, toute la glace était partie, comme par magie.

La débâcle, ça ne donne rien en photos, bien que je m'acharne à essayer, ni même en vidéo. Parce que d'abord, ce qui est impressionnant, c'est le son de la rivière. La glace craque, pas très fort chez nous car ce n'est qu'une petite rivière, et puis quand elle est en mouvement, on l'entend se broyer. Parfois un gros morceau se retourne bruyamment. La glace en chandelle se brise avec un bruit gai et léger, comme des breloques de verre. Puis, inévitablement, quelque chose se coince, et tout à coup il n'y a plus un son, et alors on sait que l'eau commence à monter. Il y a aussi les cris des goélands, qui s'énervent de n'avoir nulle part où se poser. La nuit, de mon balcon, on l'entend encore gronder doucement, et au matin on croirait qu'il y a des milliers d'oiseaux, ils chantent si fort. Les grues arrivent avant la débâcle et on les entend dans le lointain. Les villageois sont soudain plus souriants, plus amicaux. L'air parait toujours plus chaud dès que la rivière casse ; je crois même que c'est pour de vrai, car la glace, c'est un fait, refroidi l'air. Lorsqu'elle se casse, la chaleur s'élève de l'eau. Puis à mesure que la glace s'évacue dans l'estuaire, l'air se réchauffe.

Le premier matin où on se réveille sans glace, on remarque deux choses : le chuintement de l'eau vive dans la rivière, et la douceur vivante de l'air. La rivière a une odeur agréable, verte et brune, chaude et pleine de vie. Les arbres et l'herbe y répondent et tout se met à verdir et à grandir. On ne le voit pas tout de suite à l'œil nu, mais on le sent. Les villageois sortent dans leurs jardins et se mettent à ratisser les débris de plante de l'an passé. On se précipite dans les magasins pour acheter du terreau, des graines, des meubles en osier. Les oiseaux ont leur plus beau plumage et s'égosillent à chercher leur partenaire. Les gens aussi ôtent leurs manteaux et leurs bonnets et se promènent en tenue printanière, même le soir quand le vent vient du lac et qu'il ne fait pas bien chaud. Pendant quelques jours, on croirait même que chacun aime son prochain.

Donc je vous mets quelques photos, mais ça ne vous dira rien. Il faut vraiment vivre ici pour comprendre ce moment de la débâcle.



Paix !

dimanche 22 avril 2012

C'est le printemps !

Les goélands sont arrivés jeudi soir. Vendredi matin ils étaient sur tous les lampadaires, et les villageois souriaient et se saluaient cordialement. Les goélands ne sont pas les premiers oiseaux du printemps, mais comme ils sont de loin les plus bruyants et les moins farouches, tout le monde les reconnait.

dimanche 4 mars 2012

Revoilà la course à dix chiens!

Hé bin. J'ai presque rien pris comme photos depuis les courses de chiens 2011. Entre la grève du chien (de mon chien, j'entends, qui n'a plus autant d'énergie qu'il y a cinq ans) et l'hiver complètement pourri, j'ai en fait à peine sorti l'appareil-photo depuis des mois. Alors aujourd'hui, premier weekend de mars, c'est les courses de chiens, et on voit bien que je n'ai plus l'habitude... J'ai hyper mal tiré. Et en plus j'avais un de mes petits autistes à surveiller. Enfin, tant bien que mal:


Le n°7 attend le départ. Dans cette photo, mon jeune ami (appelons-le Grand Lin) est sur ma droite, donc très près des chiens. J'avais peur qu'il ne fasse quelque chose d'imprévisible, mais il s'est très bien tenu. Remarquez que les chiens tirent déjà. Ils sont attelés au traîneau, et le traîneau, si vous regardez bien, il est attaché à quelque chose – dans ce cas, le camion de l'équipe. De la main droite, le musher tient une cheville de plastique blanche. Au coup de pistolet, il la retire, et:


Voilà, c'est parti. Pour la course à dix chiens, ils partent tous en même temps, et c'est marrant parce que du coup les chiens arrêtent d'aboyer. Donc contrairement aux chevaux ou aux voitures, il se fait un silence un peu étrange juste après le coup d'envoi. Grand Lin a eu l'air de trouver tout ça très amusant.

A peu près une heure plus tard, les revoilà.




Celui-ci a perdu son équipe. Ça ne peut pas être le traîneau derrière lui, car il a ses dix chiens. Alors le chien seul continue à courir, mais il a l'air un peu perplexe.



Le n°12 a repéré la galerie de presse et est gentiment venu passer devant nous.


Le n°11 aussi.


Malheureusement, prendre des photos de quelque chose qui s'approche à grande vitesse, c'est pas évident. Cette photo aurait été géniale si l'autofocus avait attrapé la première paire de chiens plutôt que la dernière.


Du coup le gars a raté sa chute de départ. Le traîneau à dix chiens, c'est rapide, mais pas très maniable.

Bon. Donc, "peut faire mieux." (Mais au moins la journaliste du canard local est jalouse de mes photos. C'est toujours ça de pris.) J'espère qu'il fera beau cet été, au moins, que je puisse me refaire la main.

mercredi 1 février 2012

Encore pire que l'iode

Une de mes clientes de navette pour handicapés a 83 ans. Sa fille aînée en a 61. Récemment, la fille en question est allée chez le médecin, ou ce qui passe pour tel chez nous. On lui a fait subir tout un tas de tests, dont... un test de grossesse.

Oh la la...

Qu'en dire, vraiment ?

mardi 24 janvier 2012

Pas assez d'iode dans le sel ?

Un sondage local a demandé aux villageois quel a été l'événement le plus important dans le monde en 2011. Réponse : le mariage du prince... lequel, d'ailleurs ? J'oublie. Le fils de Charles.

Hein ?

Non, je ne vous mens pas, ils ont vraiment choisi le mariage de Prince Boring comme événement le plus important du monde en 2011. Bon, d'accord, je ne vis pas ici pour la conversation stimulante des autochtones, mais quand-même, ça me laisse pantoise.

Comme dit mon amie roumaine, ce qui intéresse le peuple ici, c'est le pain et les jeux du cirque.

dimanche 6 novembre 2011

On ne peut pas tout avoir

J'adore mon job avec la navette des handicapés. Bon, ça ne paie pas beaucoup, mais c'est très peinard, les handicapés sont gentils et dans l'ensemble pleins d'humour et de bonne humeur. Le seul ennui, c'est que l'argent pour me payer vient du conseil municipal qui le reçoit du GTNO, alors vous voyez le problème... Surtout que nous venons de soumettre notre budget, selon lequel je recevrais une augmentation, alors si j'écris une lettre désobligeante pour le conseil et que le journal local la publie, je pense qu'ils ne risquent pas trop de me la voter, l'augmentation. Et justement, j'ai beaucoup de choses désobligeantes à dire, surtout sur le maire. Je l'avais déjà dit lors de la campagne électorale en 2009: ce gars est un "blowhard". Il ne pense qu'à lui, n'a aucune idée de la gestion d'une ville ou de ce qui se fait ou ne se fait pas entre gens civilisés, et en plus il est d'une bêtise absolument stupéfiante. Pas étonnant donc qu'il ait été élu, il est le prototype du Hay Riverois de base: complètement incompétent mais tout aussi complètement convaincu d'être plus malin que tout le monde.

Un exemple simple et facile à écrire (parce que là j'ai mal à la tête et j'ai pas trop envie d'écrire un truc compliqué). Un des conseillers avait 18 ans quand il a été élu. Moi je trouvais ça bête, il ne sait rien qui puisse être utile à la gestion d'une ville. Représenter la jeunesse, blah blah blah, très bien, mais je ne vois pas en quoi la réfection des égouts ou les contrats d'entretien de la voierie seraient mieux gérés avec une perspective "jeunesse." Enfin bon, passons.

Après 18 mois comme conseiller, le jeune démissionne pour aller faire des études. Ah bon? C'est bizarre ça, il aurait pu aller les faire avant ou après son mandat, pas en plein milieu, et puis pourquoi démissionner en juin quand les écoles ne commencent qu'en septembre? Mais bon, c'est sa vie, hein. Quelques semaines plus tard, le maire explique au journal que non, le gars n'a pas démissionné pour faire ses études, c'est le conseil qui lui a demandé de partir parce qu'ils ont trouvé des fichiers "douteux" sur son ordinateur d'ouvrage. En voilà un connard... Le conseil a demandé au jeune de partir volontairement, justement pour ne pas avoir à donner de raison, et cet attardé mental de maire décide de "corriger l'impression erronée" qui a donc été produite par cette démission apparemment volontaire. Absolument dégueulasse. Et je peux l'écrire ici parce qu'il y a peu de chance que ce gros tas minable comprenne le français, ou se donne la peine de se renseigner sur l'opinion populaire, à moins que ce soit la même que la sienne.

Enfin bon, si on n'avait élu qu'un maire attardé mental, ça serait pas trop pire, mais malheureusement on a plusieurs conseillers de la même engeance, en particulier Langille et Dueck. Enfin Dueck on ne peut pas être sûr car il ne dit presque rien. C'est sympa de se faire élire pour ne rien faire... Bon, vu sa performance de campagne, on pouvait s'y attendre, mais est-ce que ses copains l'ont vraiment élu pour tirer un chèque mensuel et ne rien faire pour eux? Il me faudrait des copains comme ça... Langille, par contre, aucun doute, il parle haut et fort et plus c'est bête, plus il est content de lui. Et puisqu'il y a sept conseillers depuis la démission forcée de Kruger, il en faut encore deux pour faire passer les résolutions idiotes des autres, alors c'est lesquels? A mon avis, Maher et Wallington. D'ailleurs c'est pas trop difficile à deviner quand on regarde qui a voté pour quoi.

Bon, je vous raconte le truc compliqué après tout, parce que j'ai du temps à tuer (ça serait encore plus compliqué de vous expliquer pourquoi). Depuis plusieurs mois, le conseil contemple un projet d'arrêté municipal sur les véhicules tout-terrain. Il y a beaucoup de fans de véhicules tout-terrain ici, la plupart sont à peu près normaux et on ne les voit jamais, mais il y a toujours quelques crétins qui détruisent les pistes de marche et de ski, ou les gazons des autres, et qui en gros, font chier tout le monde. D'autre part la plupart ne sont pas assurés, donc dans les collisions fréquentes qu'ils causent, c'est pas eux qui payent les factures. Le policier municipal voulait donc un arrêté pour 1) forcer les utilisateurs à être assurés, 2) interdire aux moins de 14 ans de faire du véhicule tout-terrain sur les routes et 3) leur interdire l'accès aux endroits où on n'en veut pas. C'est raisonnable, non? Bin oui, c'est bien ça qui fait chier le maire et ses quatre crétins. Sans compter Dueck, qui donc ne dit jamais rien, cet Axe des Vilains a déclaré que cet arrêté est "la dernière chose dont Hay River ait besoin", mais ils ont aussi dit qu'il y aurait une consultation avec le public avant le vote. Bon. D'abord c'était censé être en septembre. Puis ils l'ont enfin annoncé pour le 11 octobre. On arrive donc le 11 octobre et Monsieur le Couillon de Maire nous informe que nous, le public, on va fermer nos yeules et juste écouter le policier municipal présenter son ébauche d'arrêté. Bon. On écoute. Puis on écoute Schofield (le maire) et Langille dire des trucs d'une connerie stupéfiante.

Le maire: "moi mes trois gosses (de moins de 10 ans, NdE) ont chacun un 4x4 et une motoneige, tu vas leur interdire d'être sur la route, t'es-tu fou, comment je vais pouvoir faire le plein de leurs machines s'ils peuvent pas être sur la route?" Ben tiens, couillon, tu prends un jerrican, tu le remplis à la station-essence, tu le rapportes chez toi, tu remplis les machines. Si t'es trop con pour trouver cette solution toi-même, on voit mal pourquoi t'es maire. Mais puisque le public est prié de fermer sa yeule, on peut pas le lui dire. Pis tes sales gosses ils vont tous être gros et bêtes comme toi, si par malchance ils ne se tuent pas avec leurs stupides véhicules tout-terrain avant d'atteindre l'âge adulte.

Langille, c'était tout aussi con, mais moins ciblé sur sa propre stupidité, donc plus difficile à résumer. Les autres, on sait que O'Brien, Cassidy et Latour étaient a priori pour un arrêté, peut-être avec des changements, Maher et Wallington étaient contre puisqu'ils l'ont dit aux journaux, et Dueck devait être contre puisque c'est ce parti qui a gagné.

Gagné quoi exactement? Bin ils ont rejeté l'arrêté dans sa totalité, au lieu de l'améliorer clause par clause jusqu'à ce qu'il convienne. Sans consultation publique. Et en plus ils ont changé la date du vote, c'était censé être présenté le 7 novembre, bin ils ont voté cette semaine. Enculés... Et par là j'entends Schofield, Langille, Maher, Wallington, et probablement Dueck. Les trois autres, Latour, O'Brien et Cassidy, je voterai pour eux la prochaine fois.

Alors attendez, c'est encore plus marrant, ils ont décidé qu'au lieu d'un arrêté, on va "éduquer" les conducteurs. Mais comme le conseil ignorait même l'existence de l'Association de Motoneige de Hay River (laquelle soutenait l'arrêté, d'ailleurs), comme le maire ne comprend pas l'usage du jerrican, et comme Langille pense que c'est "un point d'honneur" pour un gars en véhicule tout-terrain d'échapper aux agents de la paix qui voudraient les éduquer, ça risque pas trop.

Dans tout ça, je blâme également le journal local pour avoir écrit plusieurs articles selon lesquels la population ne soutenait pas l'arrêté, sans aucune interview pour prouver cette thèse, et bien que plusieurs personnes (dont moi) leur aient écrit pour soutenir l'arrêté, tandis que le journal territorial et la chaine de radio territoriale ont tous les deux trouvé beaucoup de monde à interviewer qui justement le soutenait aussi.

Enfin bon. Plus que 11 mois avec ces abrutis; avec un peu de chance, on en élira peut-être de meilleurs l'année prochaine. (Euh... bon, d'accord, ça c'est peut-être un peu trop optimiste.)

samedi 29 octobre 2011

Petit-déjeuner avec aigle

On me demande souvent pourquoi j'habite dans un trou perdu comme Hay River où "il ne se passe jamais rien."

Bon.


Ça, c'est la vue de mon balcon, ou de ma cuisine puisqu'elle donne sur le balcon. Pas intéressant? Bon, mais voyez le détail:


Toujours rien d'intéressant?


Si, là, vous voyez bien, il y a un point blanc.


Chef-d'œuvre du zoom énorme avec peu de lumière: un pygargue à tête blanche complètement flou. J'aurais pu mettre le trépied, mais il est dans la voiture depuis mai à attendre qu'on parte pour Rocanville. Tien, il faudrait peut-être que je le récupère, pendant que j'y suis.

Enfin, bon, voilà, il ne se passe peut-être "jamais rien", mais n'empêche que moi je prends mon petit-déjeuner avec un pygargue à tête blanche, alors, hein, bon.

dimanche 18 septembre 2011

Mes voisins sont étranges

Vendredi soir dans le foyer de l'immeuble. J'attends l'ascenseur. Mon voisin, le soudeur du 8ème, entre côté cours, portant le costume traditionnel de Hay River (sandales et grosses chaussettes) et un étui oblong et rigide qui pourrait contenir un fusil.

Moi: (à part) Les gens ne se promènent pas avec un fusil comme ça, il doit avoir un instrument de musique ou des queues de billard. (au voisin) T'as quoi dans l'étui?
Voisin: Un fusil.
Moi: Ah bon? Tu chasses quoi?
Voisin: Je chasses pas, j'étais à la pèche.
Moi: Tu pèches avec ton fusil, toué?
Voisin: Non, c'est pour me protéger.

J'entends bien, mais tu crois que Moby Dick passe sa retraite dans le Grand Lac des Esclaves, ou quoi?

Nan, je rigole. Le fusil c'est pour se protéger des ours, bien sûr. Pis pour les moustiques y a la DCA. Haha, nan, c'est une blague locale, genre nos moustiques sont tellement énormes que... Bon d'accord, elle est moins drôle pour vous autres.

Mine de rien, ce voisin est un des plus stimulants intellectuellement, suivi de près par le gars du 11ème qui a eu un accident vasculaire cérébral il y a 14 ans et a du mal à enchaîner deux mots, sauf "oh, fuck!" Sinon avec les autres voisins on parle de chiens (ceux qui en ont) ou de quand le propriétaire pense se décider à mettre redémarrer le chauffage (les autres).

samedi 9 juillet 2011

Comment acheter des fruits dans une petite ville

Je me rends au supermarché et j'y vois des fruits qui me tentent. Je les mets dans mon panier, puis je vais chercher le pain, le lait, le beurre, tout ça. Je me rends à la caisse. Comme j'ai moins de 12 articles, je prends la file « express ».

Bon. Jusque-là, c'est comme chez vous, non ?

Mon tour arrive.

Caissier : Alors ça c'est des pêches, oui ?
Moi : Non, c'est des abricots.
Caissier : A-bri-cots. Bien. Et... ça ?
Moi : Ça c'est des poires.
Caissier : Des poires.
Moi : Et ça c'est un fruit de la passion.
Caissier : Un quoi ?
Moi : Un fruit de la passion.
Caissier : Euh...
Moi : C'est $2,19 chaque.

Le fruit de la passion n'a pas d'étiquette. Le jeune homme essaye donc de taper « passion fruit », mais il n'a pas dû savoir l'épeler car la caisse n'a rien trouvé. Il sort donc la liste des codes, mais ce n'est pas dessus car ils n'en ont que très rarement. Il s'adresse à la caissière de la file d'à côté, mais elle non-plus n'en a jamais entendu parler. Il faut donc faire venir la surveillante, qui n'en sait pas plus. Elle décide de se rendre au rayon pour copier le code.

Pendant qu'on l'attend, je m'excuse auprès des autres clients pour avoir embouteillé la file express. Ils s'intéressent tous au fruit-mystère. C'est un quoi ? Un fruit-de-la-pas-sion. Jamais entendu parler de ça. Bin vous devriez essayer, ça goûte bon.

Au bout d'un moment, on voit la surveillante s'approcher d'un pas ferme, mais elle est interceptée par le gérant, qui a un autre problème qui le tracasse depuis un moment. Ils s'en vont donc bras-dessus bras-dessous. On patiente encore.

La voilà qui revient de nouveau ! Mais non, elle fait un virage subit dans le rayon des pâtes.

Finalement je décide d'aller moi-même aux fruits et légumes, où je découvre une étiquette avec un code-barres. Je la détache délicatement et la rapporte à la caisse. Le jeune homme la scanne et voilà, « passion fruit each, $2,19 ». Ouais ! Génial ! Tout le monde a été super content.

Et alors là il me dit... « tu peux aller la remettre ? »

Plaît-il ? Tu me demandes si moi qui suis allée chercher l'étiquette, je vais maintenant aller la remettre ? Tu crois qu'on me paye combien pour travailler icitte ?

Bon, j'y suis quand-même allée, sinon ils l'auraient probablement mise sur un rutabaga. $2,19 pour un rutabaga, c'est une grosse arnaque. (C'était pas non plus une aubaine pour un fruit de la passion, d'ailleurs.)

Alors que je m'éloigne avec mes achats, j'entends la surveillante revenir enfin et s'ébahir qu'il y ait eu une solution si rusée.

samedi 2 juillet 2011

Les jet boats

La famille royale de Hay River possède le concessionnaire Ford et plusieurs autres entreprises ayant trait aux moteurs. Le père et le Dauphin, ce n'est pas étonnant, sont fans de sports à moteurs, et surtout, ils s'adonnent aux courses de jet boat.

Qu'est-ce que c'est qu'un jet boat ? Bin un jet plane c'est un avion à réaction, donc j'imagine qu'un jet boat c'est un bateau à réaction. C'est un petit bateau qui va très vite. Si vite qu'en fait il vole presque et n'a pratiquement aucun tirant d'eau, ce qui permet de faire des courses dans des rivières très peu profondes, comme la nôtre. Alors eux-autres voulaient inviter tous leurs potes de jet boat chez nous, une fois, et donc ils ont organisé une course de jet boat pour cette fin de semaine. Ça se comprend, mais c'est pas sympa pour les habitants parce que ça fait une semaine que tous ces caves tournent sur la rivière à faire des essais, ça fait énormément de bruit, et j'imagine qu'ils se propulsent au jet fuel, qui est le carburant le plus polluant sur le marché. Entre autres, il contient énormément de souffre. Donc, les penseurs de Hay River n'en sont pas super contents. La plèbe, par contre, adore n'importe quoi qui est nuisible et fait beaucoup de bruit, alors eux-autres ça leur plait énormément. L'été prochain faudrait faire venir des gladiateurs, ça serait encore mieux !

Bon. L'autre truc qu'on n'a peut-être pas expliqué aux pilotes c'est que la ville n'a pas les moyens de les secourir en cas d'accident. Les pompiers sont bénévoles et ne sont pas formés pour sortir quelqu'un de la rivière, et encore, en ville, les berges sont basses. Plus haut c'est des falaises, on ne pourrait y accéder que par hélicoptère, et les sauvetages par hélicoptères on n'a personne qui sache le faire. En plus comme il y a deux gars par bateau, il y faudrait deux paniers, deux sauvetages, donc deux hélicoptères. Que nous n'avons pas. Et même à supposer qu'on puisse les récupérer, notre hôpital ne peut pas les traiter ; les blessures graves doivent être évacuées sur Edmonton, ça prend trois heures pour que l'ambulance aérienne soit prête à partir, et encore je sais pas s'ils peuvent prendre deux blessés graves en même temps. Donc si t'as un accident de jet boat icitte, y a peu de chance d'y survivre. Ailleurs aussi, en fait, mais ici encore moins.

Alors j'allais les boycotter, évidemment, mais d'un autre côté, j'avais envie d'une photo, pour des raisons sinistres. Dilemme ! Bon, je suis descendue sur la berge pour les tirer, quand même, et j'y ai rencontré mes voisins, qui eux aussi en ont trop marre des jet boats. J'ai été bien contente de les voir, d'ailleurs, parce que comme ça je suis pas la seule qui s'en est plainte toute la semaine et est quand-même sortie de chez elle pour aller les prendre en photo. Et alors la photo de sport, c'est pas facile, parce que ça bouge vite, alors en fin de compte je me suis bien amusée rien qu'à essayer de prendre une bonne photo de ces fous.










Bon, c'est pas trop mal réussi, quand-même, surtout vu que c'est à contre-jour et sans trépied. J'aime surtout le bateau Budweiser. Pour vous-autres français, Budweiser c'est une bière. Alors bière plus sports à grande vitesse, c'est super !

Pis j'ai réussi mon motif sinistre, en plus, mais c'est une blague grossière et mes parents lisent ce blog, alors bon, faut pas exagérer. Je la mets sur mon Facebook, pour ceux qui y sont.

mardi 14 juin 2011

Entretien de la voierie, façon Hay River


6 juin. Un trou en formation ! Ciel ! Agissons !


11 juin. Mettons-y du gravier, personne n'y verra que du feu.
— Faut-il le remplir à ras bord ?
— T'es-tu fou, toué ? Crois-tu que le gravier pousse aux arbres ?


14 juin. Maudits automobilistes, ils saccagent tout notre gravier.
— Et si on y mettait un cône ?
— Parfait ! Personne n'y verra que du feu !

mercredi 25 mai 2011

Un jour je vais me faire écraser par un avion



Ces photos ne sont pas du tout éditées, sauf la taille réduite à 640 x 480 évidemment. J'étais dans la rue devant chez moi... Depuis quand les avions volent aussi bas ?

mardi 17 mai 2011

Les bed bugs

En Anglais, quand on met les gamins au lit, on leur dit « don't let the bed bugs bite ».

Keskeucé ?

Un bed bug, c'est un insecte de la taille d'un pépin de pomme, qui boit le sang des gens la nuit pendant qu'ils dorment. Le jour aussi, mais moins, car ils sont nocturnes et vivent surtout dans les lits.

Bon. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que les bed bugs avaient été presque exterminés du continent nord-américain, et puis comme la polio, les gens deviennent complaisants, arrêtent de prendre leurs précautions, et hop, ils reviennent. Donc là les infestations se multiplient depuis des années. Et la semaine dernière, l'inspecteur de la santé publique a annoncé qu'il y en a dans un appartement du Highrise pour sûr, et un deuxième pas confirmé. Donc on attend maintenant que l'exterminateur rentre de vacances la semaine prochaine, et après, on va voir ce qu'on va voir.

Pas de problème. Surtout pas pour moi, vu qu'il n'y en a pas chez moi.

Alors comme il n'y a pas de problème, les gens de Hay River se sont attelés à la tâche d'en créer un. Car comme dit Dale Carnegie, une des motivations principales de l'homme est de se sentir important. Hors, il y a très peu de gens importants dans le monde, et ils ne vivent pas à Hay River ; donc pour se sentir important, les villageois aiment à créer des grands drames, tant que ça ne requiert pas qu'ils fassent quelque chose d'utile, ou qu'ils disent la vérité. Je me doutais depuis longtemps que les gens mentaient, car leurs histoires ne tiennent pas debout ; j'en ai eu la preuve en octobre quand quelqu'un est tombé d'un balcon quelques étages au-dessus du mien. Réveillée par le bruit, j'ai été sur mon balcon en à peu près quinze secondes, et j'ai donc tout vu de ce qui s'est passé de ce moment jusqu'à ce que la police quitte les lieux deux heures après. Et pourtant, des gens qui vivent à l'autre bout de la ville m'ont expliqué exactement par le menu comment ça s'est passé – et bizarrement, leur version, bien que juré-craché catégoriquement, ne correspond pas à la mienne.

Alors pour en revenir aux bed bugs, maintenant que l'inspecteur a confirmé UN appartement, les villageois s'empressent de te dire que tout l'immeuble en grouille et qu'eux le savaient depuis des mois. Une fille qui a déménagé du Highrise il y a près d'un an nous apprend tout à coup que c'était justement à cause des bed bugs. C'est pourtant drôle, elle n'en avait jamais dit un mot avant que ça soit dans le journal. Une autre femme dit que les gens s'en sont plaints il y a des mois et qu'on leur a dit que c'était la varicelle, et une autre, que « les infirmières le savaient depuis longtemps » car elles ont vu pleins de gosses mordus.

Bon... D'accord, je te crois. Que les infirmières ne reconnaissent pas la différence entre la varicelle et les bed bugs, bon, peut-être. Ça arrive. Mais si c'est « plein de gosses », c'est probablement la varicelle, car si c'était des bed bugs, ça serait peu de gosses mais également leurs parents. Troisièmement et le plus important, la varicelle, ça guérit ; les bed bugs, ça empire, à moins que tu y fasses quelque chose. Donc si les infirmières s'étaient trompées, les victimes s'en seraient vite aperçues. Puis à supposer que les infirmières « le savaient depuis longtemps », on voit mal pourquoi elles ne l'auraient pas dit a) aux parents et b) à l'inspecteur de la santé publique. Et si les parents l'avaient su, ils auraient fait un drame il y a longtemps. Donc soit les infirmières sont toutes incapables, soit elles se sont toutes donné le mot pour mentir aux parents et ne pas prévenir la santé publique. D'une façon ou d'une autre, on voit mal comment le villageois de base qui remue les lèvres en lisant pourrait faire un meilleur diagnostic des semaines et des mois plus tard sans même avoir vu les patients.

C'est un des trucs que j'aime ici : on peut étudier la bêtise humaine quotidiennement et de très près. (Bon, en fait j'aime surtout le climat, les animaux, et la rivière, mais du côté humain, c'est surtout l'ethnographie étrange qui m'intéresse.)

Cela dit ce qui me fait surtout rire, c'est les gens qui disent « moi j'ai déménagé à cause des beg bugs ». Parce que si tu ne savais pas t'en débarrasser là où tu étais, tu les auras emportés avec toi. Haha ! C'est malin ! D'ailleurs tu devrais pas trop l'ébruiter, parce que si ton propriétaire soupçonne que tu as introduit des bed bugs chez lui, il va être très mécontent.

Les fans du drame prédisent maintenant un exode du Highrise. Ça m'étonnerait, pour trois raisons. Un, il y a plus de cent appartements, un a des bed bugs. Deux, pour louer quoique ce soit d'autre, c'est très très cher. Et trois, si les autres propriétaires sont malins, ils ne te laisseront pas déménager du Highrise chez eux tant que l'inspecteur pense qu'il y a des bed bugs ici, parce qu'ils seraient sûr d'en avoir vite dans leurs immeubles aussi.

Quant à moi, je reste où je suis. D'abord il n'y a pas de beg bugs chez moi, et quand l'exterminateur viendra, il saura y faire. Deuxièmement, même sans l'exterminateur, il y a des sprays et autres produits pour les tuer, si jamais ils y viennent. Et troisièmement, j'aime mieux les bed bugs que la plupart de mes voisins. Par contre pour les amis de France, si je ne reste pas chez vous la prochaine fois que je viens, c'est pas que je ne vous aime pas, mais je ne voudrais pas vous infester de bed bugs.