mercredi 21 décembre 2011

Le défi du bowling

Livre n°105 : Bowling Fundamentals, Michelle Mullen, 2004.

Le bowling ne m'a jamais intéressée. En général, je n'aime pas les sports avec des balles, sauf à la limite le golf et le horseball. D'ailleurs, en général, je n'aime pas la compétition. Mais la présidente et la secrétaire de l'organisation qui m'emploie ont une équipe dans la ligue mixte du vendredi soir, et un de leurs gars a tendance à l'absentéisme, alors elles m'ont demandé de le remplacer.

Haha, elle est bien bonne. J'ai refusé, bien sûr. Je leur ai dit que je n'ai jamais joué de ma vie ; elles m'ont dit c'est pas grave, y a plein de débutants dans la ligue, pis c'est bien pour le pointage parce que c'est le nombre de quilles au-dessus de la moyenne alors c'est avantageux d'avoir des joueurs qui vont pouvoir beaucoup s'améliorer pendant la saison. Je leur ai dit que je suis exceptionnellement nulle quand il y a des balles ; elles ont dit c'est pas grave, y a beaucoup de sous-doués et la plupart sont en plus bourrés quand ils jouent. Je leur ait dit que j'aime pas la compétition ; elles ont dit c'est pas grave, c'est juste pour s'amuser. Ah bon ? Alors pourquoi une ligue avec des handicaps, si c'est juste pour s'amuser ?

Enfin j'en passe. Elles sont très persistantes et je les aime bien, et j'ai épuisé toutes mes excuses, alors j'ai fini par dire que bon, si on faisait d'abord une séance d'entraînement pour que je sache au moins à peu près de quoi il s'agit, j'essayerais. Comme ça je me suis dit, quand elles verront que je suis vraiment super-nulle, elles trouveront quelqu'un d'autre.

Bon. Donc le dimanche, jour moitié-prix, nous nous retrouvons à l'allée pour tenter de m'apprendre le bowling. Le fils de onze ans de la secrétaire a été porté volontaire pour m'entraîner. Alors il me dit : « tu prends une boule, pis tu la jettes dans les quilles. »

Euh ? Ah bon ? Mais encore ?

A ce point-là, je n'y comprenais toujours rien, alors je lui ai demandé de faire une démonstration. Donc en effet, il pogne une boule, et il la jette dans les quilles. Les quilles tombent. Ouah, c'est magique !

Je me suis dit, ça doit être plus difficile que ça semble. Alors moi aussi, je prends une boule, et je la jette dans la direction des quilles. Miracle, des quilles tombent ! Ouais ! Giga ! La joie !

Au deuxième coup, le jeune homme me dit « si tu vises la flèche... »

Hein ? Y a des flèches ? Tiens, en effet, il y des flèches sur l'allée, pour aider à viser. Et là je me suis rendu compte qu'il y a non seulement des flèches, mais des lignes qui font toute la longueur de la piste. Donc en fait c'est même pas la peine de viser, il suffit de suivre la ligne.

Et voilà, ceci conclut mon entraînement au bowling.

Hein ?

Bon.

Ma première partie, avec le gamin, j'ai fait 116. Ça vous dira probablement rien, parce qu'ici on joue une version uniquement canadienne, le bowling à cinq quilles, inventé en 1909 parce que les joueurs canadiens se plaignaient que dix quilles, c'est trop fatigant. Donc non seulement il n'y a que cinq quilles et elles sont plus petites, mais les boules sont bien plus petites. Elles tiennent dans la main, donc elles n'ont pas de trous, et c'est plus facile. Donc 116, c'est quoi ? Bin le meilleur score possible c'est 450, mon entraîneur fait 145 en moyenne, et dans la ligue du vendredi, les moyennes vont de 90 à 200, si j'ai bien compris. Donc 116 du premier coup, c'est pas pire. Ma stratégie pour échapper à la ligue a donc raté, et il a bien fallu que je joue. Sauf que le gars que j'étais censée remplacer est venu, donc j'ai joué pour une autre équipe, je ne me suis pas amusée, pis ça a duré jusqu'à 22 h, j'en avais vraiment marre. Après ça personne ne m'a redemandé de jouer, pis trois semaines plus tard on me dit « où étais-tu vendredi, on avait besoin d'un remplaçant. » Ah bon ? Bin il aurait peut-être fallu m'appeler, parce que déjà j'aime pas ça quand je joue, je vais pas en plus y aller les jours où je ne joue pas, juste pour voir si on a besoin de moi.

Donc la ligue, j'aime vraiment pas. Par contre le bowling, en fin de compte, c'est pas pire. J'ai vite compris qu'il n'y a pas de stratégie, il suffit de tirer entre la quille du milieu et celle de droite, très fort et avec un peu de spin. Sauf que le spin je sais pas faire, pis ça changerait la trajectoire de la boule, alors je me contente de tirer en ligne droite. Et ça, j'assure. Un spectateur me regardant m'entraîner un dimanche m'a dit « that's insanely straight. »

Génial. Néanmoins, il devrait quand même y avoir plus à apprendre que ce que j'ai découvert en une partie, ou en dix, donc, je me suis procuré ce livre. Il y a quelques problèmes de syntaxe, et c'est écrit pour le bowling à dix quilles, mais c'est clair, je pense avoir tout bien compris. Ça confirme ce que j'avais découvert moi-même, et en effet, il y a quelques trucs qui vont m'être utile. J'ai hâte de retourner m'entraîner. Malheureusement, les deux dimanches prochains l'allée est bien sûr fermée, donc la prochaine fois que j'aurai l'occasion de jouer c'est une fois de plus la ligue du vendredi, où je dois remplacer notre secrétaire les deux premières semaines de janvier. Mais en attendant je peux m'entraîner à la maison, car en fait la boule et les quilles ne sont pas vraiment nécessaires. Et c'est là, en fait, le secret du bowling. Pour réussir, il ne s'agit pas de jeter la boule dans les quilles, mais de faire exactement le même geste à chaque fois. La boule et les quilles, c'est surtout pour produire un son agréable qui te motive à continuer. Le joueur de bowling est comme un singe dans une étude du comportement : si tu fais le bon geste, tu es récompensé par la chute des quilles, et hop, ça te donne envie de recommencer.

D'un autre côté, comme la constance est la seule stratégie pour abattre les quilles, il y a deux options pour gagner : être constant soi-même, ou déconcentrer l'adversaire. Et comme l'adversaire, dans la ligue du vendredi, c'est surtout des gars moches, il serait probablement plus efficace d'investir dans un soutien-gorge releveur que dans un ouvrage technique. D'ailleurs on peut en dire autant de mes efforts professionnels. Tiens, j'ignorais que le bowling était une métaphore pour la vie...

Donc voilà. Si vous vous intéressez au bowling, ou que vous aimez voir des métaphores partout, je le recommande ; sinon, ça ne vous sera probablement pas utile.

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